‹ Le roman de mes romansChapitre 15 sur 34 · CLOTILDE MAP.TORY · texte numérisé non relu

CLOTILDE MAP.TORY

murs blancs, souvent au bas d'inscriptions d'étapes en langue allemande, un cri français écrit sous l'œil même des vainqueurs : « Werder assassin. »

Parti de Versailles dès le matin, je devais passer par Marly, Saint-Germain, Maisons, Argenteuil, Saint-Denis, pour prendre à Pantin le chemin de fer qui m'amènerait à Nogent, et j'espérais, en me hâtant, qu'il ne me faudrait pas plus d'une bonne journée pour faire cette route ; mais comme je n'arrivai à Saint-Denis qu'après le soleil couché, il me fut impossible de trouver une voiture qui consenlit à me conduire à Pantin, et je dus me décider à passer la nuit dans un pauvre hôtel près de la gare.

Bien qu'il ne fût guère attrayant ni même engageant, il était si bien rempli de Parisiens attendant là naïvement le moment de rentrer chez eux, qu'on ne put donner au voyageur qui ne serait pas un pensionnaire qu'un cabinet noir, sans fenêtre» sous les toits, et dans la salle à manger qu'une place à une petite table de café dé^à occupée.

Mon vis-à-vis était un homme de cinquante ans environ, de grande taille, au visage fin, à l'air distingué et de tournure militaire. Comme je le regardais, curieusement surpris du contraste qu'il présentait avec les gens dont nous étions environnés, il m'examinait aussi.

— Nous n'avons pas trop l'air d'être dans le même commerce que ces pistolets-là, me dit-il en souriant.

Nos noms furent bientôt échangés.

Le hasard voulut qu'il connût le mien.

Le sien était celui d'un officier homme du monde

démissionnaire au coup d'Etat, dans des conditions qui avaient frappé l'attention publique, et qui, après être rentré dans l'armée au moment de la guerre du Mexique, s'était signalé de telle sorte que, pendant plusieurs années, ce nom avait rempli les journaux.

On n'est pas romancier si l'on ne sait pas écouter.

J'aurais bien voulu savoir ce qu'il faisait alors à Saint-Denis, et ce qu'il attendait dans cet hôtel.

Mais ce ne fut pas de cela qu'il me parla : ce fut de sa sortie de l'armée et de ses luttes de conscience à ce moment ; ce fut aussi du Mexique.

Notre soirée se passa : lui à parler, moi à écouter, pendant qu'autour de Paris, au sud et à l'ouest, une de ces fusillades folles, comme il y en eut plusieurs sous la Commune, emplissait le ciel d'éclairs fulgurants que nous suivions sur les eaux noires du canal au bord duquel nous nous promenions : l'orage le plus terrible n'eût pas mieux enflammé le ciel et les eaux.

Ce fut là, sous cette impression si forte et si poignante de la guerre civile, que me vint l'idée de ce roman qui parut en journal sous le titre : Le Roman d'une Conscience^ et ne prit celui de Clotilde Martory^om: le volume que lorsqu' après un certain recul je sentis que c'était réellement Clotilde qui remplissait le premier rôle et non Saint-Nérée.

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