‹ Le Roman de MolièreChapitre 50 sur 88 · V. la Presse du 21 mars · texte numérisé non relu

V. la Presse du 21 mars

2. V., sur toute cette affaire, la brochure avec facsimilé intitulée : Découverte d'un autographe de Molière; Paris, 1840, in-8''de 11 pages.

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son prix pourtant. Une tapisserie des Amours de Gombaiid et de Macé, bien connue depuis le mémoire de La Flèche dans l'Avare, fut trouvée chez un marchand de bric-à-brac, et l'on se hâta de dire et d'écrire ^ qu'après avoir appartenu à Molière, elle était passée au Garde-Meuble de la Couronne. Une mention placée au revers prouvait cette dernière provenance. Mais l'autre fut démentie par M. Eudore SouHé qui, sa copie de l'inventaire en main, démontra que parmi le grand nombre de tapisseries possédées par Molière, il ne s'en trouvait pas une avec ce sujet.

Le tableau de Bourdon est donc jusqu'à présentie seul débris qui nous reste des ornements de la somptueuse chambre de Molière.

Un tableau de piété est un assez étrange souvenir de l'auteur de Tartuffe. — Il se concilie toutefois avec ce qu'on sait de ses habitudes. Il était loin d'être impie ^, et s'efforçait surtout de ne pas le paraître. Plus, à l'époque de Tartuffe, on le taxa d'irréligion dans le

I. V., dans l Indépendance belge du 21 février 186 3, une lettre de M. A. Jubinal, à qui cette tapisserie appartient.

■2. Sur les habitudes religieuses de Molière, v. Taschereau, p. 2Ô0, note.

monde dévot, plus il eut à cœur de faire ouvertement acte de piété. Une gravure peu remarquée, et qu'il ne faudrait pas omettre dans le Musée Molière que la Comédie- Française pourra se composer quelque jour, est, sur ce point, un témoignage de ses préoccupations.

En i665, au plus fort de la persécution contre le chef-d'œuvre dont notre travail définitif présentera l'histoire complète, les rehgieux de la Charité fondèrent une Confrérie de VEsclapage de Notre-Dame que le saint-père approuva, et dont le roi et sa mère se firent les protecteurs. Chauveau fit à ce sujet une estampe, où l'on voit à genoux devant la Vierge et l'Enfant portés sur un nuage, le saint-père d'un côté, et de l'autre Louis XIV et Anne d'Autriche. Ledoyen la grava. Il fallait, suivant l'usage, quelques vers pieux au bas de la pieuse image. Ce fut Molière le maudit des dévots et l'objet des anathèmes de l'archevêché et du palais de la reine mère, ce fut Molière qui s'en chargea.

On l'accusait d'être impie, il protestait par des vers de piété, et, toujours habile, il profitait pour cette protestation du moment où le légat du Pape, devant lequel on l'avait

surtout mis en cause, se trouvait encore à Paris *.

Voici ces vers avec le titre exact et complet, qu'on avait jusqu'ici négligé de reproduire:

La Confrairie de l'esclavage de nostre Dame de la Charité cstablîe en l'Eglise des Religieux de la Charité

Par nostre S. P. le Pape Alexandre VII. l'an i665

In funiculis Adam traham eos in vinculischaritatis.

{Ose ce, II, 4.;

Brise:^ les tristes fers du honteux esclavage Oii vous tient du péché le commerce odieux, Et vene:{ recevoir le glorieux servage Qiie vous tendent les mains de la Reyne des deux. L'im sur vous à vos sens donne pleine victoire, L'autre sur vos désirs vous fait régner en Roys. L'un vous tire aux enfers, et l'autre dans la gloire. Hélas! peut -on, mortel, balancer sur le choix -!

1 . V. Bazin, Notes historiques sur la vie de Molière, i85i, in-i2, p. 123-124.

2. Ces vers ont e'té publiés pour la première fois dans la Revue rétrospective du 23 fe'vrier 1837, p. 32o, mais sans aucune des explications données ici et que nous croyons indispensables.

Si l'on songeait jamais à former ce Musée Molière dont je viens de parler, il faudrait tâcher d'y placer quelque débris du beau service d'argenterie avec lequel le comédien faisait fête aux grands seigneurs et aux beaux esprits qui ne refusaient jamais de dîner à sa table K II l'avait rendu reconnaissable par l'emblème dont il l'avait marqué , et qui empêchait tout convive, reçu chez lui, d'oublier qu'il dînait chez un comédien. Cette marque était un masque. Une note fort curieuse, que nous devons à l'obligeance de notre ami M. Jal, vous en donnera la preuve. Voici ce renseignement-bijou que l'infatigable érudit a bien voulu détacher pour nous de l'immense travail qu'il nous donnera bientôt, et qui^ sous forme de Supplément à toutes les biographies, sera le plus riche

I. Nous réservons, pour notre travail définitif, les détails sur les dîners de gens d'esprit qui avaient lieu chez Molière.

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écrin que l'crudition française ait jamais ouvert aux curieux.

Un ami du célèbre intendant de La Rochelle, Michel Bégon, écrivant en 170 5 à l'un des correspondants de cet intelligent et studieux administrateur, lui dit :

ce La remarque curieuse que vous faites des masques que feu M. de Molière avoit fait graver sur son service de vaisselle d'argent a charmé notre illustre magistrat. »

La plus petite cuiller illustrée de la marque comique serait un joyau pour le musée que je rêve; mais ce qui l'enrichirait mieux encore, ce serait, si l'on pouvait la trouver, une de ces cartes sur lesquelles Molière écrivait au vol les pensées ingénieuses, et les mots heureux qui jaillissaient du tourbillon de paroles ftiisant rumeur d'esprit dans sa chambre, chaque fois qu'il y rassemblait ses amis. Il n'ignorait rien du jeu, — la partie de piquet des Fâcheux le prouve de reste ^, — mais il ne l'aimait pas. Les cartes à jouer ne lui servaient que pour écrire. « Il parloit peu, dit Titon du Tillet dans un passage jusqu'ici

I. V. sur cette scène de curieuses explications de M. E. de Certain, dans un article de la Correspondance littéraire; 10 avril 18G1, p. 250.

— i56 — négligé * 5 il écoutoit attentivement les pensées ingénieuses et les saillies d'esprit des personnes agréables, qui étoient en liaison avec lui, et il les écrivoit souvent avec un craïon sur des cartes à jouer qu'il mettoit dans sa poche pour cet usage. »

Qui retrouvera, qui nous rendra le jeu de cartes de Molière ?

Il aimait beaucoup les livres, non-seulement ceux qui avaient rapport au théâtre, mais les livres de toute sorte. Il paraîtrait même qu'il s'en allait fureter volontiers aux étalages de ces pauvres bouquinistes du quai et du Pont-Neuf, auxquels les Hbraires de Paris cherchèrent si méchamment noise vers 1660. « Il n'est pas de bouquin qui s'échappe de ses mains, écrivait en 1 664 Lacroix dans sa Guerre Comique ou la Défense de l'École des Femmes, mais le bon usage qu'il fait de ces choses les rend encore plus louables. » De Visé,

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