‹ Le roman de Renard, version moderneChapitre 14 sur 70 · COMMENT RENARD FIT BATTRE PRIMAUT · texte numérisé non relu

COMMENT RENARD FIT BATTRE PRIMAUT

à arriver à Malpertuis, traînant ces deux pauvres chétives anguilles, les deux plus petites — et de beaucoup — que j'aie pu trouver au milieu des autres. Mais vous n’avez pas de temps à perdre, la charrette sera bientôt dans le village — et alors, adieu anguilles ! pour aujourd’hui.

Primaut ne connaissait pas encore la malice de Renard, et sans lui dire adieu ni merci, il courut faire le mort sur la route pavée. |

Le premier des marchands qui le vit s’écria :

— Cette fois c’est un loup ! Ne veut-il pas nous engeigner encore, comme ce maudit goupil ? Assurons-nous qu'il est bien mort.

À tour de bras, les marchands bâtonnèrent Primaut. Il souffrait ÿrande douleur, mais ne bougeait et ne souffait, pensant ainsi gagner anguilles. Mais si longtemps, si rudement frappèrent les marchands qu’enfin il ne put tant s’efforcer qu'il ne soupirit.

— Ah ! Ah!il est vivant ! assommons-le ! sale bête ! tu voulais encore venir manger nos anguilles, comme le goupil ! assommons-le |

Et coups de pleuvoir plus dru, tant et tant que le pauvre Primaut, sautant sur pieds, eut grand’peine à regagner le bois et à rentrer chez lui, sans avoir apaisé sa faim.

Mais la douleur de tant de coups qu'il avait reçus était plus cuisante encore que celle de la faim.

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