À LA MÉMOIRE DE RENÉE CHAUVEAU
Co Ana.
Digne 11=/6-27
172 34e AVANT-PROPOS
Ceci n'est pas une traduction.
Le Roman de Renard nous est arrivé, conté par fragments, en blusieurs versions. Ces versions ne peuvent pas être mises bout à bout pour constituer un tout. Elles empiètent les unes sur les autres, s'embrouillent les unes dans les autres, répétant les mêmes aventures sans les attribuer toujours aux mêmes personnages, les modifiant, non seulement dans leurs détails, mais aussi dans leur commencement et dans leur terminaison.
J'ai essayé de tirer de ces versions fragmentaires, un récit suivi qui formât le Roman complet de Renard.
Le plus souvent j'ai simplement choisi, entre les variantes d’une même aventure, celle qui m'a paru la meilleure. Parfois j'ai complété ces variantes les unes par les autres. Je me suis efforcé de conserver la charpente de chaque épisode, jusque dans l'arrangement des dialogues et la succession des répliques — si j'ai souvent diminué leur longueur. J'ai dû, parfois, mettre un peu de mon grossier ciment entre deux chapitres — j'en ai mis le moins possible 1.
Je tiens à dire bien haut — pour que ceux qui auraient le droit de me le dire ne pensent pas me l’apprendre — que je n'ai aucune science et aucune prétention à la science. J'ai lu, la plume à la main, les textes publiés par Méon?. J'ai lu ces textes en profane, avec passion, et le désir m'est venu de mettre à la portée du public moderne ‘cette œuvre qui a joui d’une immense popularité, qui s’est répandue dans l'Europe entière et n'est tombée dans l'oubli, en France, que lorsque le vieillissement de la langue l'a rendue inaccessible au plus grand nombre.
Je considérerais que j'ai réussi si cette version permettait à ceux que rebutent la langue difhcile des vieux conteurs et le désordre dans
1. J'ai laissé complètement de côté « Renard le nouvel » où l’on ne retrouve plus rien de l’ancien esprit de Renard.
2. Le Roman de Renart — publié d'après les manuscrits de la bibliothèque du Roi des XIIIe, XIVe et XVe siècles, par M. D. M. Méon. À Paris, chez Treuttel et Waürtz, 4 vol. 1828 — et 1 vol. de supplément par Chabaille, chez Silvestre, 1835.