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Le roman de Renart

Comme je l'ai promis dans mon édition du roman de Renart, je réunis dans les pages suivantes les observations qui m'ont été suggérées par mon ouvrage. Il me faut avant tout faire appel à l'indulgence des lecteurs pour l'imperfection de style qu'on pourra bien reprocher à mon français: car je suie obligé d'écrire dans cette langue, qui n'eat pas la mienne, si je tiens à être compris de tous ceux qui s'intéressent à l'oeuvre dont je vais parler. Cette imperfection de style ne sera pas le seul défaut de mon travail ; mais j'espère que les critiques, qui s'occuperont de mon ouvrage, suppléeront à ce qui lui manque et corrigeront ce qu'il y a de faux.

Je renouvelle ici à M. J. Cornu l'expression de ma reconnaissance pour la part qu'il a prise à mon travail en composant la table alphabétique des noms propres qui termine ma brochure.

Tout d'abord il me faut ajouter quelques mots à la brève description des manuscrits qui ouvre le I" volume. Comme j'ai dans le III*""> omis toutes les variantes purement orthographiques, je sens l'obligation et l'utilité de rassembler ici les traits caractéristiques de chaque manuscrit. Malheureusement je De suis ni assez versé dans les questions de ce genre telles qu'on les formule aujourd'hui ni en état de leur consacrer le temps qu'elles demanderaient. Je me restreindrai

2 § 1. LES MANUSCRITa.

donc à signaler quelques pointe qui m'ont paru les plus intéressants. On me le pardonnera peut-être d'autant plus volontiers que le texte de mon édition, accompagné des variantes au bas des pages, donne une reproduction littérale des manuscrits dont il est tiré, et que les lecteurs pourront bien se former eux-mêmes une idée de l'orthographe des mes. ABDLMN: V. la préface du vol. I p. XXV,

Le msc. A se distingue de tous les autres par une orthographe qui est en quelque sorte un mélange des dialectes normand et picard. Les voyelles portent en général le caractère normand ou même anglo-normand. En voici les traits principaux: ai dans braion, renaie; au dans bau (en latin bellum), Faucon (Foucon), satine {\at. sobtfam *solsam); e dans carrere, dex, secles, sege (mais piège); ei dans eint, maveis, oreisons; eu dans meuz (inetUs f. 36''', miels 40'); o dans ogidlon, doz (lat. dulcis), dol, sor (lat. soror'), aller {ul'idarè), pognes; u dans cuart, nus (lat. nos). En revanche, les consonnes trahissent leur caractère picard: cp. c dans cardon, caroit, boce, cesne; ch dans en/anche, anchois, chaens; t dans vaires (IX 161. XI 334); la prothèse de 1' h devant et M ; hoïe, hortnal, horme, koste, hoûe (XIII 4,^»4), hu (VII 792), huse\ la métathèse de 1' r: pemon, auresier (X 890), cuivrez (Il 628). Le manuscrit remplace l' i consonne par g même devant les voyelles a, o, u: gaunes, gardin, galoie, gantbes, gares, goie, goinle, e-fgoi, gument, pargure, guing ; il a quelquefois un d au lieu d'un (: do ioz (= (os jors XI 1112), T^erd, darde (= farde), Quides (XI 784). Quant aux formes flexionelles, il donne au pronom personnel de la I'" personne la forme de: jeï (II 804. VIII 184 etc.), cp. le part, passé ar.orsei XIII 103; au féminin du pronom possessif de la IF"° personne celle de: te; (c roMC (XIII 130), Il supprime r i de la première personne du singulier, quand il y a inversion du pronom sujet: sa ge (soi ge se trouve 1939), gitera ge, fa ge, sw ge (IX 1896); il élimine quelquefois les s de la II""* personne du singulier suivie de tu : feroie tu (XIII 710), quier tu (VIII 100), qmten tu (IX 1916). La IF"" personne du pluriel de l'imparfait s'y termine en ees: sauees^ volées, fuiees. Gomme le manuscrit confond quelques formes

ABCDKF. :!

du présent et du passé détini en écrivant pos, pot, eslol à côté de jmet (XII 981. 1096), estuet (VIII 165. XIII 973), j'ai préféré mettre partout au présent la diphthongue ue, que l'on trouve dans tous les autres manuscrits. Enfin il faut tenir compte des différentes mains qui ont écrit le manuBorit A (v, le vol. I p. T) : à côté de âiehle on trouve diable et deahle.

Le msc. B offre en général l'orthographe do l'Isle de France, sauf quelques picardismes comme me mère (XTI 790). En voici les particularités : ai dans saignor, ie dans chier, enperiere; oi dans mervoille, oroUie; cois (^= coc IX 1252). Il fait souvent disparaître par dissimilatioD 1' r entre voyelle et consonne: ahre (I 1780), mabre (VIII 283); tandis que aubre qui rime avec maubre (I 419) et aubalexte (vol. III p. 150) remontent à des formes albre etc. Il assimile 1' r à la consonne suivante: pa (au lieu de par I 1K25. 2154. IX 1405. 1629), poloigniez (XVI 824). Il ne met souvent qu'une seule s au lieu d'une s double: cuise (I 488), fauae (1 485), truision (SVI 871), pension (XVI 863). Il en intercale une avant t Bans raison étymologique: feste (XVI 1198), barillest (X 1315), matimst (X 268), coniredist (X 345), distes (X 1925), diaust (I 1466), navoist (I 38),, ce qui prouve que 1' s avait perdu sa valeur étymologique.

L'orthographe du msc. C est très régulière; c'est celle de risle de France. On s'en convaincra en lisant l'édition de Méon, qui repose en grande partie sur ce manuscrit.

Le msc. B, qui date de 1339, est écrit dans la même langue. L'orthographe est savante dans corps, draps, doubles, scet. Je note à titre de particularité dialectale priour, ame, cude (écrit partout au lieu de cuide).

Par contre, le msc, E offre une orthographe rajeunie et bien négligée, 11 écrit couleur, Jioibes, putaige, double, fill (plur.). On y trouve la même confusion des ce et des se que M. Van Hamel a signalée dans le msc, c du Rendus de Moliens; v. son édition de ce poème p, XVIII.

Le msc, F, qui ne fait que copier le précédent (v. le vol. I p. XII), en multiplie les fautes. Il offre les formes nng, sceit, advint etc. Le scribe ne comprenait évidemment plus ce qu'il copiait, et les modifications qu'il s'est permises ont

détérioré le texte d'une façon regrettable. En omettant les particules qui lui paraissaient superflues, il a complètement détruit la versification. Il sutBra, pour prouver ces indications, d'offrir un échantillon que je prends à la an de la branche XII 1476 Bs.

Si dit Bichart de liaon (f. 60|,)

Qui commaneee a cette fable

Pour donner au connealable

Et dit eiî a meipris

Il «en doit ia eatre repria

Si luy a de son hngage

Que foui neat paa si sage

Nif sen va grepif sa nature

Que dieu noatre aire na cure

Toua ioura aceit la painne esprouer

Ne vous vueil auani renouer

Et puia commance a broier

Deux eux cuis en vng mortier

Une eauke /aide de nique

Pour amour de quigueliquii^ Le msc. 6 ae rapproche encore beaucoup du texte de E: comme celui-ci, il a répété presque toutes les fautes du msc. A. La régularité de son orthographe nous y ferait attacher plus de prix, ai malheureusement il n'avait pas omis un grand nombre de vers.

H. Ce manuscrit est d'une certaine importance à cause de la place intermédiaire que son texte occupe entre les différentes classes. 11 se distingue par son orthographe qui a un caractère picard très prononcé. On y lit au (au lieu de a) dans hauster, tausta {XVI 1974), favhles (XIII 2037), dmuhlesj ou dans cou, J ou; iera (au Heu d' ira XIII 1917); cils, pariais; poi (lat, paucum ; v. la var. de X 750, t ) ; signor. Le manuscrit remplace l'ancien el par ou; il écrit u (lat. au(). Quant aux consonnes, on trouve careton à côté de charreton; chaiens ; vaignon; dervee; woupil à côté de werpil qu'une main plus récente a inséré. Il y a assimilation de f à r dans le groupe Ir: farra, sarreu (XTI 217), sorre (= soldre I 122). On y rencontre les formes ;îse«i, misent, fesist, presist nasqmsis; averoie (XIV 272) à côté de frai I 189 var. 4. Le copiste a introduit même dans la rime les formes propres

FOHI. B

à son dialecte: v. les variaDtes de la branche X 1241 — 4, oà H a dans la rime les leçoua demain: YsengHn, bien main: martin. Il est allé jusqu'à refuser la valeur de syllabe à l' t suivi d'une voyelle, surtout dans la 2*°* personne du pluriel des imparfaits et des conditionnels en -îez: v. p. e. les variantes des vv. I 56. 559. 808. 1288. 3153. II 527. UI

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