‹ Le roman de RenartChapitre 23 sur 38 · XXVII · texte numérisé non relu

XXVII

laiL Eeuart les aperçoit à temps, et c'est Isengrin qui est surpris et maltraité par eux. Arrivent deux paysans, qui lanceot les chiens sur la trace de Kenart : celui-ci cependant s'échappe en se suspendant à un arbre. Sauvé ainsi il se décide à reprendre de nouveau son métier de brigand (^sckacaor =^ schacador 364. 379. 796 cp. l'allemand Schàcher, autrefois schâchaere).

Cette aventure de Renart se retrouve ailleurs : dans une chronique en prose (Barfsch, Chrestom. de l'anc, franc, prem. éd. p. 321) et dans Reuart le Contrefait: v. Rotbe, les Romans p. 475. Seulement ici c'est le loup qui cherche querelle à la chèvre', tandis que Renart ne joue que le rôle de conseiller bien avisé. Les deux chiens, qui dans notre branche portent les noms de Fortinello et Bonapresa, sont nommés dans la chronique TaburiaKs et Roniaus. Comme la branche XXVII est bien plus complète que les sources françaises qui traitent le même sujet, elle nous fait voir une fois de plus combien de traditions de ce genre auront péri sans avoir auparavant été fixées par la littérature.

Peut-être faut-il lire au v. 200 E di tanti to inimixi guarir. Au v. 667 j'aurais dû écrire retenir avec M. Teza. Les vers trop longs de la version p- ne sont probablement que l'oeuvre du copiste; plusieurs de ces vers peuvent être facilement corrigés en retranchant quelques mots superflue.

Résumons les résultats généraux: que l'on peut tirer de resamcn des branches quant à la composition du roman de Renart. Les branches I — XI (et peut-être encore la XV *°") se trouvent dans toutes les classes des manuscrits: elles portent en outre un cachet particulier qui manque aux autres branches , que les différentes classes ont ajoutées au fonds commun. La branche XII, imitation de la branche XV, est l'oeuvre d'un poète normand, tandis que la plupart des

braDchea doivent leur origine à des poètes nés en Picardie ou dans l^llc de France. La branche XIII se diatingne dans sa première partie par l'absence de l'élément anthropomorphe, par le manque des qualités humaines prêtées ailleurs aux animaux , tandis que la seconde se compose de scènes empruntées aux branches anciennes. La branche XIV contient quelques épisodes , auxquels les anciennes branches font allusion , mais son style plus moderne prouve que c'est une composition d'une date postérieure. Les branches XVII —XXI, qui ne nomment pas mémo Renart, ne rentrent plus dans le cadre de Fancien roman : elles sont tirées directement du latin et écrites avec une simplicité et une brièveté extrêmes. Les branches XXII et XXIII mettent dans leurs parodies des obscénités au lieu des anciens récils. La branche XXIV en grande partie appartient plutôt au genre didactique ; la narration qui la termine fait presque oublier que ce sont des animaux qu'elle met en scène. La branche XXY porte au commencement un caractère qui se rapproche de celui de la première partie de la branche XIII, et dans la suite, elle ne fait qu'imiter les branches VII et XIII. La branche XSVI est, comme nous l'avons vu, une parodie de la XV'"". Enfin la XXVII""° s'éloigne de l'ancienne collection par son dialecte.

Il ne reste donc que les branches XVI et XVII, qui ajoutent à l'ancien fonds des épisodes nouveaux , mais du même genre. Mais elles se distinguent encore des anciennes par des traits particuliers. Le sujet de la XVIP°", comme celui de la XV!*"", est sans doute tiré de la tradition; mais les extravagances du poète de la branche XVII font voir qu'il se moque de tout ce genre poétique et qu'il ne songe pas même à rendre vraisemblable ce qu'il raconte. L'auteur de la XVI*"" au contraire essaie, mais avec bien peu de succès , d'enrichir l'ancienne épopée d'un épisode emprunté au genre didactique de la fable.

Le peu de talent dont Pierre de 8. Cloud , l'auteur de la XVI'°" branche, fait preuve dans l'ouvrage qu'il a signé de son nom, me défend, comme je l'ai déjà dit, de lui attribuer une part à la composition de l'ancien roman qu'une

allusion douteuse au commencement de la I*" branche permettrait en effet de lui assigner. La conclusion que je riens de tirer du caractère poétique de la branche est confirmée par le petit nombre des manuscrits qui l'ont conservée. En effet, si la branche I et les suivantes appartenaient à Pierre, pourquoi les aurait -on complètement détachées de l'ouvrage qui aeul port« son nom d'une façon indubitable, et pourquoi auraient-elles passé dans toutes les classes , tandis que celuici ne se trouve que dans les annexes de quelques manuscrits?

Je ne crois pas même qu'on puisse attribuer à Pierre l'interpolation des branches anciennes et leur arrangement en un seul corps. Celui qui a fait un tout des onze premières branches a sans doute ajouté beaucoup de son fonds, comme p. e. la branche I' et une grande partie des branches X et XI. Mais y a-t-il entre ces parties de l'ancienne collection et la branche XVI une ressemblance qui suivrait à prouver qu'elles sont l'oeuvre du même poëte?

Éloignons donc le nom de Pierre des questions qui surgissent à propos de l'origine de l'ancienne collection. Qu'elle ait été rédigée par quelque poëte du commencement du XIII '°" siècle, c'est ce qui paraît assez certain. Les raisons qui l'ont guidé dans le rassemblement et l'arrangement des différentes branches se présentent souvent assez clairement à nos yeux. Ainsi la branche XI suit la branche X , parce que toutes deux montrent Renart dans une position bien définie: d'abord il est médecin, ensuite il est empereur. La confession de Kenart (Vil) et son pèlerinage (VIII) se ressemblent par le caractère religieux des situations dans lesquelles il se trouve. Il y a de même une certaine ressemblance entre le serment judiciaire de la branche Y' et le combat judiciaire de la Vl*"'. Les branches III et IV racontent toutes deux les tours que Benart ne cessa de jouer à son adversaire.

Quant à la branche II, j'ai déjà exposé les arguments qui parlent en faveur de la combinaison qui la fait suivre immédiatement de la branche V et qui exbte dans les maDUscrits de la classe fi. Il faut supposer que ces manuscrite, tout en réunissant les branches qui appartenaient à la grande

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collection, avaient préféré à la forme donnée dans celle-ci aux branches II et Y* l'arrangement primitif d'après lequel l'une coniplétait l'autre.

Ainsi il n'y a que la place aaalgnée à la branche I qui puisse nous surprendre. Elle s'explique cependant par le fait que cette branche, amplifiée par les continuations I* et I^, avait été la première à former tout un petit roman, dont l'existence isolée nous est prouvée par le msc. a. Vu la grande ressemblance des branches I' et XI, ou admettra que le même poète publia d'abord la branche I avec ses annexes , et qu'il rassembla ensuite les autres branches auxquelles il ajouta la XI*"", pour en former le noyau , que nous avons nommé l'ancienne collection. On pourrait même expliquer la composition de la branche X, en supposant que la première partie, imitation très médiocre de la branche I, n'était destinée qu'à combler la lacune produite par suite de la publication isolée de cette dernière.

En effet, nous trouvons l'arrangement des branches tel que nous venons de le supposer dans une version allemande du roman français. Cette version qu'on a déjà souvent comparée avec notre collection, sans toutefois en tirer toutes les. conséquences qui se présentent à une recherche suivie et assidue, c'est le Reinhart Fucks de Henri le Glichezare, dont un texte remanié au XIII '"° siècle a été publié par J. Grimm en 1834 et dont des fragments plus anciens ont paru par les soins du même savant dans son Sendschreiben an K. Lachmann en 1840. Jonckbioet en a donné un extrait en français, qui est presqu'une traduction ,' dans son Étude sur le toman de Renart (1863) p. 68 ss.

Un tableau sommaire du Reinhart comparé avec les branches du roman de Eenart montrera la grande afËnité des deux poèmes.

Après une introduction assez courte, Henri raconte les aventures de Renart dans l'ordre que voici:

1) l'aventure de Chantecler (v. 11 — 176) = branche II 19—468,

2) celle de la mésange (177—216) = U 469—664,

3) celle du corbeau (21T— 312) = U 843—1024,

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4) celle du chat (313-384) = II 665-842;

5) Beoart trouve Isengrin, il déclare son amour à Heraent (385—442),

6) il procure le jambon aux loupa (443-498) ^= IV 61—138,

7) il amèDe lee loupa à la cave d'un cloitre, où ila s'enivrent (499—550) : cp. la branche XIV 202 «a. ;

8) il trouve l'âne et l'invite à l'accompagner (551 — 562): cp. la branche VIII. Ici il y a une lacune dans tous les manuscrits du Eeinhart ; ila reprennent en racontant

9) qu' Yaengrîn, meurtri des coupa qu'il a reçus en tâchant peut-être de s'emparer dea pèlerina, apprend la nouvelle que sa femme a été aéduite par Renart, mais elle parvient à le rassurer de sa fidélité {563 — 636);

10) Renart regagne l'amitié d'Ysengrin en lui donnant des anguilles bouillies (635—726) = III 165—355,

11) Ysengrin va pêcher sur la glace (727—822) = III 356 ss.;

12) L'aventure du puits (823—1060) = IV,

13) Le eerment judiciaire (1060- 1153) = Y-,

14) Dans sa fuite Renart fait tomber Hersent dans une foaae où il la viole (1154—1238) = II 1025 as.;

15) Le lion tourmenté par le roi des fourmis, qui est entré dans son oreille , veut expier ses fautes en reprenant Bon métier de juge; il convoque l'assemblée des animaux (1239-1330);

16) laengrin et Chantecler ee plaignent de Renart (1321—1510) = I 11—468;

17) Le meaaage de Brun (1511—1646) = I 469—728,

18) Le message de Tibert (1647-1775) = I 729-926,

19) Le blaireau va chercher Renart (1776—1812) = I 927—1116;

20) Renart médecin (1813-2094) = X 1184 aa.;

21) Renart s'enfuit aprèe avoir empoisonné le roi. ^e du poëte (2095 as.).

Comme ce tableau le fait voir, la plua grande partie du Reinhart se retrouve dans le roman françab. Il a même, comme Jonckbloet l'a exposé dans son Étude, un grand

□ombre de vors qui ne font que traduire le texte de noB branchée : ces reseemblances seraient probablement encore plus nombreuses, si le poète allemand ne s'était pas servi d'un style très-bref et trèa-sec. 11 ne manque cependant pas de détails étrangers au roman français. Dans ce dci'nicr, un ne rencontre paa les aventures 5. 9. 15, 21 da^GUckesare.

Les divergences qui existent entre le Reinhiirt et le roman do Renart noua imposent la question : les poëmes français où il a puisé sont-ils les mêmes que ceux qui nous sont parvenus, ou bien y en avait-il d'autres qui se sont perdus ou dont nous ne possédons que les remaniements?

Cette dernière opinion est celle de Grimm. de Fauriel (Hist. litt. de la France vol. XX), de Kotlie, de Wackernagel (Kleine Sckri/ten 2, 227) et de Jonckbloet, Mais les arguments sur lesquels on Va fondée, ne me paraissent pas solides. Jonckbloet dit (p. 73): 'le peu d'étendue, la sobriété, la séchorosee de la rédaction est toujours un signe indubitable de l'originalité et de l'ancienneté dans les compositions poétiques'. Une réflexion si générale est cependant sujette à des exceptions: est-ce qu'un traducteur ne pouvait pas se borner à faire un extrait de l'original? On pourrait recourir à des indications plus particulières. Dans le BeinhaH, le chevalier qui trouve Iseugrin sur la glace est nommé Birtin (v. 783), ce qui est évidemment le nom français Berlin^ la branche m 436 donne au mémo personnage le nom de Constant des Granches: pourquoi, dira-t-on, le Glichezare aurait-il choisi un nom français pour remplacer celui de la branche 111? Certes, il est difflcile d'expliquer ce changement; mais cette dif^culté ne me parait guère suffisante pour empêcher d'admettre que la plupart des différences qui existent entre le roman français et le Betnkart ne sont dues qu'aux modifications arbitraires de l'auteur de ce dernier.

D'abord, c'est assurément à dessein qu'il a omis bon nombre de détails qu'il trouvait dans le roman français, soit parce qu'il n'en saisissait pas la valeur comique, ou qu'il jugeait sévèrement les parties scabreuses , ou enfin par le simple désir d'achever au plus vite sa besogne littéraire. Son récit avance quelquefois avec une telle rapidité qu'on a

ibyGoO^k'

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Ae la peine à le comprendre. Ainsi aux yv. 139 es. ii ne dit pas expressément que Renart, en emportant: Ghantecler, est poursuivi et injurié par les paysans: et cependant Renart desserre la gueule pour répondre à leurs iusultes. Le v. 169 est presque dénué de sens , parce qu'il no donne qu'un résumé maladroit des vv. 450 — 452 de la branche IL De même au commencement de l'aventure 8, qui raconte le pèlerinage, le récit est tellement raccourci qu'il devient obscur. Ces exemples suffiront pour prouver que le Qlicliezare en traduisant a abrégé le texte qu'il avait sous les yeux, et il n'est pas permis de prétendre que les détails des branches françaises qui ne se trouvent pas dans son poëme y aient été ajoutés plus tard.

D'un autre côté le Glicliezare a remanié et même amplifié le texte dans de nombreux passages, en adaptant son sujet aux idées et au style de sa patrie. 11 a traduit en allemand plusieurs noms français: il a remplacé Chantedin par Sengelin, Maupertuis par Ùhelloch, Noble par Vreveî. Il a mêlé au récit bon nombre de proverbes allemands , il a parodié le style de l'épopée populaire de l'Ailemague. Il parle du N^eltinge hort (6(12)5 en intitulant son conte Isengrmes nôt, il imite peut-être le titre qu'on donnait à une partie du poëme des Nihelungen (v. 1790 du vieux fragment).

Il est encore évident que Henri a ajouté lui-même au sujet de la tradition des allusions aux événements et aux personnages de son temps. Ces allusions sont précieuses pour les recherches sur la personne de l'auteur. II en résulte qu'il a vécu en Alsace et qu'il a composé son poëme sous le règne de l'empereur Frédéric I. Dans l'aventure du puits, il raconte qu' Ysengrin fut épaigné par les moines grâce à la couronne monacale, acquise avec tant de Bouifrances; il continue an v. 1024 en citant le seigneur Wallher von Horburc, qui avait coutume de dire chaque malheur peut nio tourner à profit'. Hoibourg est un village tout près de Colmar, qui au Xll*"" siècle appartenait aux seigneurs de ce nom. Le nom de Wallher von Horburc se trouve dans les chartes de Frédéric I des années

1153 et 1156 (v. Strassburger Vrkundenbuch 1 p. 87 I. 14). Une ex.celleDte occasion do montrer un courage inébranlable Be présenta à Walther, lorsque, en 1162, Horbourg fut détruit par le comte Hugo de Dagabourg, l'évéque Etienne de Metz, et le duc Berttioid de Zâbringon (^Fragmentum incerti auctoris dans Urstmus, Pars II p. 85 et Wûrdtwein, Nova subsidia IX 381). Maihoureusemeut nous ne Bavons rien de plus positif ni sur cet épisode ni sur la vie ultérieure de Walther. Il paraît qu'il était déjà mort, lorsque le poëte fit son éloge. Mais on pourrait même douter de la sincérité de cet éloge; du moins la comparaison avec Iscngrin n'est-elle pas en tout point flatteuse.

Une autre allusion à ce qui se passait alors en Alsace se trouve aux vv. 2123 as. Renart procure au chameau, qui a plaidé en sa faveur, la place d'abbcsse à Ersteiu (c^est ainsi qu'on a corrigé la leçon des manuscrits zem ersten). L'arrivée de la pauvre bête au monastère provoque une indignation générale, et elle est chassée par les religieuses qui s'arment de leurs styles ou poinçons à écrire. L'abbaye d'Ersfein, fondée par l'impératrice Irmengard en 853, était à l'époque de Frédéric 1 un foyer de l'esprit impérialiste et antipapal. L'antipape Victor III, élu par Frédéric, accorda à l'abbaye sa faveur spéciale par une bulle du 16 juin 1162 datée de Crémone ("Wiirdtvfein Nova subsidia diplotnatica IX p. 378). Peut-être cette bulle a-t-elle été accordée à la suite d'une tentative du parti papal de s'emparer de la direction du monastère , tentative dont nos sources historiques n'auraient pas gardé le souvenir. En ce cas le Glichezare aurait fait encore ici allusion à un événement de 1162 environ, ce qui ferait présumer qu'il a écrit bientôt après cette date.

Mais cette hypothèse est bien incertaine, l'allusion du Glichezare pouvant très -bien se rapporter à quelque événement postérieur. L'abbaye d'Eratein , fameuse par sa richesse et par la hante aristocratie de ses religieuses, resta fidèle au parti impérialiste, même dans les circonstances qui forcèrent les empereurs eux - mêmes à céder aux désirs des papes. Elle fut abandonnée à l'évèquo Conrad de Strasbourg en vertu d'un diplôme que Henri VI signa le 17 avril

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1191 (Wiirdtwein X 156). Le même jour, Henri VI livra à la haine implacable des Romains la vilie de Tuaculum , le plus fort rempart de l'empire dans les environs de Rome. Ce fut par des sacrifices pareils que Henri s'assura le consentement du pape à la conquête du lOj'aume de Sicile. De retour en Allemagne, et sur la prière, dit -il, des princes de l'empire, il redressa, par un diplôme daté de Haguenau (4 mars 1192), la donation de l'abbaye d'Erstein à l'évêelié de Strasbourg; mais il paraît que dans les guerres civiles qui désolèrent bientôt après l'Alsace et toute l'Allemagne, l'abbaye pasBa de nouveau sous la domination épiscopale.

11 faudra donc admettre que l'allusion du Glicliezare porte sur un événement inconnu, arrivé longtemps après 1162; et eu effet, son poëme contient un troisième passage qui parle en faveur d'une date plus récente. Les w. 2098 racontent que l'éléphant, ami de Renart, reçut en fief le royaume de Bohême, mais qu'il en fut chassé par ses prétendus sujets qui auraient failli le tuer. J'approuve l'opinion que M. Reissenberger a émise dans son édition du Reinhort (Halle 1886) en prétendant que le poëte avait dans l'esprit le sort de Sobésluv II. Mis sur le trône de Bohême par Frédéric I en 1173, il en fut chassé en 1179 (Palacky Geschickte von Bôhmen 1 464 ss.). Il est fort possible que l'abbaye d'Erstein ait eu la même année l'occasion de repousser une tentative de la soumettre au parti papal. Du moins Rodolphe, évêque de Strasbourg élu par l'antipape, fut-il déposé en 1179 , et cette déposition entraîna avec elle beaucoup de désordres en Alsace (Oraudidier, Oeuvres hist. inédites 2, 469).

En admettant que le Gliehezare a écrit vers 1180, on comprendra très-bien l'amère ironie avec laquelle il parle des malheurs que les partis impérial et papal essuyèrent en même temps. Ces partis venaient de se réconcilier. Frédéric I avait fait la paix avec Alexandre III à Venise en 1177; il avait sacrifié tous les ecclésiastiques qui jusque là lui avaient rendu les plus fidèles services. On croit entendre leurs plaintes en lisant le jugement du Glichezare sur l'ingratitude des cours (v. 2073. 2184), On peut même dire que le Glichezare était bien autorisé à

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porter ces plaintes en sa qualité ùe poëte do la dusse dus vagi, des écoliors vagabonda : c'est là le sens de son auroom (t. ilùilenboS Zeitsch. f. deufsckes Alterthum 18, 9). Comme les poëmes latins dea vagi le font voir, ces poëtea avaient été les plus fervents défenseurs du parti antipapal, et ils avaient été favorisés par les chefs de ce parti, lea archevêques de Cologne et de Magdebourg , Rainald vas Dassel et Wichmann.

Un poëte qui a mêlé au sujet de la tradition tant d'éléments nouveaux , n'aura pas hésité à changer tout ce qui n'entrait pas dans ses vues. Cependant je ne crois paa qu'il ait ariangé les contes de Renart dans l'ordre où nous les trouvons dans son poëme qui mérite en ce point pleine approbation. Dans les aventures 1—4 Renart est rais en scène avec des animaux d'un ordre aocondaiie; les aventures 5 — 14 le montrent en relations avec Iseiigrin, relations qui deviennent do plus en plus hostiles; enfin les aventures 15—21 nous font voir le tritagoniste , le roi qui veut juger Renart et Isengrin, et qui, séduit par le premier, commet des torts irréparables et les expie par la mort.

Eh bien, cette même disposition, aussi simple qu'ingénieuse, pourrait bien s'appliquer à la série dea branches qui ont été traduites par le GHchezare, en admettant toutefois que la branche I occupait à l'origine la place de la Vl'"': le premier acte du drame comprendrait la branche II telle qu'elle se trouve dans le mac. A, le deuxième les branches III. IV, V'; le troisième les branches I. X. Il n'importe guère que les branches V et Vlll paraissent avoir précédé la m*""' dans la collection dont le Glicliezare s'est servi. On n'est pas même sûr qu'il n'ait changé l'ordre original de ces branches, comme il a commis une faute évidente on arrangeant les aventures qui répondent à la branche II. Au Heu de faire suivre l'afTaire du chat (l'aventure 4) par celle du corbeau (l'av. 3), il a fait précéder cette dernière; en parlant au corbeau, Renart se plaint de aa blessure (260), qui est évidemment celle qu'il reçoit dans le piège où Tibert le fait tomber (375): cp. la branche II 817 et 953.

Voici donc les conclusions sur la composition da roman de Renart que je crois pouvoir tirer de la comparaison avec le Reinhart.

Ters 1 180 il existait une collection comprenant les branches II '-102^. [V. VIII.] m. IV. V. II "«s ss. I. X. Cea branches formaient déjà une série, dans laquelle l'un de ces poèmes reprenait là où l'autre avait cessé; cependant cette liaison n'était pas l'oeuvre des poètes eux-mêmes, mais celle d'un arrangeur, qui ne cherchait pas à fondre toutes ces branches en un seul tout. La branche IV a été composée après 1165; quant au reste de ces branches, il est impossible de leur assigner une date tant soit peu précise.

Ce fut probablement vers la fin du siècle que Pierre de 8. Cloud composa la branche XVI. Malgré sa médiocrité, cette branche paraît avoir éveillé un nouvel intérêt pour le roman de Renart. Du moins est-ce à cette branche, que se rapporte l'introduction de la branche I qui, amplifiée par les continuations 1* et 1", fut détachée du reste du roman et publiée comme poème indépendant. Ce poëme, conservé par le msc. a, fut traduit en partie par le Flamand Willem. Le nom de Coradin au v. 1521 de la branche française lui assigne peut-être la date de 1210 environ.

Le poète qui fit cefto nouvelle édition de la branche I a probablement composé la collection plua étendue qui a passé dans toutes les classes do nos manuscrits. En tête de cette collection il laissa la branche I, dont il assigna la place antérieure à la première partie de la branche X qu'il a probablement composée lui-même; en outre, il fit entrer dans la collection les branches VI. VII, IX et XI, dont la dernière, en grande partie du moins, paraît encore être l'ouvrage do l'arrangeur. A cette époque, la branche II avait déjà été interpolée par l'auteur de la branche XV apparemment.

Cette collection eut un sort divers entre les mains des scribes qui la copièrent. Celui qui écrivit l'archétype de la classe a y ajouta la branche XII, dont la date peut être fixée à 1200 environ, et les branches XIII et XIV, qui

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ont été composées plus tard. On inséra dans la dusse ft les branches XVIII — XXI, qui datent probablement du Xll'"*' siècle. Ensuite les scribes qui copièrent les arcliétypes des différentee classes ajoutèrent à leur fonds commun les brauches XVI. XVII. XXII — XXVI, qui toutes me paraissent appartenir au Xlll'"' siècle, excepté la brandie XVI, qui probablement a été composée par Pierre de S. Cloud vers la fin du XII'"'".

Plus tard, les copistes ont altéré Tordre primitif et le texte original, parfois en suivant des systèmes assez bien conçus, notamment celui qui a arrangé le texte de la classe y s'est acquitté de sa tâche avec beaucoup d'habilité, sans parvenir toutefois à constituer un ordre vraiment satisfaisant.

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