‹ Le Roman de MolièreChapitre 49 sur 88 · Année 1845, p · texte numérisé non relu

Année 1845, p

De tous les autographes de Molière, le plus curieux est celui dont on parle le moins. S'il est authentique, et je n'en doute pas, pour mon compte, Pheureux amateur qui le possède, a non-seulement la plus longue phrase manuscrite que l'on connaisse de MoHère, mais encore un des plus précieux restes des choses qui ornaient sa chambre.

Nous avons dit, au chapitre de sa fortune, que Molière avait chez lui tapisseries, miroirs et tableaux. C'est un de ceux-ci que l'on retrouva au mois de mars 1 840. Une marchande de vieilles peintures, de la rue d'Anjou-Dauphine, madame L. Deleuze, le gardait depuis quelque temps sans beaucoup s'inquiéter de sa valeur qui ne lui paraissait pas considérable. Cette toile, de 18 pouces de haut sur 1 5 de large, où la figure de saint Jean-Baptiste domine dans une Sainte Famille, n'était pour elle et pour ceux à qui elle l'avait fait voir qu'une assez faible composition dans la manière la moins soignée de Sébastien Bour-

— H9 — don. Elle n'avait pas trouvé d'acheteur et gardait le tableau. Un jour, en le nettoyant, elle arracha sur le revers quelques bandes de papier qui tombaient en lambeaux, et mit ainsi à découvert, sur la traverse supérieure, un fragment de parchemin portant quelques lignes écrites à la main. Elle se hâta de lire, et voici ce qu'elle lut :

Donné par mon ami Séb. Bourdon, peintre du roy, et Directeur de l'Académie de peinture.

Paris, ce vingt-quatrième de juin mil six cens septante.

J. B. P. Molière.

C'était un cadeau que Bourdon , depuis longues années l'ami de MoHère ^ et plus tard son voisin- lui avait fait le jour de sa fête à la Saint-Jean de 1670.

Le bruit de la précieuse trouvaille se répandit et n'éveilla pas moins le doute que la cu-

1 . Nous donnerons, dans Molière au théâtre et chej lui, de longs détails sur son intimité' avec Se'b. Bourdon, Mignard et d'autres peintres.

2. Rue de Richelieu, Molière logeait près de V Académie des peintres, dont Bourdon était directeur.

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riosité^ Beaucoup crièrent à la supercherie, en s'armant surtout de quelques différences existant entre l'écriture de l'inscription et les signatures de Molière déjà connues ; mais dont il était cependant facile de se rendre compte, lorsqu'on songeait que Molière alors dut écrire là sur du parchemin revéche et non sur du papier glissant. La différence de la matière sur laquelle les lignes étaient tracées avait seule fait la différence de l'écriture.

L'expert, M. Fontaine, appelé à donner son avis, conclut dans un sens favorable , et il fut avéré pour les gens de bonne foi que l'on avait retrouvé du même coup trois lignes de la main du grand homme, et l'un des tableaux qui ornaient sa chambre -. S'il reste quelques doutes, la publication de l'inventaire pourra les dissiper. Qu'on y trouve indiqué un tableau représentant une Sainte Famille, et la question sera définitivement résolue. Or, je crois savoir qu'on l'y trouvera.

Dernièrement, il fut bruit d'une découverte un peu moins curieuse, mais qui avait

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