‹ Le roman de Renard, version moderneChapitre 30 sur 70 · TYBERT . PERD SA QUEUE · texte numérisé non relu

TYBERT . PERD SA QUEUE

C'était en mai, au temps du renouveau, vers l’Ascension, il faisait beau. Renard sortit de Malpertuis et rencontra Tybert. I] lui dit : | |

— Bel ami, quel vent te pousse ? où vas-tu? - Ki

— Je vais, répondit Tybert, chez un vilain, derrière cette haie. Sa femme a caché dans une huche un pot plein de lait ; je vais voir si j y peux goûter. Viens avec moi, je te ferai. entrer dans la maison. Tu y trouveras poules et chapons. .— Très volontiers, dit Renard. LD

Ils partirent, trottèrent, galopèrent et arrivèrent près de la maison qui était entourée d'une palissade de pieux.

—— Comment diable entrerons-nous là-dedans ? dit Renard. Ces pieux sont si serrés qu’on n’y pourrait glisser là patte!

— Sois tranquille, dit T'ybert, nous entrerons. |

A petits pas ils. firent lé tour de l'enclos, trouvèrént un pieu rompu et entrèrent. | *

Renard allait droit au poulailler, mais Tybert « qui avait besoin d’aide pour son lait, l'arrêta.

— Renard, dit-il, il faut que nous soyons prudents. Le vilain 2 le sommeil léger, et si nous l’'éveillons, l'affaire est manquée, nous n’aurons ni lait ni chapon. Ne faisons pas

tout à la fois, commençons par le lait, ensuite nous irons aux chapons.

— Comme tu voudras, dit Renard.

— Alors tu vas venir avec moi dans la maison. Si tu allais aux poules maintenant, les chiens pourraient t'entendre, te sauter dessus, te blesser, et j'en serais fâché, car mon affaire serait manquée. Mais viens avec moi ! Tu auras autant de lait que tu voudras.

—- Tu n’as qu’à ordonner — j’obéirai. Passe devant, je te suis.

Tybert entra le premier et dit à Renard :

— Viens ça ! Et si tu es mon ami, soulève le couvercle de cette huche. C’est là dedans qu’il y a un pot de lait.

— Volontiers, dit Renard.

Il ouvrit la huche. Tybert sauta dedans, enfonça la tête dans le pot et ne pensa plus qu’à boire. Renard soutenait le couvercle et frémissait, gémissait de convoitise.

Il lui semblait que sa langue fût en feu, il regardait piteusement Tybert qui buvait, buvait ! il soutenait le couvercle et’ il était bien malheureux.

— Tybert, dit-il, as-tu bientôt fini ? n’en as-tu pas bientôt assez ? Sois gentil ! bois vite et sors ! Ce couvercle est lourd, je ne peux plus le soutenir. | |

Tybert, tout occupé à boire, ne disait mot. Renard reprit ::

.— Tybert ! Tybert ! mon doux ami, au nom de Dieu, bois vite, dépêche-toi, ou je vais laisser retomber le couvercle.

Tybert n'écoutait pas, il ne pensait qu’à boire. Quand il

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