LE ROMAN LE RENARD
ordonné — je le sais — au premier qui pourrait le prendre, de le pendre.
Quand Renard les rencontra, ils marchaient, étroitement enlacés et se baisant très tendrement. Renard ne put se retenir de pousser un grand soupir. Et il dit entre ses dents :
« Poncet ! tu t'en repentiras ! » |
Depuis longtemps Poncet et Hermeline s’aimaient, sans que Renard s’en doutât. Il sera toujours temps qu’il le sache !
La dame baisait donc et rebaïsait amoureusement son nouveau Seigneur, quand ils virent Renard avec sa vielle au cou. Ils ne le reconnurent pas, sous sa robe jaune, et le saluèrent gaiement :
— Qui êtes-vous, bel ami ?
— Sire, moi être un bon jongleur et moi savoir moult bons chansons. Par Saint Nicolas moi semble que tu aimes la dame et qu’elle t'aimer ! Et où toi aller ?
— Nous allons, dit Poncet, à l’église, entendre la messe. Je vais épouser cette dame dont le mari vient de mourir. Il s’appelait Renard, c'était un traître, un félon, que le Roi haïssait fort, et on l’a pendu. Il a laissé trois fils, trois beaux damoiseaux qui pensent venger bientôt leur père. Ils sont allés demander aide à Once, la puissante dame qu'aucune bête, pas même le Sanglier, pas même l’Ours, pas même le Lion, n'ose regarder en face. Ils se sont engagés à sa solde, laissant ici leur mère, cette noble et courtoise dame que je vais épouser. Avant demain elle sera ma femme.
Renard dit entre ses dents :
« Tu t'en repentiras ! »
La
Poncet qui était avenant et beau, ajouta :
— Si vous voulez venir à notre noce, je vous paierai bien après la fête. .
— Merci, beau sire, moi faire à ton plaisir. Moi savoir bon chanson d’Ogier, de Roland, d'Olivier, de Charlemagne à la barbe chenue.
Et entre ses dents, le traître disait :
« Tu t'es bien adressé ! »
Ils partirent. Renard jouant de la vielle, ils marchaient gaiement. Ils allèrent d’abord à l’église et puis ensuite à Malpertuis.
Quand Renard vit son château pillé et abandonné, il ne fit semblant de rien, mais il jura de faire pleurer tel qui lors riait.
Poncet envoya chercher ses amis et il en vint tant et tant qu'on n'aurait pu les compter. Dame Hersent était là, très élégante, elle avait abandonné Ysengrin que le mâtin du vilain avait si bien estropié qu’elle ne voulait plus de lui pour mari. |
Et Renard chantait.
A grand bruit, à grande joie on célébra les noces. Lybert et Brun étaient témoins. Les cuisines regorgeaient d’oies, de coqs, de poulets et autres victuailles. Chacun pouvait avoir ce qu'il désirait.
Et Renard chantait.
Après manger, tous s’en allèrent, chacun rentra chez soi, Poncet resta seul avec Hermeline et Renard. Dame Hersent alla préparer le lit dans la chambre des époux.
A une lieue de là il y avait — et Renard le savait bien — la tombe d’une sainte Martyre — sainte Copée — qui, chaque jour, faisait des miracles. Nul n’y venait, moine, laïque ou clerc, si malade fût-il, qui ne fût aussitôt guéri. Renard y avait été la veille, et avait vu, à côté du tombeau, un piège tendu.
Quand Poncet fut sur le point d’aller se coucher, Renard lui diten son charabias :
— Sire Poncet, toi être sage si me croire. Là-bas être un saint Martyre pour qui Dieu faire beaucoup miracles. Si toi y aller, pieds nus, en portant chandelle en ton main, et toi veiller cette nuit avec ton chandelle allumée, toi faire demain fils à ta femme. |
— J'irai volontiers, dit Poncet. |
Ils partirent. Poncet portait une chandelle qui brillait dans la nuit comme une étoile. Ils trouvèrent le tombeau sous un pin. Ils approchèrent et tout à coup Renard poussa Poncet dans le piège. Le pauvre fut pris par le cou et par une patte, et il eut beau tirer, invoquer Dieu et la Martyre, le piège ne le lâcha pas pour si peu. Et Renard se moquait de lui. | — Allons ! tu as assez prié! tu es assez resté ici ! Faut-il que la sainte Martyre t'aime, pour ne pas te laisser partir! Viens! ou je m'en vais. Veux-tu donc te faire ermite et rester là toujours ? Oublies-tu que tu viens de te marier ? Ta femme t'attend, et voilà qu’il est minuit.
Au matin, quatre chiens et un vilain trouvèrent Poncet dans le piège, Ils le déchirèrent et le tuèrent. Et quand
Renard, caché dans un fourré, l’eut vu bien mort, joyeusement il retourna, au grand galop, à Malpertuis.
Il trouva Hermeline au lit, qui attendait sa destinée, et - l'attente lui semblait longue. Quand elle vit le jongleur revenir seul, elle eut grand’peur. Renard lui dit :
— Lève-toi, catin ! va-r’en, et que plus jamais je ne te voie | Je suis Renard, je ne suis pas encore mort ! Je suis Renard, sain et vigoureux, vivant ! Tu n'as pas longtemps porté mon deuil ! Allons ! lève-toil Va voir ton mari, va voir comment la sainte Martyre le tient |
La dame, entendant cela, de douleur perdit la tête.
— Malheureuse que je suis ! dit-elle entre ses dents, c’est Jui !
__ Et Renard prit un bâton, la frappa, la battit, la rossa tant, qu'elle se mit à crier:
— Grâce! Renard! Pour l'amour de Dieu, ne me tue pas | |
— Lève-toi, dit Renard, va-t'en! et ne remets jamais les pieds ici, ou je te couperai les lèvres, je te fendrai le nez, je te casserai la mâchoire, je te défoncerai le ventre, et les tripes te sortiront du corps ! Et toi, Hersent ! salle vieille, que viens-tu faire ici ? Ha ! mes deux maîtresses ! C'était belle messe que vous faisiez chanter pour moi ! Mais j'en ai fini avec vous !
Les deux dames le reconnaissaient, au parler, malgré sa robe jaune, elles étaient épouvantées et se croyaient vraiment ensorcelées. Elles tremblaient ; Renard les poussa hors de la maison sans leur laisser dire un mot. Quand elles furent dehors, elles se lamentèrent amèrement.
— Ah ! gémissait Hermeline, on me disait que mon mari avait été pendu. J'avais bien le droit d’en prendre un autre !
— Oui, dit Hersent, mais vous l'avez pris trop tôt, avant même que l’on vous eût dit que le premier était pendu. Moi je n'ai jamais trompé mon mari, sauf une fois, par erreur, quand Renard est venu chez moi et a couvert d’ordures mes enfants — et une autre fois, malgré moi, quand je suis restée prise dans une porte de Malpertuis. |
Dame Hermeline, furieuse et folle de jalousie, l’accabla d'injures très malsonnantes. Hersent, sur le même ton, répondit. Et elles en vinrent aux coups. Elles se jetèrent l’une sur l’autre, roulèrent à terre, se déchirant si rudement, à belles dents aiguës, que bientôt les os leur sortirent de la peau. Chacune était, tour à tour, tantôt dessus, tantôt dessous. Dame Hersent était grande et forte, elle finit par garder le dessus, et elle allait étrangler Hermeline quand arriva, boitant sur le chemin, un pèlerin. Il attrapa Hermeline par la peau du cou, la leva en l’air, à bout de bras, et dit :
— ÂArrêtez-vous |!
Quand elles furent séparées, doucement il les réprimanda, leur demanda qui elles étaient et pourquoi elles se gourmaient ainsi.
Elles lui racontèrent toute l'affaire.
C'était un saint homme de prêtre qui leur conseilla de se pardonner réciproquement et de s'aimer. Et puis il leur parla si bien que dame Hersent retourna chez Ysengrin et quil ramena Hermeline à Renard. Il était si plein de sainteté et d'amour de Dieu qu'il les réconcilia et mit la paix entre eux,
Alors Renard raconta à Hermeline comment il s’était teint en jaune dans la cuve du teinturier, comment il avait eu sa vielle et comment il avait fait maltraiter Ysengrin, tellement maltraiter qu'Hersent n’avait plus voulu de lui.
Après cela, Renard vécut longtemps en paix dans son chiteau. Et pendant que sa teinture jaune, lentement, s’en allait, il prit la résolution de changer de vie, de renoncer à la guerre, de ne plus s'attirer la haine de tous, hommes et bêtes, en volant, trompant, se parjurant. Il avait déjà plus d’ennemis mortels qu’il n’y avait de fêtes dans l’année !
Certain vendredi matin il sortit. Il n’avait pas beaucoup mangé depuis qu'il avait résolu de vivre saintement, il se sentait faible, il ne courait plus aussi légèrement qu'autrefois, et il pensa :
— Ah ! le temps est passé. de mal faire et de pécher | Autrefois je courais si vite qu'aucun cheval ne m’eût forcé et que jamais mâtin ne m'aurait repris un poulet que j'aurais tenu. Ah ! Dieu ! en ai-je mangé de ces poulets ! de ces chapons ! de ces gelines ! Et je n'avais pas besoin de savante cuisine, ni de sauce verte, ni d’ail, ni de poivre, et pas besoin
non plus de vin ni de cervoise. Hélas ! jai toujours été un mauvais garçon ! Je n'ai jamais rien possédé, même pas pour la valeur d’une aile de pinson, que je n'aie volé. Maintenant je le regrette et je m'en repens. Dieu tout-puissant, ayez. pitié de moi chétif !
Et Renard pleurait amèrement.
À travers ses larmes, il vit venir, sur la lande, un vilain bien emmitouflé dans son chaperon. Il alla au-devant de lui et Jui dit :
— Viens ça! vilain ! n’as-tu pas de chien avec toi ?
— Non, répondit le vilain, tu n’as rien à craindre. Mais pourquoi pleures-tu ?
— Je pleure mes péchés. Maintenant je renonce au mal et je veux me confesser, car, je l'ai entendu dire par un prédicateur : À qui demande merci, en vraie confession, il sera pardonné,
— Renard ! veux-tu donc te confesser ?
— Oui, si je trouve un prêtre qui veuille me donner l'absolution.
— Renard, dit le vilain, tu te moques de moi. Je sais que tu es fin et matois, mais tu me crois plus bête que je ne suis.
— Non, dit Renard, je ne me moque pas de toi. Je te supplie de me conduire en une église où je trouve un prêtre à qui me confesser.
Le vilain dit :
— Il y a une église, de l’autre côté de ce bois, j'y vais justement, viens avec moi.
Le vilain savait que le prêtre de cette église était un bon chré-
tien. Cheminant à travers le bois, ils arrivèrent à l’église. Le vilain souleva le marteau qui pendait à la porte, et frappa rudement. Le prêtre vint, tira le verrou, ouvrit et fut étonné de voir Renard.
— Nomini dame ! dit-il, que viens-tu chercherici, Renard ?. J'aurais souvent préféré que tu ne’‘fusses pas venu chez moi!
— Pardonnez-moi, dit Renard, je vous demande pardon de tout ce que je vous ai fait, à vous et aux autres,
Il tomba à genoux aux pieds du prêtre qui le releva et lui dit : |
— Renard, assieds-toi là, devant moi, et raconte-moi d’un bout à l'autre tes péchés.
Renard lui dit ses péchés et, quand il eut fini, ajouta :
— J'ai encore sur la conscience bien d’autres félonies, larcins et tromperies que j'ai oubliés, et je ne vous ai probablement pas dit aujourd’hui la moitié de mes fautes. Je sais que je suis excommunié.
— Renard, dit le prêtre, il faut que tu ailles à Rome te confesser au pape, lui seul peut t'absoudre de tant de péchés.
— Ma foi, dit Renard, c’est un long voyage !
— Qui veut faire pénitence, dit le prêtre, doit souffrir.
Renard vit qu’il fallait en passer par là. Il prit l’écharpe, le bourdon, et se mit en route sans plus tarder. Il avait tout à fait l'air d’un vrai pélerin, et l’écharpe au cou lui allait bien. Mais ilregretta vite d’être parti sans compagnon.
Il ne suivit pas longtemps la grand’route car il avait peur de laisser sa peau en quelque mauvaise rencontre. Il prit un sentier qui le conduisit dans un pré où paissait un
grand troupeau de brebis. Au milieu d’elles, Belin le mouton se reposait. Il était très fatigué d’avoir trop mangé.
— Belin, dit Renard, que fais-tu là ?
— Je me repose, je suis fatigué et triste. Depuis que je sais bêler, je sers un vilain. C’est moi qui lui ai engendré toutes les brebis que tu vois ici rassemblées. J'ai perdu mon temps, car il vient de me donner à ses moissonneurs pour qu'ils me mangent, et il a promis ma peau à un saint homme qui veut s’en faire des houseaux pour aller à Rome.
— Rome ! dit Renard. Il vaudrait mieux y porter itoimême ta peau. Si tu as envie d’être mangé, tu n'auras qu’à revenir après Pâques pour le jeudi des Rogations — c’est le jour où l’on mange les moutons. Mais si tu ne t’en vas d’ici, tu es condamné à mourir.
— Renard, dit Belin, vous êtes pèlerin, à ce que je vois. Pour l’amour de Dieu, dites-moi ce qu’il faut faire.
— C'est vrai que je suis pèlerin, dit Renard. Tu n’en crois peut-être rien, car jai eu autrefois une triste réputation. Maintenant je me suis repenti et un saint homme de prêtre m'a dit ce qu'il fallait faire pour être sauvé. Dieu a ordonné qu'on laissät père et mère et frères et sœurs et terres et maison pour l'amour de lui. Ne lisons-nous pas dans l’Ecriture que Dieu a plus de joie pour un méchant qui vient à repentance que pour quatre-vingt-dix-neuf justes qui persévèrent ? Je vais à Rome pour voir le pape et lui demander sa bénédiction et absolution de mes péchés. Si tu venais avec moi, on ne ferait pas, cette année, des houseaux avec ta peau, et tu ne serais ni tondu ni tué — on ne tue pas les pèlerins. Tout le
long du chemin tu aurais à foison herbes des bois et des prés.
— Je vais avec toi, dit Belin.
Ils n'avaient pas fait grand chemin qu’ils rencontrèrent Bernard l’Archiprêtre, mangeant des chardons dans un fossé. Renard lui dit en passant :
— Bernard ! Dieu te sauve !
Et celui-ci, levant la tête, répondit :
— Dieu te bénisse ! N’es-tu pas Renard le goupil ?
— Oui, je suis Renard.
— Quelle mésaventure vous a fait devenir pèlerins, Belin et toi ? .
— Aucune mésaventure. Nous voulons seulement gagner le paradis. Si tu avais le courage de venir avec nous, tu le gagnerais aussi. Mais tu aimes mieux, tout le long de l’année, porter lourde charge de bois ou pesants sacs de charbon, et avoir la croupe écorchée à coups d’aiguillon. Viens avec nous, tu ne connaîtras plus toutes ces souffrances et tu auras à manger tant que tu voudras.
— Si j'étais sûr d’avoirassez à manger, j'irais.
—- Tu auras assez, je le jure, dit Renard.
Ils partirent tous trois et entrèrent dans une forêt où ils marchèrent jusqu’au soir, sans rencontrer village ni maison.
— Que faire ? dit Belin. Il est l'heure de se coucher.
— Oui, dit Bernard.
Renard dit :
— Quel meilleur lit pourrions-nous trouver, que l'herbe fraiche sous cet arbre ?
— Ma foi, dit Belin, j'aimerais mieux coucher dans une maison. Îl y a beaucoup de loups dans ces bois, nous en aurions bientôt trois ou quatre sur le dos, et demain nous serions en piteux état |
Renard répondit :
— Seigneurs, ce que vous voulez je le veux. Près d’ici est la maison d’un loup de mes amis. Allons-y, il nous hébergera.
Le loup et sa femme étaient à la chasse. Les pèlerins entrèrent dans la maison et y trouvèrent chair salée, œufs et fromages de quoi se mettre la joie au cœur — et aussi de la cervoise dont ils burent tant qu'ils devinrent très gais. Belin se mit à chanter, l’Archiprêtre fit la basse et Renard la haute.
La fête aurait été complète si on les avait laissés en paix. Mais les deux loups rentrèrent, chacun portant une proie dans sa gueule. De loin ils entendirent la musique des pèlerins. Ils s’arrétèrent.
— Ïl y a des gens là-dedans, dit le loup.
— Je vais voir, ditla louve.
Elle posa sa proie et alla regarder par le trou de la serrure. Elle vit les pèlerins autour du feu et revint dire au loup.
— Bonne affaire ! nous tenons Renard, Belin et l’Ane !
Mais la porte était fermée. Ils frappèrent rudement en criant :
— Ouvrez ! Ouvrez ! |
— Taisez-vous ! dit Renard, laissez-nous tranquilles!
— Je ne me tairai pas ! il faut ouvrir cette porte ! Traîtres ! vous allez tous mourir |
— Hélas ! dit Belin, que faire ? nous sommes pris |
— N'ayez pas peur, dit Renard, nous nous tirerons très bien de là si vous faites ce que je vous dirai.
— Nous le ferons.
—— Alors, Bernard, toi qui as les reins solides appuye-toi contre la porte, et ouvre-la un tantinet, assez pour laisser : entrer le loup. Dès qu'il aura passé la tête, repousse la porte de toutes tes forces. Alors Belin, tu entreras en jeu avec tes cornes.
L'âne s’appuya contre la porte, la laissa bâiller un peu ; le loup mit la tête dans la fente et Bernard repoussa brusquement le battant. Alors le mouton se recula pour mieux frapper et se jeta, cornes baissées, sur la tête du loup. Renard criait :
— Belin ! casse-lui la tête ! cogne ! cogne !
Belin cogna, frappa si bien avec ses cornes qu'il lui brisa le crâne, et la cervelle s’épandit. La louve était restée dehors et ne pouvait le secourir. Elle s’en alla, hurlant à travers la forêt pour rassembler les autres loups. Bientôt elle en eut ameuté plus de cent qu’elle ramena derrière elle.
Les pèlerins ne l’avaient pas attendue, ils s'étaient enfuis, et la bande des loups se mit à leur poursuite.
— Dépêchez-vous ! Dépêchez-vous ! disait Renard à ses compagnons, entendez-moi hurler ces loups!
L’Archiprêtre n’avait pas l'habitude de courir. Les loups se rapprochaient. Renard dit :
— Amis, nous sommes perdus si nous ne montons pas vite dans cet arbre. La louve est furieuse de la mort de son mari.
— Ma foi, dit Belin, je n'ai jamais appris à grimper aux arbres.
Bernard ajouta :
— Je ne sais pas non plus grimper.
— Nécessité fait beaucoup apprendre, dit Renard, et souvent entreprendre chose dont on ne s’aviserait si le besoin n'était si grand. Allons ! Montez ! Montez vite ! Je monte !
Renard monta. Quand les autres virent qu’il était monté, ils montèrent aussi, à grand’peine, et se cramponnèrent aux branches du mieux qu’ils purent.
Les loups, arrivés là, perdirent leur trace, ne surent plus de quel côté les chercher et crièrent : |
— Ïls sont entrés sous terre !
Et puis, fatigués, ils se couchèrent sous l’arbre et s’endormirent. Belin épouvanté les regardait.
— Hélas ! pensait-il, malheureux que je suis ! je voudrais être avec mes brebis !
— Que je suis mal ! gémit Bernard, je ne suis pas du tout assis comme d'habitude. Il faut que je me tourne.
— Moi aussi, dit Belin, il faut que je me tourne.
Ils se tournèrent tous deux, mais ils ne surent pas s’ y prendre, ils tombèrent.
Bernard écrasa quatre loups, Belin n’en écrasa que deux. Les autres, épouvantés, s'enfuirent de tous les côtés, l’un par ici, l’autre par là. Renard, de toutes ses forces, se mit à crier :
— La hart ! La hart! Mords-les, Belin ! Attrape-les, Bernard !
Et les loups s’enfuirent encore plus vite.