GRIMBERT VA CHERCHER RENARD
raisse demain, devant la Cour assemblée. Qu'il n’apporte ni or, ni argent, n'amène personne pour le défendre, qu'il apporte seulement une corde pour qu’on le pende. »
Quand Renard eut lu, le cœur lui battit sous la mamelle gauche et son visage noircit : |
— Par Dieu ! dit-il, maudite soit l’heure où je suis né ! Que faire ? Demain je serai pendu ! Que ne suis-je moine à Cluny ou à Clairvaux ? Mais non! Il y a tant de mauvais moines qu’ils me livreraient. Ce n’est pas la peine d’y aller.
— Ne pensez pas à cela, dit Grimbert, vous êtes en grand danger, et puisqu'il n’y a pas de prêtre dans le voisinage, confessez-vous à moi.
— Le conseil est bon, dit Renard. Si je ne meurs pas, cela ne me fera pas de mal, de m'être confessé, et cela peut assurer mon salut si je meurs. Ecoutez donc mes péchés :
« Jai commis l’adultère avec Hersent, la femme d’Ysengrin. On a eu raison de la soupçonner, j'ai vraiment été son amant. Je m'en repens -- meû culpâ — maintes fois nous avons péché. J'ai fait beaucoup de mal à Ysengrin — je ne le nie pas — que Dieu me pardonne !
Il n’y a bête à la Cour qui n’ait à se plaindre de moi.
J'ai fait du mal à tout le monde, je m'en repens — meâ culp — mais j'en ai tant fait que je ne peux tout me rappeler. Tout ce que mes ennemis me reprochent doit être vrai, je le crois, même si j'en ai perdu le souvenir. Je me repens de toutes mes fautes, de celles que je me rappelle et de celles que j'ai oubliées ! Je me repens — me culpi. »
— Sire Renard, dit Grimbert, vous m'avez avoué vos péchés
et le mal que vous avez fait. Si Dieu vous laisse en vie cette fois, gardez-vous bien de recommencer!
— Que Dieu me laisse mourir si je dois jamais faire rien qui lui déplaise |
Renard se mit à genoux, et Grimbert, moitié roman, moitié latin, lui donna l’absolution.
Le lendemain matin, Renard embrassa sa femme et ses fils qui menaient grand deuil. Prenant congé d'eux, il leur dit :
— Enfants, quoi qu'il advienne de moi, gardez bien mon château. Quand vous aurez levé le pont, si vous avez assez de provisions, vous pourrez tenir sept ans contre Prince, Comte ou Roi. Je vous recommande à la mère de Dieu — qu'elle me fasse revenir comme je le désire | | -
. Et sur le pas de la porte il fit une prière.
« Dieu tout-puissant, quand Ysengrin m'accusera devant le Roi, acçorde-moi que la peur ne me fasse pas perdre ma raison et mon intelligence, et que, niant ou plaidant, je puisse me justifier. Garde-moi sain et sauf pour que je me. venge de ceux qui me font si dure guerre. » “pr
Alors il se prosterna, le front contre terre, “battit trois fois sa coulpe et se signa pour. se garantir contre les diables et contre le Roi Lion.
Et puis les deux barons partirent. Ils traversèrenit le ruisseau, passèrent les défilés, franchirent la montagne et chevauchèrent dans la plaine. Renaïd était tellement absorbé dans sa tristesse qu’ils perdirent leur chemin et arrivèrent devant une grange. C'était une grange qui dépendait d’une abbaye! de Nonries et qui était garnie de tous les biens de la terre, lait, fromages,