LES VÊTEMENTS DU PRÊTRE
à ce Prêtre, ce serait une bonne affaire. Car, si nous les portons à la foire, nous risquons fort d’être pendus.
— Oui, dit Primaut. Vendons-les-lui si nous pouvons.
Le Prêtre, en passant, releva le pan de son manteau sur son épaule, et les salua :
— Seigneurs ! Dieu vous garde!
Renard leva les yeux vers l’oison.
— Sire, dit-il, Dieu vous bénisse!
Le Prêtre s'arrêta et dit:
— Quel vent vous pousse ? De quel pays venez-vous ?
Renard répondit :
— Nous sommes des marchands. Nous venons d'Angleterre et nous allons à la foire.
— Et qu’allez-vous vendre à la foire ?
— Des habits de prêtre, aubes, amicts, belles chasubles de samit, manipules, étoles et ceintures. Si vous en avez besoin, nous vous en vendrons bon marché.
— En avez-vous là ?
— Oui, nous avons dans ce ballot tout un beau vêtement complet.
— Montrez-le-moi. J'allais justement en acheter un à la foire. Je prendrai peut-être le vôtre. |
— Je vous le vendrai volontiers, dit Primaut, si vous avez de quoi payer.
Primaut défit son ballot et montra les vêtements.
Le Prêtre dit : |
— Longue parole ne vaut rien. Combien me les vendezvous ?
— Si vous mé donnez cet oison, dit Primaut, vous pourrez tout emporter.
— MA foi, dit le Prêtre, ça va.
Il lui donna l’oison. Primaut le prit, le soupesa, et partit à grande allure. Renard le suivit pour en avoir sa part.
Ainsi s’en allaient les deux amis — amis tant qu’on n'en était pas au partage — Primaut devant, Renard derrière, tous deux riant du pauvre Prêtre et le tenant fou achevé d’avoir fait un tel marché : un oison pour quelques habits!
Primaut s'arrêta, à la lisière du bois, sous un grand chêne et posa l’oison à terre, devant lui :
— Ami, dit-il, te voilà bien déçu ! Nous aurions dû demander deux oisons. L'autre aurait été pour toi. Celui-ci est pour moi, et je vais le manger tout entier.
+= Ah ! vous ne ferez pas cela | ce serait une vilenie et un grand péché !
— Renard, je m'en moque | pas de sermon et pas d’injures | Situ veux manger, ce matin, va-t'en chasser au bois, comme d'habitude.
Renard ne voulut pas en venir à la bataille ; il savait qu’il serait tossé ; Primaut était trop grand, trop fort.
— Primaut, dit-il, vous n'êtes pas de bonne foi. C’est justicé que je sois trompé, j'ai été trop loyal envers vous, traître déloyal ! Voilà la récompense de l’aide que je vous ai donnée |
Et il s’en alla, grommelant entre ses dents :
— Tu me paieras cela !
Il n’alla pas loin. Il vit Mouflart le vautour, volant, pe nant, cherchant une proie. Il l’appela :