I . Elle avait fort à cœur les intérêts et le bonheur de
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Il serait trop long et trop ennuyeux de vous dire ce que reçut Molière pour chacune de ses comédies; je ne vous parlerai donc que des plus importantes, et vous verrez que ce ne sont pas toujours celles qui lui valurent les sommes les plus considérables.
Pour le Misanthro;pe, par exemple, qu'il fit jouer à une époque où il avait adopté le système du droit proportionnel sur la recette, il ne toucha que 1,493 livres 14 sous !
Le Médecin malgré liii^ donné la même année, lui rapporta davantage. Ce dut être un crève-cœur pour lui de voir que l'œuvre où il avait mis toute son âme lui valait moins d'argent qu'une farce où il n'avait eu que la peine de rajeunir les facéties et les lazzi d'une ancienne tabarinade, faite elle-même, comme nous le dirons plus loin, d'après un vieux conte.
Pour les Femmes sap'antes, il fut un peu plus heureux. Sa part d'auteur atteignit le
sa fille. Le mauvais ménage de Molière et d'Armande lui fut un si grand chagrin qu'elle en tomba malade et mourut. {La Fameuse Comédienne , p. 38.)
chiffre de 2,029 livres 12 sous. Le Bourgeois gentilhomme lui avait un peu moins rapporté; Amphitryon un peu plus, mais l'Avare avait été bien au-dessous. Molière, tout compte fait, ne reçut pour cette pièce que i , 1 24 livres 12 sous. Le public, prodigue pour tant d'autres comédies, s'était fait Harpagnon pour celle-là.
Tartuffe fut une meilleure affaire, comme on dirait aujourd'hui, et pourtant c'est un chef-d'œuvre! Jamais, depuis V Ecole des Femmes, qui, je l'ai dit, lui avait valu 6,5 II livres 19 sous, Molière ne s'était vu à pareille fête.
Pour la première et unique représentation qui fut donnée de Tartuffe, avant l'interdiction de la pièce par M. de Lamoignon, il toucha 277 livres. Pour celles qui, deux ans après, en 1669, se suivirent sans interruption, il en reçut 6,594, ce qui fait en tout 6,871. Ce ne serait guère aujourd'hui; c'était beaucoup alors. Un auteur ne pouvait même espérer mieux.
Ce n'est pas tout; il faut à cette somme en ajouter une autre, dont ne parle pas le Registre de La Grange, et que nous trouvons mentionnée dans un opuscule fort peu connu
d'un contemporain, Gabriel Guéret ^ : c'est celle de 200 pistoles que Molière aurait reçue de Ribou, libraire au Palais, pour la brochure de cette pièce. La somme était bonne; aussi Ribou, l'ayant donnée, l'estima-t-il trop forte. Quoiqu'il vendît chaque exemplaire un écu *, il se plaignit qu'il y avait perte pour lui dans cette affaire, et Guéret trouve que sa plainte est fondée. Pour lui, Tartuffe, au théâtre, valait certes ce qu'il rapporta, mais il est d'avis que 200 pistoles étaient un prix trop fort pour Tartuffe imprimé. <c Une pièce, dit-il, peut être bonne pour les comédiens, et ne valoir rien pour les libraires . Quand elle sort du théâtre, pour aller au Palais, elle est déjà presque tout usée, et la curiosité n'y fait plus courir. «
Dans le curieux article que nous citions tout à l'heure, on fait monter à un chiffre de
1 . La Promenade de Saint-Cloud, Dialogue sur les auteurs, à la suite des Mém. de Bruys, t. II, p. 204-205.
2. Gajette rimée, 6 avril 16G9.— Le privilège avait été accordé à Molière lui-même, et bien qu'il l'eût cédé à Ribou, chaque exemplaire portait : Imprimé aux
49)^00 livres 17 sous les droits d'auteur perçus par Molière pour toutes ses pièces, depuis 1659 jusqu'à sa mort. Ajoutons-y les 2,000 livres qu'il reçut de Ribou ; joignons à ces deux sommes celle bien plus considérable qu'il toucha comme comédien, et qui ne s'élève pas à moins de 84,664 livres en treize années; n'oublions pas ce cju'il touchait sur la pension faite par Louis XIV à sa troupe; ce qu'il recevait comme valet de chambre du roi, comme homme de lettres pensionné, et nous arriverons à un total de 160,021 livres 19 sous. C'est un joli denier; mais quand on songe qu'il fallut treize ans d'un double labeur pour le gagner, quand on le compare surtout aux profits d'aujourd'hui, on le trouve bien médiocre.
En outre de ce qu'il gagnait, Molière avait son avoir personnel, fortement entamé sans doute par ses aventures de jeunesse, mais non dissipé complètement. De quoi se composaitil, et quel en était le total? je ne saurais le dire. Une rente de 3oo livres constituée, en i635, sur les Gabelles ^, et quelques créances
despensde l'aiithcur (sic;. V. Sv.r, cette édition, un article
deM. P. Lacroix, Bulletin du Bibliophile, 18G1, p. 05.