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L'AUBERGE DU MONDE

LE COLONEL CHAMBERLAIN — LA MARQUISE DE LUCILLIÈRE IDA ET CARMÉLITA — THÉRÈSE

La Ville lumière,

La Capitale du monde,

Le Moyeu de l'univers.

Lorsque j'eus l'idée d'un roman sur Paris, aucun de ces titres flamboyants et superbes ne se présenta à moi; n'eussent-ils pas été dans le domaine public, que jamais je n'aurais imaginé débaptiser de ces noms une ville dont je me trouvais le citoyen, de sorte que je serais devenu ainsi un des flambeaux de ce foyer de lumière; franchement, on ne se donne pas soi-même ces qualificatifs ; et je m'étais trop souvent moqué de quelques Américains que je connaissais, et qui, sérieusement, appelaient Bos-^^ ton « the hub of the universe », pour les imiter. ^^^Ê\

— Pourquoi le quittez-vous votre <.i Moyeu de Vuniversy>, leur disais-je, et que venez-vous faire chez^ nous?

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— La noce.

Et en effet, c'était la vie de plaisir qu'ils cherchaient. Pour eux, Paris n'était nullement la Ville lumière, qui d'ailleurs ne les eût pas attirés ; mais, par leur empressement à y accourir, il devenait ft l'Auberge du Monde » où l'on arrivait des quatre coins de l'univers, les poches pleines, pour s'y amuser et faire la fête, « la noce», comme disaient mes rastas, qui même avant d'avoir abordé en France parlaient déjà le parisien du monde chic ou voyou.

Ce fut dans ce milieu, où une amitié formée à Londres quelques années auparavant, avec une famille américaine, m'avait introduit, que j'entrevis ce roman, sinon tel qu'il a été exécuté, du moins à l'état d'ébauche, celle de leur assaut de Paris.

Et que lui demandaient-ils, hommes et femmes, à ce Paris qu'ils envahissaient en conquérants, et que depuis ils n'ont pas abandonné ?

A coup sûr, rien .de ce qui constitue une ville lumière, ni ses grands artistes, ni ses grands savants, ni l'étude de ses monuments, de ses musées, de ses œuvres d'art. Les monuments, c'était vite vu, quand on les voyait. Et Tétude de ceci ou de cela, ils avaient vraiment d'autres soucis en tête, d'autres besoins, d'autres goùls qui répondaient à leur préparation, et qu'ils pouvaient satisfaire chez nous avec une liberté ou dans des conditions qui leur manquaient chez eux.

Jamais cet envahissement de Paris ne s'était produit aussi compact, aussi étourdissant qu'en 1867, et par une heureuse chance je me trouvais en situation de le suivre et de l'observer mieux qu'à

tout autre moment, puisque chaque semaine me mettait en rapport avec quelques-uns des nouveaux personnages qui nous arrivaient.

Et jamais non plus époque n'avait été plus curieuse ni plus caractéristique. L'Exposition universelle allait s'ouvrir. L'Empire paraissait avoir atteint son apogée et l'on annonçait la visite prochaine de tous les souverains de l'Europe; ceux qui ne venaient pas en amis solides se présentaient en courtisans de la fortune et de la puissance. La façade était donc superbe, aussi riche, aussi décorative qu'on pouvait la souhaiter; et si quelques esprits disaient que derrière cette façade l'effondrement avait déjà partout commencé, dans les choses comme dans les hommes, de façon à annoncer une ruine rapide et complète, ceux-là n'étaient que de mauvais esprits, on ne les voyait guère ; et si leurs observations et leurs pronostics étaient fondés, on n'allait pas s'en inquiéter : qui pouvait savoir ce qui se passerait? Ce serait peut-être drôle.

Quand on est romancier, on voit tout et on tourne tout en roman ; celui de cette époque me paraissait tout à fait curieux, bien qu'il flottât vague et indécis devant mes yeux, sans que je pusse m'arrêter à aucune ligue précise. Le cadre, le milieu, les personnages s'esquissaient à peu près, mais la composiiion, la fable qui devaient mettre en action ces personnages en leur donnant la vie et le mouvement, m'échappaient quand je voulais mettre la main dessus : un rêve incohérent et insaisissable, rien de plus, si ce n'est la conviction en fin de compte que, comme il faudrait bon gré mal gré introduire de la politique là-dedans, la police cor

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rectionnelle interviendrait et terminerait l'aventure... pour moi au moins.

Le temps s'écoula, les événements marchèrent, se précipitèrent avec une rapidité foudroyante qu'on n'aurait osé prévoir : après la guerre et la Commune, mon roman était fait, et, pensant à toutes les combinaisons inventées, cherchées par moi, je me disais que l'imagination est bien faible à côté de la réalité.

Cependant, je ne l'exécutai pas tout de suite, car bien que j'eusse réuni nombre de notes, prises au jour le jour, d'après les événements, il me manquait encore beaucoup de détails sur certains faits précis que je ne pouvais demander qu'à ceux qui avaient été mêlés à ces faits, et forcément une enquête était longue, assez difficile souvent, par cela même que je n'ai jamais recherché que le document de première main, au lieu de me contenter de celui, infiniment plus commode à trouver, qu'offrent les livres.

C'était là une cause de retard toute matérielle, contre laquelle je n'aurais pu quelque chose que si j'avais été décidé à abandonner mon travail courant, pour me donner entièrement à VAuberge du Monde, ce à quoi je ne pensais pas d'ailleurs; elle viendrait quand sa préparation serait à point, pas avant. Mais j'en avais une autre qui, pour être d'un ordre différent, n'en pesait pas moins sur moi. Quand j'avais bâti mon plan, je m'étais cru obligé de l'établir sur des fondations assez solides pour porter cette grosse machine, et la trame de ce plan me paraissait maintenant bien forte pour le dessin que je voulais tisser dessus. Cela ne

ressemblait en rien ni à Une bonne Affaire, ni à Une Belle-Mère, ni à V Héritage d'Arthur, Comment le prendrait-on ? Et bien que je me sois toujours préoccupé plus de ce que je cherchais que de ce qu'on pouvait attendre de moi, cette question n'était pas S3ns me gêner. Certainement j'allais dérouter mon public ordinaire ; me saurait-il gré de la tentative que je faisais dans une voie qui n'était pas la mienne? s'en fâcherait-il? Je balançai assez longtemps le pour et le contre pour me mettre seulement en 1875 à l'exécution de ce roman, dont l'idée première remontait à 1867; mais une fois que j'eus commencé, je ne m'arrêtai plus avant d'avoir achevé ces quatre gros volumes, que je m'efforçai de relier les uns aux autres assez fortement pour en faire un ensemble qui, s'ouvrant dans les plaisirs du Paris brillant de 1867, s'achevait daos les flammes de^m Commune. IHI

J'ai dit que mes recherches pour réunir mes renseignements avaient été longues et quelquefois difficiles; les raconter toutes serait fastidieux ; cependant j'en prendrai deux dans la quantité qui présentent, me semble-t-il, un certain intérêt.

Dans le plan primitif de la Marquise de Lucillière, il y avait une scène oîi la marquise, pour chanter quelques-unes des chansons canailles ou ordurières alors à la mode, demandait des leçons à Thérésa qui, dit-on, en avait donné de cegenre à une grande, une très grande dame par la naissance et la situation. Pour que cette scène eût tout son caractère, il fallait qu'elle fût vraie, et dans ces conditions le plus simple était de prier Thérésa elle-même de rappeler ses souvenirs et de me raconter les séances

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de son étrange professorat. Je ne la connaissais point ; mais un rédacteur du Siècle, le journal qui publiait ce roman, était de son intimité; il lui fit part de mon désir, et elle m'invita à dîner dans son appartement du Faubourg-Poissonnière. Comme à ce moment elle avait un rôle à la Gaîté dans une grande pièce à spectacle, le dîner fut fixé à six heures, et j'eus soin d'arriver en avance pour pouvoir la faire causer avant de se mettre à table. Mais ce ne fut pas elle qui me reçut, n'étant pas encore revenue de sa villa d'Asnières où elle avait dû aller dans la journée ; ce fut son amie fidèle, une autre elle-même, madame de Saint .... personne d'un certain âge, très digne, et de parti pris très affable. Cela ne faisait pas du tout mon affaire, car madame de Saint ... ne pouvait pas me jouer la scène dont j'avais besoin. Cependant je n'avais qu'à attendre et j'attendis. Enfin, après six heures, Thérésa arriva accompagnée de deux petites dan- -seuses italiennes, jeunes et charmantes ; et tout de suite, après avoir échangé à peine quelques mots, elle me prit le bras pour passer dans la salle à manger : cette hâte me parut significative; à quelle heure pourrions-nous causer ?

Nous étions en tout six convives : Thérésa, son amie fidèle, les deux danseuses qui s'enfermaient dans leur rôle de mimes, le rédacteur du Siècle et moi. A la façon dont l'entretien s'engagea, il me parut que l'heure de partir pour le théâtre sonnerait avant que j'eusse appris ce que je voulais savoir, si je ne trouvais pas le moyen de forcer une réserve qui se précisait. Pour cela, me semblait-il, je n'avais qu'à mettre la chanteuse sur ses succès ;

une fois qu'elle serait eu train, je la pousserais à ceux qu'elle avait obtenus dans le monde. Mais je n'y réussis point. De ses succès de concert, de ses succès de théâtre, elle parla volontiers. Pour ceux du monde, je n'obtins rien. Alors je m'expliquai franchement, en lui disant ce que j'attendais d'elle, pour la scène dont je lui présentai le plan.

Elle réfléchit un moment :

— J'ai été reçue par ces gens avec beaucoup d'égards, dit-elle enfin ; puis-je aujourd'hui n'avoir pas pour eux ceux qu'ils ont eus pour moi et raconter des histoires qui les blesseraient peut-être ?

C'était ma scène coupée net, puisque je ne voulais pas la faire de chic; mais laréponse était si digne dans sa simplicité que je ne pouvais qu'applaudir.

C'est pourquoi cette scène ne se trouve pas dans mon roman où je l'ai remplacée par le Serpent qui a avalésa couverture, qui n'est pas de moi d'ailleurs, mais de mon camarade Jules Levallois : ceux qui nous connaissent ont iju s'en douter un peu ; je n'ai jamais fait de chansons, et lui en a publié de très jolies. Enfinje profite de l'occasion qui se présente ici pour lui rendre ce qui lui appartient.

Dans une autre chasse, en quête du renseignement direct et précis, j'échouai encore, mais d'une façon moins agréable.

Pendant la Commune, je venais à Paris aussi souvent qu'il m'était possible, et les mains dan» mes poches, en curieux, je flânais par les rues qui n'ont jamais ofTert spectacle plus extraordinaire qu'à ce moment. Au mois d'avril, cette façon de circuler au milieu des barricades n'offrait guère d'autre danger que celui d'être écrasé par les esta-

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fettes qui, les plumes au vent, galopaient partout avec une frénésie folle, ou par les cortèges de délégués qui, entourés de cavaliers, galopaient non moins furieusement, aussi fantastiques les uns que les autres, sans que rien justifiât le plus souvent ces chevauchées endiablées. Mais au commencement de mai, la situation devint plus délicate : on arrêtait pas mal, et on arrêtait comme on galopait, follement, sans savoir pourquoi ; aussi me disais-je que le hasard pourrait bien faire qu'une arrestation de ce genre tombât sur moi; mais je ne m'en inquiétais pas trop : j'avais assez de camarades de la vie littéraire dans la Commune pour que l'un d'eux fit relâcher un confrère resté en dehors de toute politique active : c'était d'autant mieux indiqué que, puisque je n'habitais pas Paris, on ne pouvait pas m'appliquer les règlements faits pour les Parisiens.

Je raisonnais ainsi lorsqu'un jour, au tournant d'une rue avoisinant l'Hôtel de Ville, je me jetai dans deux de ces anciens camarades devenus membres de la Commune : Vermorel et Arthur Arnould.

— Vous ici! dit Vermorel. Vous n'avez pas peur d'être arrêté ? Vous devriez être fusillé.

— Elle est bien drôle, dit Arnould qui avait le rire facile et bon enfant.

Si elle ne me parut pas si drôle que ça, c'est que je me trouvais, à l'égard de Vermorel, dans une situation délicate.

Au milieu d'une polémique aussi injuste que violente qu'il avait soulevée deux ou trois ans auparavant contre Ad. Guéroult, le directeur de VOpi-

nion nationale^ celui-ci avait publié une lettre de moi, de laquelle on pouvait conclure que Vermorel entretenait avec certains personnages du gouvernement des relations qu'on ne s'expliquait pas. Cette lettre, rendue publique sans mon assentiment, avait formé contre Vermorel le point de départ d'accusations qui n'étaient nullement dans ma pensée ; car si, avec son éducation jésuitique, sa nature ondoyante, son ambition désordonnée, sa manière de marcher à son but en louvoyant et en employant n'importe quel moyen pour sortir des embarras de toutes sortes dans lesquels il se jetait bravement, je le jugeais parfaitement capable de se servir des relations, quelles qu'elles fussent, qu'il pouvait trouver, de les exploiter comme de simples instruments qu'il ne paierait jamais, — je n'imaginais pas qu'il pût vendre ses services, ni qu'il sacrifiât ses idées à personne; cela, je ne l'avais jamais cru, jamais je ne l'avais dit : politicien sans scrupules et sans dégoûts, oui ; traître, non.

Cependant Vermorel, qui ne savait pas comment je le jugeais, pouvait me faire une part de responsabilité dans les suspicions dont le poursuivaient ses ennemis, suspicions que Rochefort avait formulées au Corps législatif, et que Félix Pyat, quelques jours avant cette rencontre, venait de reprendre pour les préciser dans une attaque féroce et perfide dont avait pu s'affoler le malheureux qu'elle accablait. Que, dans son exaspération, il trouvât qu'on aurait dû me fusiller, était donc explicable chez un homme qui se sentait perdu et qui d'au ire part vivait dans un milieu où les arrestations comme les fusillades formaient le fond des

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discessions. Deux semaines plus tard, ne devait-il pas se faire fusiller lui-même en montant sur une barricade, sous l'impulsion du suicide qui, mieux aue tout, disait son désespoir?

Sa menace jetée, je ne répondis rien, ni en la trouvant « bien drôle » comme Arnould, ni en essayant une explication plus qu'inutile en ce moment ; mais comme j'ai toujours pensé que certains mots, prononcés même au hasard, conduisent à des actes dont ils ont précisé l'idée vague, cette visite par les rues barricadées fut la dernière que je risquai. La fin de la Commune, ce fut de chez moi que je la suivis, — le jour, en allant voir les fuyards, femmes, enfants éperdus, qui, chassés de leurs quartiers par la fusillade, les obus et les flammes, se heurtaient, se pressaient en suppliant aux lignes allemandes établies à cent mètres de ma maison, demandant qu'on les laissât passer, bien qu'ils ne sussent pas où on les recevrait ; — la nuit, en montant sur le coteau voisin, pour chercher si les incendies qui embrasaient notre ciel dévoraient Paris tout entier.

Quand je préparai ce roman, dont une partie « Comte du pape », se passe à Rome, un voyage en Italie s'imposait : je ne pouvais pas peindre le monde du Vatican sans l'étudier ; je me munis donc des recommandations qui devaient me donner entrée dans ses coulisses et, au mois de mars 1876, je partis pour Rome.

En passant par Milan, je rencontrai dans une soirée qui réunissait du monde de toutes les classes, et notamment des artistes et des journalistes, le directeur du Secolo, Moneta, que j'avais connu l'année précédente à Venise, à l'inauguration du monument de Manin. Il me demanda ce qui m'appelait à Rome. Je n'avais aucune raison de me taire ; je répondis donc sans trop réfléchir que, préparant un roman sur les mœurs cléricales de la France, j'allais voir comment on faisait des comtes du pape, des ducs, des barons et toute cette noblesse cocasse qui, revenue chez nous, se pare sérieu-

sèment de ces titres pour rire, se panadant comme le geai de la fable.

Puis la conversation tourna, et j'oubliai cet incident ; mais à mon arrivée à Rome, un numéro du Secolo, le journal le plus répandu dans le Milanais, vint me le rappeler. A peine avais-je donné mon nom au secrétaire de l'hôtel, que celui-ci me présenta, avec des lettres qui m'attendaient, le Secolo; mon premier mouvement fut de répondre que l'on devait se tromper, et que je n'attendais pas de journal ; mais mon nom étant sur la bande, je l'ouvris- Un trait au crayon bleu appela mes yeux, et je lus un entrefilet où, au milieu de compliments italiens qui auraient satisfait la vanité d'un ténor, on disait que je me rendais à Rome pour y étudier les mœurs du Vatican et prendre sur le vif le portrait des personnages de l'entourage le plus intime de Pie IX, en vue d'un roman que je préparais sur le monde clérical.

Dans ma carrière littéraire, je n'ai pas toujours eu à me louer des journaux, et plus d'une fois, si mon épiderme n'avait pas été dur aux coups d'épingle et même aux coups de couteau, j'aurais fait la grimace en les lisant ; mais aucun article ne m'a paru plus fâcheux que cet entrefilet écrit cependant à si bonne intention. Gomment diable me présenter maintenant dans un monde « où je devais prendre des portraits sur le vif? », — ce qui je dois le dire tout de suite, n'avait jamais été dans mon intention, car je ne crois pas que les portraits simplement vrais soient à leur place dans un roman.

Parmi mes lettres d'introduction, j'en avais une

pour M. de Oorcelles, l'ambassade ur de France auprès du Vatican ; je la mis dans ma poche, et, le numéro du Secolo par-dessus, je courus tout de suite à l'ambassade, où, tout ému de la lecture de l'entrefilet qui pouvait me faire manquer mon voyage, j'expliquai mon ennui.

M. de Corcelles, qui est mort il y a quelques années seulement, retiré depuis longtemps de la vie politique, était un vieillard aimable, fin, spirituel qui, bien que catholique fervent, était un esprit libéral et indépendant; il aimait les écrivains, les accueillait avec bonne grâce et n'épargnait ni so^^i temps ni sa peine pour leur rendre service. '^||

— Sans doute cela est fâcheux, me dit-il; mais il faut faire attention que le Secolo, journal de Milan, est peu lu à Rome, surtout au Vatican, et que cet article a bien des chances pour passer inaperçu; la chose serait beaucoup plus grave s'il avait paru dans la Capitale; vous savez que la Capitale a toute une partie d'indiscrétion, comme on dit à Paris, et qu'elle se fait un malin plaisir de publier souvent des lignes dans le genre de celles-ci : « Hier, Mgr... (ici les initiales d'un prélat) est monté au deuxième étage du Oorso, n°..., où demeure une personne très intéressante. Son Eminence y est restée deux heures. Nous parlerons des suites de cette visite... s'il y en a. » Vous comprenez que ces indiscrétions provoquent la curiosité dans le monde clérical ; aussi cette feuille est-elle lue par bien des prélats ; on dit même que le pape, qui aime les cancans, se la fait lire souvent. Comme la Capitale appartient au même propriétaire que le Secolo, elle emprunte beaucoup de faits à ce journal. Allez donc tout de

suite à la Capitale^ via Cesarini, pour empêcher cette reprodaction, si on doit la faire, et s'il en est temps encore.

J'allai via Cesarini où se trouvaient l'imprimerie et les bureaux de la Capitale ; comme je venais de lire dans tous ses détails le procès Luciani, je connaissais, par les dépositions des témoins, cette maison à l'aspect sombre et sinistre où Raphaël Sonzogno fut assassiné par un pauvre diable, misérable instrument de Luciani, ce type si curieux de l'aventurier italien contemporain qui devait épouser une princesse s'il se faisait nommer député, et qui n'a assassiné Sonzogno que parce que celui-ci empêchait son élection. (Il est toujours au bagne d'où ses amis n'ont pas pu le faire évader.) Je retrouvai l'escalier verdâtre, gras et humide dans lequel Sonzogno, poursuivant son assassin, vint tomber étouffé, et aussi le petit bureau où il fut frappé.

J'exposai ma demande au rédacteur en chef, M. Dobelli, qui me reçut dans ce même bureau, en présence de Salvatore Morelli, le député ami des femmes ; il était juste temps : l'entrefilet avait été coupé et on allait l'envoyer à la composition.

— Vraiment, monsieur, me dit le rédacteur de la Capitale, vous mettez autant d'empressement à empêcher qu'on parle de vous, que d'autres en mettent à chercher qu'on parle d'eux.

— C'est que si vous parlez de moi vous rendez mon voyage à Rome inutile ; vous comprenez qu'on n'aime pas généralement se livrer aux gens qui doivent vous peindre sur le vif; j'ai eu la langue trop longue, à Milan.

L'indiscrétion de la Capitale conjurée, je n'étais

pas encore très rassuré sur le résultat de mon voyage, car M. de Oorcelles m'avait fait remarquer que l'esprit de mes romans n'était pas orthodoxe, et que de plus dans l'un d'eux j'avais été peurespectueux pour le commerce des corps saints, qu'on exhume des catacombes pour les expédier dans le monde entier, comme de pieuses reliques destinées à aviver la foi, et quelquefois même à faire des miracles.

— Tout le monde n'a pas lu mes romans comme vous, et il est peu probable qu'un seul exemplair^^ ait jamais pénétré au Vatican. ^H

— Il suffit que la personne chargée d'accorder le^^ audiences en ait eu connaissance ; d'ailleurs, on prend des renseignements sur ceux que Sa Sainteté daigne recevoir.

Je savais cela et je n'avais pas oublié qu'un de mes amis, de passage à Rome et ayant voulu voir le pape, avait eu son nom biffé par celte seule raison qu'il était directeur d'un grand journal républicain : la femme avait été reçue, le mari avait été retenu à la porte.

J'étais donc assez inquiet, car bien que je n'eusse pas la prétention d'apprendre en quelques minutes des choses d'un intérêt palpitant, j'avais besoin de voir, de mes yeux, une audience du pape pour la raconter telle que je l'avais vue.

Quelques jours se passèrent, et un mardi soir, comme je rentrais, le portier de l'hôtel me remit une large enveloppe : je l'ouvris et trouvai une lettre au haut de laquelle je lus : « DalV anticamera pontifica. » J'étais prévenu que « Sua Santita » daignerait me recevoir le lendemain, à onze heures trois quarts du malin.

— La personne qui a apporté la lettre reviendra demain, dit le portier... pour la petite gratification,

— Pourquoi l'avez -vous remise à demain? demandai-] e.

— Parce que je ne savais pas combien monsieur voulait donner ; il y a des personnes qui sont si heureuses, qu'elles vont jusqu'à cinq francs et même quelquefois dix francs; il y en a d'autres qui sont beaucoup moins généreuses.

— Et combien donne-t-on le plus souvent ?

— Trois francs.

Monté dans ma chambre, je me mis à retraduire ma lettre qui était en italien. « On est prié en entrant dans l'antichambre de présenter ce billet. Les dames sont admises enrobes noires et voilées» les hommes en uniforme, et quand ils n'en portent pas, en frac noir et en cravate blanche. »

Et tout en lisant je me disais que c'étaient là des règles d'étiquette bien sévères chez celui qui se croyait le vicaire de Jésus, né dans une étible ; les pauvres de ce monde qui n'ont pas un habit noir ne pouvaient donc pas être admis en présence du Saint- Père!

Et aussi je me rappelais les recommandations qui, quelques Jours auparavant, m'avaient été adressées : « Surtout ne mettez pas de gants quand vous irez au Vatican ; depuis que Sciarra Oolonna a posé son poing ganté de fer sur la figure de Boniface VIII, on ne paraît plus ganté, même de chevreau, devant les papes. »

Dans Comte du Pape, j'ai déjà raconté ce qu'est une audience au Vatican, mais en y introduisant

une partie de roman ; ici, au contraire, je copie mes notes écrites le soir même, exactes et sincères.

Le lendemain, à onze heures, je quittais mon hôtel a in frach nero et cravatta hianca » pour me rendre au Vatican : je tenais à arriver le premier, car je voulais voir l'entrée de ceux qui seraient reçus en même temps que moi. J'étais, bien entendu, en voilure, et cela est indispensable à tous les points de vue quand on se rend au Vatican, ne serait-ce que pour trouver la porte de ce palais, ce qui n'est pas chose facile, car elle se cache dans un coin, à l'angle droit de la colonnade du Bernin.

Dans le vestibule la garde des suisses est assemblée ; capotes grises, buftleteries jaunes en cuir, casquettes bleues, culottes courtes à bandes jaunes et bleues, bas de même couleur'; les soldats qui sont en faction portent le fusil sur l'épaule à la prussienne.

On monte un escalier droit à marches basses, ce qui le rend d'une extrême douceur, et sur les paliers on rencontre des hallebardiers habillés en valets de cartes qui se tiennent immobiles comme des statues : leur uniforme, fort curieux, a été, dit-on, dessiné par Michel-Ange, et depuis, personne n'a osé y toucher. Quelle leçon pour nos ministres de la guerre qui, tous les cinq ou six ans, éprouvent le besoin de changer l'uniforme de nos soldats, et pour le plus grand intérêt des fournisseurs du ministère, le rendent à chaque changement un peu plus laid et un peu plus incommode.

On ne rencontre encore aucun étranger, mais dans les antichambres et les corridors circule tout ua monde de valets en simarre de soie violette, à la

iigure rasée, au regard paterne qui vont et viennent en glissant leurs souliers avec des airs recueillis et importants.

On me fit entrer dans un salon orné de tapisseries d'Audran représentant des scènes tirées à'Esther, et éclairé par de hautes fenêtres donnant sur Rome avec une vue superbe sur le Pincio, la villa Médicis, et à l'horizon bleuâtre une chaîne de montagnes blanches de neige ; immédiatement au bas, pardessus le corridor d'Alexandre VI, on voyait des cavaliers de l'armée italienne qui faisaient l'exercice dans la prairie, et quand la brise passait on entendait les éclats du clairon et les roulements du tambour, ce qui, soit dit en passant, doit être fort peu agréable pour le prisonnier du Vatican ; mais les princes ont entre eux des procédés que de simples bourgeois n'auraient pas.

Peu à peu la salle se remplit ; d'abord trois prêtres, dont deux parlaient avec un accent normand très prononcé que j'eus plaisir à entendre, et dont le troisième tournait, pirouettait sur ses talons avec une désinvolture qui rappelait Déjazet dans Richelieu et dans Létorière ; il ne me fallut pas longtemps pour comprendre que les deux prêtres à l'accent normand devaient être des Canadiens ; quant au troisième, il interrogeait toujours et ne disait lui-même rien de caractéristique ; il semblait presque chez lui, tandis que ses deux compagnons, sanglés dans des soutanes neuves évidemment étrennées pour cette solennité, paraissaient sous l'impression d'une vive émotion.

Deux Français entrèrent ensuite, puis deux jeunes Anglais qui, faisant leur voyage d'Italie, avaient

voulu voir le pape, pour eux bien certainement simple curiosité comme le Moïse ou l'Apollon du Belvédère; enfin, un personnage de grande taille prodigieusement décoré, que les nombreuses boîtes nouées avec des faveurs qu'il portait sous son bras, eussent fait prendre partout ailleurs pour un parrain qui arrive à un baptême chargé de boîtes de bonbons. Il étala toute sa cargaison sur deux fauteuils, ce qui provoqua le rire et les moqueries des deux jeunes Anglais, peu révérencieux pour l^ sainteté du lieu. ^Ê\

Tout en examinant ce qui se passait autour de moi, je regardais de temps en temps la vue de Rome, qui de la fenêtre où j'étais resté se déroulait devant mes yeux, avec ses campaniles, ses aiguilles dorées, ses obélisques, ses dômes, ses ruines au profil dur, ses cyprès noirs et ses pins-parasols aux cimes étalées, qui, çà et là, se détachaient en noir sur les profondeurs bleues de l'horizon.

Le prêtre qui tournait si bien vint à cette fenêtre et, après un moment de contemplation, se tournant vers moi, il me dit en français :

— Ces montagnes, là-bas, sont les Abruzzes, n'est-ce pas ?

— Je le pense.

— Et cette longue galerie qui se dirige vers le château Saint-Ange, c'est le corridor d'Alei^ xandre VI ?

— Oui.

— C'était une utile précaution, que ces corridors. Cette façon de m'interroger ne me plaisant pas,

je ne répondis rien ; il ne me convenait pas de parler d'Alexandre VI (Borgia) dans le Vatican. Voyant

mon attitude, le prêtre tourna de nouveau sur ses talons et rejoignit ses compagnons.

L'attente se prolongea ; enfin, un peu après une heure, la porte opposée à celle par laquelle nous étions entrés s'ouvrit, et un monsignore nous avertit que nous devions nous agenouiller : les deux Anglais parurent jusqu'à un certain point suffoqués ; pour moi, je m'agenouillai volontiers, persuadé qu'on doit se plier aux usages des gens qu'on visite, si étranges que soient ces usages : en Chine, je me serais mis aplat ventre devant l'Empereur, et au Japon, je me serais mouché dans des petits papiers.

Il se fit un brouhaha dans le salon dont on venait d'ouvrir la porte, et on entendit le bruit d'un bâton qui, à coups irréguliers, frappait le parquet : le pape parut entouré de cardinaux en soutane noire ourlée de rouge, d'évêques, de camériers et de gardes-nobles : pour le pape tout en blanc, il formait un centre lumineux qui attirait les yeux.

Les gravures, les lithographies, les photographies ont trop bien fait connaître l'image de Pie IX pour qu'il soit utile d'esquisser son portrait : cependant, il faut dire que les yeux extatiques à la saint Louis de Gonzague qu'on lui donnait, n'étaientpas les siens ; il y avait beaucoup plus de malice dans ces yeux que d'extase, de la malice italienne moqueuse et joviale.

A l'entrée du pape, les deux prêtres canadiens s'étaient prosternés sur le tapis, et quand le pape qui marchait en s'appuyant sur sa grosse canne s'approcha d'eux, ils s'efforcèrent de baiser ses souliers en cuir rouge brodés d'or.

Mais il ne parut pas disposé à se prêter à ces élans d'adoration, et, les relevant, il leur adressa en fiançais, qu'il parlait sans trop d'accent, quelques paroles bienveillantes. Alors ils lui présentèrent une tabatière, dans laquelle sonnaient des pièces de monnaie, et, la prenant en souriant, il la passa à un personnage de sa suite. Mais celte offrande n'avait pas satisfait leur élan de générosité ; ils fouillèrent dans leurs poches et lui présentèrent quelques pièces d'or, toute leur fortune peut-être, qu'il reçut avec le même sourire. Et, regardant cette scène touchante, je pensais à un récit que, trois jours auparavant, me faisait une personne en position de bien savoir ce qui se passe au Vatican, — et que je rapporte ici, sans le garantir, bien entendu. Sur les énormes sommes qu'on porte à Rome, le pape ne toucherait personnellement que 30,000 francs par an ; le reste irait aux jésuites, qui administrent les finances de la papauté. Sur ces 30,000 francs que reçoit le pape, 20,000 francs sont consacrés à sa pension et 10,000 francs à son entretien. Quand il veut faire des économies sur ces 10,000 francs pour les distribuer en cadeaux, il est grondé ; on lui retire ses vieux vêtements, qu'on brûle pour qu'ils ne soient pas vendus comme des reliques, et on les lui remplace par des neufs. fli

Le pape était arrivé à moi ; le monsignore qui î^ précédait me prit ma lettre d'audience :

— Le signor Hector Malot, présenté par l'Ambassade, dit-il.

Le pape me regarda un moment.

— Que voulez-vous de moi? dit-il.

J'avoue que je n'étais pas du tout préparé à cette

question que j'aurais dû prévoir cependant ; aussi je cherchai ma réponse.

— Présenter mes hommages à Votre Sainteté.

— Il faut me demander quelque chose.

Je comprenais bien ce que je devais demander. Je restai embarrassé ; il ne me convenait pas de solliciter une bénédiction que mes idées n'admettaient pas; j'étais venu pour voir et non pas pour avoir. D'un autre côté, je voulais être respectueux pour ce vieillard qui me recevai t chez lui ; ma situation était assez ridicule.

De nouveau, le pape me regarda en souriant, et me mettant la main sur le front :

— Eh bien I dit-il, je vous la donne tout de même.

Et il passa à mes voisins les Anglais, me laissant assez ébahi ; j'aurais voulu pouvoir l'applaudir pour la façon spirituelle dont il m'avait collé.

A ces jeunes gens il dit aussi quelques paroles bienveillantes en se servant toujours de la langue française, puis avant de les quitter il leur donna son anneau à baiser :

— Puisque vous êtes venus à moi, dit-il finement, il faut rester avec moi, — et s'adressant à un cardinal: Expliquez à ces enfants ce que je viens de leur dire, il faut qu'ils restent avec moi.

Pendant que le pape s'occupait de nous, le personnage aux boîtes qui se trouvait à l'extrémité de notre rang avait dénoué les faveurs et vidé le contenu de ses boîtes sur le tapis ; c'était un vrai déballage d'objets de piété : chapelets, médailles, madones et statuettes de Saint-Pierre.

Depuis quelques instants déjà le pape avait

toussé plusieurs fois ; arrivé devant cette exposition, il fut pris d'une sorte de quinte et alors il cracha à plusieurs reprises sur le tapis autour de lui : c'était un spectacle curieux qu'offrait la physionomie du monsieur chaque fois que le Saint- Père crachait ; il se demandait bien certainement si ses madones n'allaient pas recevoir quelque éclaboussure et il faisait un mouvement en arrière.

La quinte passée, le pape bénit très complaisamment tous ces objets ; puis, comme il était arrivé à l'extrémité du salon, il se retourna vers nous, qui bien entendu étions pendant tout ce temps restés à genoux; alors, levant la main droite, tandis que de la gauche il s'appuyait fortement sur sa canne :

— Ma bénédiction pour les personnes, dit- il, pour les chapelets, pour les médailles.

Alors on nous dit que nous pouvions nous lever et suivre Sa Sainteté; ce que nous fîmes.

Dans la salle d'entrée étaient agenouillées quelques personnes, hommes et femmes ensemble ; le pape les bénit et leur donna son anneau à baiser sans leur adresser la parole.

Puis, suivi de son cortège, il traversa la salle au milieu des gardes qui présentaient les armes, agenouillés, et il entra dans la cour San Damase, sur laquelle s'ouvrent les loges de Raphaël ; alors, comme quelques personnes de l'audience s'imaginaient sans doute qu'elles devaient suivre le pape partout, on leur ferma les grilles en fer assez brusquement sur le nez.

Trois jours après, me promenant dans Saint- Pierre, comme j'avais l'habitude de le faire pendant les heures du milieu de la journée où les ga-

leries du Vatican sont fermées, j'entendis les chants d'un office qu'on célébrait dans la chapelle Clémentine, et je me rendis à cette chapelle.

Le chapitre de Saint-Pierre officiait, portant la peau d'hermine et la peau de petit gris, et dans la tribune un chœur exécutait supérieurement le Magnificat, qu'écoutaient curieusement des Anglaises et des Américaines, qui regardaient les chanteurs comme pour deviner si leurs voix claires étaient ^vraiment naturelles.

Le chant achevé, l'office continua : tout à coup, quelle ne fut pas ma surprise de reconnaître, dans un des chanoines qui venait saluer l'autel, le prêtre qui, trois jours auparavant, à l'audience du pape, m'avait interrogé sur les Abruzzes et le corridor d'Alexandre VI !

Je crus tout d'abord que je me trompais. Je le regardai attentivement ; il tourna sur ses talons : le doute n'était plus possible, c'était lui.

Alors, s'il était chanoine de Saint-Pierre, pourquoi diable m'interrogeait-il sur ce qu'il connaissait beaucoup mieux que moi ?

Je me le demande encore.

OARA

En parlant à' Une Belle-Mère, j'ai dit combien facilement on était disposé à se reconnaître ou à reconnaître les autres, dans les personnages d'un roman : je peux le répéter ici, car ce qui est arrivé pour madame Daliphare s'est reproduit pour Gara et bien plus largement encore ; si les femmes d'affaires sont assez rares, les femmes de plaisir courent les rues.

Tant qu'avait duré la première partie de Cara qui paraissait en feuilleton dans le Temjos, elle n'avait provoqué aucune réclamation ; et comme elle se passe dans un monde propre, cela s'expliquait tout naturellement, les honnêtes gens ou les braves gens ne réclamant jamais, même quand on peut mettre les noms sur leurs portraits, comme cela eût été facile pour Maraval, Lozès et d'autres encore.

Mais la seconde partie était à peine commencée, et Cara ne faisait qu'entrer en scène, que les choses changèrent.

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