‹ Le roman de Renard, version moderneChapitre 26 sur 70 · DANS LE LARDIER DU VILAIN · texte numérisé non relu

DANS LE LARDIER DU VILAIN

jetés. Quand il vit venir Renard, il eut grand remords de lavoir trompé, il se leva et se mit à pleurer. Renard fit semblant de ne pas le voir. |

Primaut s’approcha de lui, humblement, et dit :

— Renard, mon doux ami, ne sois pas si fâché. Je te demande pardon !

— Ne vous moquez pas de moi! dit Renard. Vous avez, par gloutonnerie, mangé tout l’oison. Grand bien vous fasse !

— Renard, j'ai eu tort, je l'avoue, et j'en dois porter la honte ! Mais tu as été bien vengé! Quand j'allais manger l’oison, Mouflart le vautour volant me vit, descendit. Je ne prenais pas garde à lui ; il jeta sa patte sur l’oison, le happa, l’emporta, s’envola sur une branche de ce chêne. Je l'ai prié de m’en donner la moitié. Il m’a répondu que je gâtais mon français à lui demander cela. Et j’aj eu beau prier, supplier, il n’a pas voulu m'en donner le moindre morceau. Dieu m'a puni de t'avoir trompé ! Mais je ne suis pas sage comme toi, et quand un fou fait ses folies, il ne faut pas lui en vouloir. À tout péché miséricorde ! Je te demande humblement pardon ! |

— Je vous pardonne, dit Renard. Vous avez très mal agi avec moi, mais je vous pardonne. J'ai très bien mangé, je ne songe plus à l’oison, je vous pardonne.

Alors ils se jurèrent,’ mutuellement, loyale et éternelle amitié.

Quarid ce fut fait, Primaut dit :

— Où as-tu donc si bien mangé ?

— Tout près d'ici, chez un vilain, chez qui je suis allé

pendant que vous regardiez Mouflart manger l’oison. Ïl à son lardier plein d’excellents jambons. J'en ai mangé à ma faim, mais jen mangerais volontiers encore un peu ; et si vous voulez venir avec moi, vous en aurez à planté.

— Allons-y ! dit Primaut. J'ai grand besoin d’emplir ma panse.

= Vous l’emplirez, dit Renard, venez !

Et les voilà partis, À grande allure, tout droit vers la maison du vilain.

Renard examina d’abord les fenêtres. Toutes étaient barrées de forts barreaux très serrés. Et la porte était bien fermée. Ceux de la maison dormaient. Enfin il découvrit un trou, à côté de là porte de la cour. Le trou était étroit, et Primaut y passa à grand’peine, quoi qu'il eût le ventre creux. Droit au lardier alla Renard ; Primaut marchait sur ses talons. Et quand ils furent aux jambons, Renard dit :

— Primaut, vous avez de la chance ! vous pouvez manger tant que vous voulez. Je vous avais promis à manger. Mangez !

L'autré qui mourait de faim, sy était déjà mis, et: comme un glouton il mangeait. Renard se mit à manger aussi.

Primaut mangeait, Renard mangeait, comme deux gloutons ils mangeaient. Cependant Renard avait l'oreille au guet.

Primaut, lui, mangeuit sans penser à rien — qu’à manger. Tant il mangea qu’il devint plus gros qu’il n’était long.

— Renard, dit-il enfin, quand tu voudras nous sortirons d’ici. J'ai tant mangé que je ne peux plus avaler.

Ïls s’en allèrent au trou et Renard s’élança dehors. Mais

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