‹ Le Roman de MolièreChapitre 41 sur 88 · Mss., t. III, p · texte numérisé non relu

Mss., t. III, p

3. Le bail de la maison de la rue Saint-Thomas du Louvre, passé devant Ogier, est du i5 octobre i665.— La De Brie, la consolatrice de Molière, l'Éliante de cet Alceste, logeait dans la même maison au grand déplaisir d'Armande, qui voulait bien tourmenter son mari, mais qui n'eût pas voulu qu'on le consolât. (V. la Fameuse Comédienne, p. 21.) Après le raccommodement de 1672 (V. plus haut, p. 21;, Molière, cédant à la jalousie de sa femme, voulut bien que la De Brie ne logeât plus dans leur maison. C'est alors qu'ils vinrent habiter celle de la rue de Richelieu où ils logeaient seuls.

médien, fut découvert par M. Eudore Soulié, plusieurs notes coururent dans les journaux, où l'on parlait avec surprise des riches tentures de l'appartement, des somptueux miroirs, des meubles magnifiques, et notamment du lit d'Armandc, tout à crépines et broderies d'or, sur fond vert, — la couleur d'Alceste ', — et dont l'estimation, si je ne me trompe, n'allait pas à moins de 2,000 livres. Pour mon compte, je n'en fus pas étonné, sachant le goût d'Armande pour la dépense, connaissant la complaisance de Molière, et me rappelant surtout ce que VÉlomîre de Ghalussay nous avait appris déjà sur l'amour du luxe qui éclatait partout dans cette maison.

La première scène de la pièce se passe dans la chambre d'Élomire (Molière), laquelle, estil dit, doit, « estre fort parée. y> Quelques détails viennent plus loin. Après avoir parlé du talent qui a fait sa fortune, Élomire s'écrie :

Mais, ma chère Isabelle, Sans liiy nous verrions-nous une chambre si belle : Ces meubles précieux sous de si beaux laynbris; Ces lustres éclatans, ces cabinets de prix;

I. En adoptant le vert, Molière avait fait choix de la couleur des bouffons. V. nos Variétés, t. VII, p. 415, et Rabelais, édit. Burgaud et Rathery, t. II, p. 99.

Ces viiroirs, ces tableaux ^, cette tapisserie, Qui seule épuisa l'art de la Savonnerie ' : Enfin tous ces bijoux, qui te charyyient les yeux, Sans ce divin talent seroient-ils en ces lieux?

Cette fortune ne semble pas avoir survécu longtemps au grand homme. Elle ne profita pas plus que si elle eût été mal acquise.

Armande remariée, et devenue La Guérin, tâcha d'attirer à elle tout ce qu'elle put, afin que le fils né de son second mariage « fût un homme de conséquence ■'. )> La fille de Molière, s'étant fait enlever du couvent où l'oubliait la mauvaise mère, et où elle désirait tant qu'elle s'oubliât *, vint un jour réclamer la fortune paternelle, et n'en trouva que les débris.

1 . Nous parlerons au chapitre suivant d'un de ses tableaux, donné par Séb. Bourdon à Molière son ami.

2. Ne serait-ce pas la belle tenture « à petits personnages, » prisée 800 livres dans l'inventaire de Molière, et la même aussi qui fut estimée i ,3oo livres, en 1 703, chez sa fille, et seulement 55o livres, en i ySS, à Argenteuil, chez M. de Montaland? << Elle était de fabrique d'Anvers et représentait l'histoire de Persée et d'Andromède. » Note de M. Soulié, dans la Correspondance littéraire, 20 février i863, p. 98.

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