I. On possède plusieurs quittances des arrérages de
peut-être même quelques biens dans la Brie, vers Melun \ voilà tout ce que nous connaissons de la fortune personnelle de Molière.
N'eût-il eu que ce que lui rapportait le théâtre, on peut dire qu'il fut riche, surtout pour son temps. « En résumé, lisons-nous dans le travail cité, s'il n'a pas eu les trente mille livres que lui attribuait Voltaire^, il a joui d'un revenu qui était encore, à l'époque de Louis XIV, celui d'un homme riche.
(c II avait des laquais, un carrosse, une ha-
cette rente, données par la femme de Molière, au nom de sa fille mineure. V. Catal. des aiitogr. de M. L..., 1844, in-i8, p. 17; Catal. des aiitogr. de M. Collier de Beaubois, p. 8; Catal. des aiitogr., provenant du cabinet de M. H..., 1854, in-8% p. 107; Catal des aufogr. de M. L, Montigny, 1860, in-8°, p. 386.— M. Montigny fait observer qu'Armande s'y fait appeler « veuve de feu sieur de Molière, escuyer, titre et particule, ditil, que le grand homme ne se donna jamais. »
1 . M. La Jariette (V. le Cat. de ses autogr., p. 249), possédait un acte notarié du 28 juin 1667, contenant c< procuration donnée au sieur Claude Le Long, bourgeois de Melun, pour recevoir des sommes dues à Molière. » Cet acte porte la signature rarissime où le nom de Poquelin est en toutes lettres. Il ne signait ainsi que dans les actes d'affaires où il redevenait Poquelin.
2. Grimarest donne le même chiffre, mais Titon du Tillet, dans son Parnasse, 1727, in-S", p. 253-256, ne dit que 2 5, 000 livres de rente.
bitation aux champs, un bon train de maison; mais on sait l'honorable usage qu'il faisait de cette fortune. L'aumône était son habitude. » Nous en avons donné des preuves.
(c On sait encore quelles distractions il y apportait, et cette histoire du pauvre dont la vertu lui a peut-être inspiré une des plus belles scènes de son Don Juan ^ Sa main libérale fut toujours ouverte aux pauvres compagnons de ses travaux; il aida Racine de sa bourse; il consola par d'effectifs égards la vieillesse délaissée]de Corneille ^; il se chargea de l'éducation de Baron, joignant, suivant les termes précis de La Grange : « à un mérite, (c à une capacité extraordinaires, une honnêcc teté et une manière engageante » qui relevèrent toujours sa générosité. ))
Tout cela est fort bien dit, et, sauf quelques points, fort exact.
Je ne crois pas, par exemple, que MoHère eût un carrosse. Grimarest parle de l'espèce de chaise roulante où il se faisait traîner, de la barque qui l'emportait à la dérive jusqu'aux
1 . V. un de nos articles sur Don Juan, dans la Revue française, 20 mai 18 58.
2. Introduction de Corneille à la Butte Saint-Roch, p. cxxxvi.
environs de la maison qu'il louait à Auteuil % mais il ne dit mot de son carrosse. Je doute, pour mon compte, que l'on en trouve un mentionné dans son Inventaire.
Ne croyant pas au carrosse, je ne crois pas aux laquais. Molière eut un valet, qu'il avait sans doute ramené du Midi, comme le donnerait à penser son surnom de provençal 2; mais, s'étant fatigué de ses distractions, après s'en être amusé quelque temps, il le renvoya
I. Vie de Molière, par Grimarest, en tête des Œuvres. Édit. A. Martin, 1845, in-8", p. 73.— Était-ce toute une maison ou seulement un appartement avec jardin qu'il louait à Auteuil r Les détails me manquent sur ce point. Je sais qu'il s y trouvait à l'entrée du village, du côté de la rivière, dans une partie que le parc de Praslin a depuis englobée. Les convives de Molière qui voulurent philosophiquement se noyer après le fameux souper dont on a tant parlé n'eurent pas loin pour aller jusqu'à la Seine, mettre de l'eau dans leur vin. Être à Auteuil était le plus grand plaisir de Molière ; il avait là des livres et de la solitude ; ses amis venaient volontiers le voir, Chapelle avait même une chambre dans la maison (Grimarest, p. 52), et pour avoir là tout ce qu'il pouvait espérer de bonheur, Molière y avait pris sa fille avec lui. -La Fariieuse Comédienne, p. 38.)
2. V. sur ce domestique, devenu plus tard « fort recommandable dans les affaires et dans les mécaniques, » la Lettre critique à M. de... sur la vie de Molière ; 1706, in-8°, p. 23-24.
et n'en prit pas d'autre. En 1668, il avait à son service, en outre de la bonne Renée Vannier, devenue si célèbre sous le surnom de La Forêt ^, une servante de cuisine, nommée Louise Lcfebvre, et ce qui est assez piquant, veuve d'un chirurgien ^ Elle mourut ^^ et Molière ne prit personne pour la remplacer. A l'époque du retour de Baron, c'est-à-dire en 1670, La Forêt, suivant Grimarest, « faisoit tout son domestique *. « A sa mort, il en était de même. On ne trouva chez lui que La Forêt et une fille nommée Catherine", qui servait sa femme.
L'ouvrage ne manquait pas à ces deux servantes, car le logis de Molière était d'importance et fort beau. J'ignore ce qu'il pavait de
1. C'était un nom commun aux domestiques. Fouquet avait un valet qui s'appelait ainsi.