‹ Le roman de Renard, version moderneChapitre 18 sur 70 · COMMENT RENARD FIT PÉCHER LES ANGUILLES A YSENGRIN · texte numérisé non relu

COMMENT RENARD FIT PÉCHER LES ANGUILLES A YSENGRIN

La nuit était venue, une belle nuit d'hiver, claire et étoilée. C'était un peu avant Noël, au temps où l’on sale; oi bons, et il faisait grand froid.

Quand Ysengrin vit approcher Renard qui l'avait rasé de si près — poil ni cuir n'était resté — il eut envie de le pelauder rudement, et d’abord lui montra les dents. Renard dit:

— Mon bel oncle, maintenant que vous voilà moine, comme nous, je vais vous montrer où nous pêchons ces anguilles qui vous ont paru si friandes, et vous en pourrez prendre à votre volonté pour rompre votre jeûne avant demain. Surtout n'en dites jamais rien à personne! Ce n’est pas selon la Règle, mais je prends le péché pour moi, tant je vous aime |

Oyant parler d'anguilles, Ysengrin oublia sa tonsure, Et ils partirent, Renard devant, le loup derrière.

Bientôt ils arrivèrent au bord d’un étang gelé, — si fort gelé qu'on y pouvait marcher, qu'on y aurait pu danser. Les vilains avaient ouvert dans la glace un trou où ils menaient boire leurs bêtes, et où ils puisaient l’eau avec un seau

qu'ils avaient laissé sur la glace, auprès du trou.

__ — Voyez, mon oncle, dit Renard, c’est en ce trou que sont les anguilles. On jette le seau au fond du trou, on le laisse

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