‹ Le Roman de MolièreChapitre 32 sur 88 · petit in-8», page · texte numérisé non relu

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permis quelques cierges et quelques chants sacrés autour de l'illustre cercueil, mais il ajouta que monseigneur en fut pour ses frais de proscription : « Le convoi, dit-il, n'en fut pas moins beau et éclairé. Tous les amis de Molière y assistèrent, ayant chacun un flambeau à la main. »

Je n'ai pas besoin de faire remarquer tout l'intérêt des détails que le prêtre anonyme a mandés à son ami Boy vin et qui, simples renseignements de nouvelliste quand ils furent donnés, sont devenus pour nous un si inappréciable document. On les chercherait vainement ailleurs. La lettre qui les contient a paru pour la première fois dans un livre où l'on n'aurait certes pas cru devoir la trouver ; ce sont les Considérations historiques et artistiques sur les monnaies de France , par M. B. Fillon, de Fontenay-le-Comte.

Après l'avoir publiée telle que je viens de la reproduire^ M. Fillon ajoute quelques observations fort sensées tendant à faire croire que l'indication donnée par cette lettre pour la tombe de Molière n'étant pas la même que celle qui servit de guide aux commissaires chargés, le 12 juillet 1792, de l'exhumation de ses restes, il est probable qu'au

lieu de la dépouille d'un grand homme, on porta de Saint-Joseph au Père-Lachaise les ossements de quelque inconnu. « La dépouille mortelle de Molière, dit M. Fillon^ est encore dans le lieu où elle fut confiée à la terre. » C'est-à-dire-, par conséquent, en quelque coin, sous les dalles du marché placé, comme vous savez, entre la rue Saint-Joseph et celle du Croissant. Peut-être n'est-ellc plus même là.

Une note de La Borde, à laquelle on n'a pas fait, ce me semble, assez d'attention, dit positivement qu'au milieu du dernier siècle le cercueil de Molière et celui de La Fontaine, autre maudit, dont on avait exilé les restes dans le même asile, furent enlevés de la place où ils se trouvaient, pour en occuper une plus digne : « Vers l'année ijSc, dit-il, après avoir parlé des deux poètes, en creusant une fosse dans le cimetière, on trouva leurs cercueils et on les transporta dans l'éghse où ils sont encore ^ » Reste à savoir où ils passèrent, quand on les enleva de Saint- Joseph, démoli en 1793.

Ce qui me paraît certain, c'est que, comme

I . C'est en 1 780, que La Borde écrivait cela dans ses Essais sur la musique, in-4», t. IV, p. 2 52.

— pôles recherches, au moment où l'ordre vint de retrouver les précieuses dépouilles, furent faites dans le cimetière et non dans l'église, on dut transporter au Père-Lachaise, non pas La Fontaine et Molière, mais deux inconnus.

Revenons maintenant au Registre de La Grange, pour quelques faits moins funèbres, et tout aussi curieux.

Si l'on veut être bien au fait de tout ce qui regarde le théâtre de Molière : les droits d'auteur, les parts de comédiens, les frais divers, V compris la dépense des chandelles, c'est à ce Registre qu'il faut s'adresser. Les événements, heureux ou malheureux, s'y traduisent en chiffres , ou bien se reflètent avec leurs nuances diverses dans la teinte de ces hiéroglyphes que je vous ai fait connaître.

Quelquefois, et ce n'est jamais inutile, La Grange ajoute trois ou quatre phrases pour compléter le sens du cercle barbouillé de bleu, qui est un signe de joie, ou de la *

— 9^ — losange teinte en noir , qui indique un malheur.

Le II octobre 1660, c'est-à-dire environ deux ans après le retour de Molière à Paris avec sa troupe, la losange en deuil pour la première fois s'allonge dans la marge du registre.

Ce qui survint alors à la compagnie comique et à scn chef est, en effet, chose fort triste, comme vous allez voir.

Lorsqu'ils étaient arrivés à Paris en i658. Monsieur, frère du roi, leur avait accordé l'honneur de sa protection, et, de plus, le titre de ses comédiens. Il avait même encore promis à chacun 3oo livres de pension. C'est La Grange qui nous l'apprend dans son Registre. Il est vrai qu'il ajoute en marge : « nota. — Les trois cents libres n'ont pas été payées *. :»

I. Le frère du roi ne fut jamais plus exact pour ses comédiens. Croyant les avoir assez récompensés par l'honneur qu'il leur avait fait en se les attachant, il ne les payait pas d'autre manière. Le 24 mars 1660, La Grange écrit : « Monsieur et Madame doivent quatre loges; » à la septième représentation de l'École des femmes, il écrit encore : « Monsieur doit trois loges. » Q.uand il payait, il payait mal. Le 26 novembre i66r, ayant fait venir Molière en visite pour jouer les Fâcheux et l'École des maris, il ne lui donna que 2 5 louis, qui, à 1 1 livres chacun, faisaient 2-b livres. C'était peu,

Mais cela n'est rien. Peu importe à Molière cette subvention. Il se sent assez de talent comme acteur^ assez de génie comme auteur, pour se payer sur le public. Ce qu'il veut, c'est une salle, et on la lui a donnée. Pendant deux ans, avec des vicissitudes diverses, dont le chiffre des recettes recueilli par La Grange est l'exact thermomètre, il a joué dans cette grande salle du Petit-Bourbon, qui, comme dit Sorel, « jette sur la rivière, » et dans laquelle on avait, avant lui, vu tant de danses, tant de ballets^ mais si peu de comédie \ Vous la connaîtrez comme il faut pour peu que vous lisiez certains chapitres du Francion -, et quelques pages du Mercure francois ^.

car dix jours après l'abbé de Richelieu, pour une visite de la troupe en son hôtel, donna 5oo livres quoiqu'on ne lui eût joué que l'École des maris. Il est vrai que l'abbé avait ses raisons pour être si généreux. Il coquettait alors autour d'Armande, qui, dit-on, ne le fit pas trop languir. V. la Fameuse Comédienne, p. 12.

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