I. Œuvres de Palaprat, 171 1. in-8, t. I, p
Poquelin se souvenait qu'il était du peuple, et il était doux et bienveillant aux gens sortis du peuple qui étaient à son service. Vous savez combien il fut bon maître pour cette joyeuse la Forêt, à qui il lisait ses ouvrages; vous venez de voir qu'il donna à Laurent, le valet des coulisses, la petite vanité de s'entendre nommer en scène ; il en fit autant pour mademoiselle Flipotte, l'une des servantes du théâtre. Voulant en trouver une pour madame Pernelle, c'est celle-ci qu'il prit toute baptisée. La vraie mademoiselle Flipotte figure dans les registres de la Comédie du temps de Molière.
Pour la Martine des Femmes savantes^ il fit mieux encore. C'est d'abord Madeleine Béjard qui, ayant joué le rôle de Dorine % devait jouer celui-là ; elle mourut un mois avant la représentation. Il revenait alors de droit à mademoiselle Beauval ; et, pourtant, ce n'est pas elle qui le joua. Peut-être, dans un de ces
I. Robinet, dans sa Ga:{ette du 2 3 février i6Gq, parlant de la représentation de Tartuffe, dit :
Dorine, maîtresse suivante, Est encore lien divertissante.
Et en note : Mademoiselle Béjard.
- i87caprices qui la rendaient si difficile à vivre, refusa-t-elle de s'en charger, d'abord parce qu'il n'avait pas été écrit à son intention; ensuite parce que, fort ignorante elle-rnêmc, elle craignait les allusions que lui auraient values les barbarismes de la très-ignorante Martine. C'est à peine en effet si la Eeauval savait lire, et pourtant elle faisait la belle parleuse, compliquant ainsi par le ridicule de Philaminte et de Belise l'ignorance de la servante. Comment, hautaine et prétentieuse comme elle était, vouliez-vous qu'elle acceptât un rôle qui la parodiait si bien ?
Quand Martine eût dit ce que vous savez sur la g7'ammaire ^, on eût crié du parterre et
I. Sur ce mot, nous devons ajouter qu'au temps de Molière, on le prononçait grayunaire ; nous en avons la preuve dans le titre du livre où l'ahbé de Dangeau, devancier de M. Marie, prétend rapprocher l'orthographe de la prononciation : Essais de granyyiaire qui contiennent une lettre sur l'ortografe, etc. Dangeau orthographie ici comme devait prononcer Belise quand Martine lui répond :
Qui parle d'offenser grand-père ni grand-mère ?
Aussi, dansson livre sur le Langage de Molière (p. 2o\ M. F. Génin, quoique ne citant aucun exemple, a-t-il raison de dire, à propos du quiproquo de Martine : « Le jeu de mots est exact, suivant la bonne pronon-
— I»« — des loges que mademoiselle Beauval n'en savait pas davantage, et parlait pour elle-même. Bref, elle ne joua pas Martine; et, le plus étrange, c'est, je l'ai déjà dit, que Molière chargea du rôle une de ses servantes.
Un article du Mercure * nous le certifie. La distribution de la pièce, telle qu'elle fut jouée la première fois, s'y trouve tout entière; or, à propos du rôle qui nous occupe, on lit : « Marine (sic), une servante de M. de Molière, qui portait ce nom. » Nous croyons à ce détail, tout singulier qu'il paraisse. M. Régnier y croit comme nous, et nous faisons en cela comme Aimé Martin. Suivant lui, l'écrivain du Mercure devait tenir le fait de Baron lui-même, qui avait joué d'original le rôle d'Ariste dans cette comédie et qui vivait encore en 1723.
Nous arrêterons ici ce long chapitre. Un dernier mot cependant encore sur ce qui concerne la disparition des livres de Molière : M. Régnier ne s'en prend, comme pour la disparition des manuscrits, qu'à l'incurie de
dation d'autrefois. » Aujourd'hui, pouvait-il ajouter, on ne le comprend plus.
I. Juillet 1723, p. 129.— Nous avons parlé plus haut de cette Marine ou Martine, p. 12 3, note.
la femme de Molière et de la femme de La Grange qui vendit tout ce que ce comédien tenait de l'indigne veuve.
Quant aux restes de Molière, transférés du cimetière Saint-Joseph à celui du Père-Lachaise, il les croit peu authentiques, vu l'absence de l'épitaphe lors de l'exhumation, et le peu de certitude des traditions qui servirent d'indices. Nous avons prouvé qu'il avait mille fois raison.
Lorsque nous lui avons parlé de l'académicien qui, présent à cette exhumation, détacha, dit-on, une dent de son alvéole et s'en lit une breloque de montre, il a haussé les épaules, et s'est moqué, comme nous, de l'article du Mercure d'avril 181 1 ^, qui s'était fait l'écho de ce conte '.
2. Un autre membre de l'Institut possédait un os de Molière. « Il l'avait fait vitrifier, et s'en était fait faire une bague. » [Mss. de Betfara, t. III, p. 41 .} « M. de La Porte, ancien régisseur de TOpéra-Comique, dit encore Befifara {ibid.), prétend avoir une dent de Molière. Il l'a eue au musée des Petits-Augustins, lors des opérations constatées par les procès-verbaux des 18 floréal, 17 thermidor an VII, et 17 vendémiaire an VIII. »