Les Entretiens galants, t. II, p
?. Léris, Dictionnaire portatif des Théâtres ;\~63, in-8°,fp. 333-334.
On avait alors à Paris des comédiens d'Italie, que tout le monde de la cour comprenait sans interprètes, et même aussi des comédiens venus d'Espagne, et gagés par la reine Anne d'Autriche, dont il aurait été de mauvais ton de ne pas paraître comprendre les pièces sans le secours d'une traduction *. 0 uant à des acteurs anglais, il n'en vint pas à ma connaissance.
Quelques sauteurs d'Angleterre firent leur métier aux foires Saint-Laurent et Saint-Germain; ce fût tout, et Molière n'alla pas voir à Londres ce qu'il n'avait pu voir à Paris. Ceux donc qui prétendraient que, si l'auteur du Misanthropie ne connut pas les œuvres du poëte à^Hamlet par la lecture, il put du moins les connaître par la représentation, se tromperaient étrangement.
Alors, à Londres même, on commençait à très-peu jouer Shakspeare, discrédité par l'invasion de notre goût et de nos modes en Angleterre. Ses pièces, quand on les hasardait sur la scène, n'y paraissaient plus que mutilées, pour cause de décence.
I . Nous publierons prochainement l'histoire des Comédiens espagnols en France.
Falstaff, plantureuse et rubiconde satire de ces lords coureurs de taverne, dont la manie nouvelle était d'affecter des airs d'élégance, sans rompre pourtant avec la crapule de tradition, Falstaff avait disparu du Henri F*.
Un théâtre à peine toléré sur son propre sol n'était guère, on le comprend, d'exportation possible, surtout dans le pays d'où était venue la pruderie qui avait causé sa disgrâce.
On ne joua donc en France, du temps de Molière, rien qui rappelât Shakspeare; mais à Londres, en revanche, on joua plus d'une pièce qui rappelait Molière, quand elle ne le copiait pas.
Au mois de juin 1670,- la belle-sœur du roi, cette aimable Henriette, qui entre autres vertus eut celle de comprendre Molière et d'oser le protéger, fit à Londres un voyage de négociation, d'où eHe ne devait revenir que pour trouver de plus nombreux ennemis et leur échapper par la mort.
On lui fit de grandes fêtes chez Charles 11 et chez le duc d'York, son frère. La comédie
I. V. un excellent article sur Wycherley, dans la Revue Britannique, mars 1841, p. 29.
n'y manqua pas, et comme si l'on eût deviné son goût devenu si bien français, ce n'est pas la comédie anglaise, c'est la comédie de Molière, assaisonnée un peu à la mode du pays, mais pas trop gâtée pourtant, qui lui fut donnée pour régal.
Robinet, qui écrivait sa Ga:{ette rimée pour Madame, et qui avait dés co7'respondants à sa suite jusque dans le palais de la duchesse d'York, nous raconte en quelques vers trèsmauvais, mais non moins curieux, une de ces représentations de Molière , habillé à l'anglaise. La troupe de la princesse qui, ditil, (c avoit bon bec, »
Fit, dans son anglicane langue,
A l'héroïne une harangue
En laquelle, fort à propos.
Le harangueur mêla le los (la louange^,
Ce dit-on, du sieur de Molière ;
Gloire pour lui bien singulière.
D'autant que c'est lui qu'ils jouoient.
Et, qu'à ravir, ils imitoient
Dans ses Médecins, ses Ecoles
Et dans ses autres plus beaux rôles i.
Voilà donc, vous le vovez, Molière imité, copié, volé de son vivant par les Anglais. Il y