LES VÊTÉÈMENTS DU PRÊTRE
— Seigneur Mouflart ! Si tu veux une belle proie, là-bas, sous ce chêne que tu vois, le plus gros à la lisière du bois, tu trouveras un oison dans les pattes de Primaut le loup. Tu pourrais facilement l’enlever à ce lourdaud.
— J'y vais, dit Mouflart.
Renard revint sur ses pas et se cacha dans un buisson pour voir ce qui allait advenir.
Primaut tenait l’oison entre sès pattes, et il ne pensait pas que personne au monde püût le lui enlever. Il allait l’entamer, à belles dents d’affamé, quand tout à coup, Mouflart fondit sur lui, happa l’oison avec ses serres, si brusquement que Primaut le lâcha. Et l’oison s’envola |!
Moufñlart se posa sur une branche au-dessus de Primaut. Primaut tremblait, frémissait de rage, et dit :
— Sire Mouflart, c’est mal de m'avoir enlevé cet oison. Moi je ne vous en aurais pas fait autant. Mais restons bons atnis. Descendez, nous partagerons l’oison en deux et nous en mangerons chacun une moitié. Ayez pitié de moi que la faim tourmente si cruellement !
…— Je m’en moque ! répondit Mouflart. Cet oison est pour moi. Quand vous en attraperég d’autres, ils seront pour vous. Mais je prierai Dieu qu'il ait pitié de votre âme. Merci de m'avoir apporté cet oison, si gras, si tendre !
— Ah! Mouflart ! donnez-m’en au moins une cuisse !
— À Dieu ne plaise! Vous trouverez assez d’autres oisons comme celui-ci. J'ai grand’faim et je suis las de voler sans arrêt depuis ce matin, trop las pour descendre jusqu’à vous. Et fou qui met derrière son dos ce qu'il tient devant lui, dans
sa main! Allons! je vais manger cet oison, mais je n’en margerai que la chair, je vous donnerai les os qui sont gras et tendres aussi. Je vous les jetterai, vous n'aurez qu'à les ramasser.
Primaut comprit qu'il n’y avait plus rien à dire. Couché sous larbre, il attendit ses os. Et le regret lui vint d’avoir si mal traité Renard. Il aurait mieux valu partager avec lui, chacun aurait eu sa moitié. Mais il avait voulu tout avoir et comme dit le proverbe:
« Qui veut tout avoir, tout perd. »