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richesse et d'une puissance extraordinaires. Il accomplit sa promesse en recourant à la magie , qu'il apprend à Tolède. Il amène au lion tout un cortège d'animaux fabuleux. Aux noces du roi, ces animaux, obéissant aux commandements diaboli(|ues de Renart, exécutent des jeux qui surpassent tout ce que la cour du roi sait faire, et qui servent en même temps à assouvir la haine de Eenart contre ses ennemis. Ces jeux magiques imitent apparemment une partie de l'épopée de Guillaume d'Orange, qu'on connaît soua le nom d' 'enfances Guillaume'. Voici ce qu'en dît Jonckbloet, Guillaume d'Orange 2, p. 10: 'Le banquet de noces a lieu, et Orable en profite pour bafouer Tiebaut, son époux, par ce qu'elle appelle les ffetiB d'Orenge. Ils consistent en une série d'enchantements. D'abord c'est un cerf qui se détache des arcades et est aussitôt suivi par une meute de chiens et une troupe de chasseurs, qui mettent tout en émoi. Puis une procession de moines excitant autant de géans à battre de verges Tiebaut et ses compagnons. Puis les ours, les sangliers de l'arc qui prennent part à la fête en se ruant sur les convives'. L'auteur de notre branche a iutroduit une foule de jeux qui montrent qu'il connaissait très-bien les représentations dont les jongleurs de son temps amusaient leur public: il fait tumber l'ours, il fait aller le singe à cheval sur le chien, il donne au chat le rôle de saltimbanque. Â ces représentations, il faut comparer ce que le même poëte dans la variante de la branche XYII 1013 ss. dit des divers instruments joués par les animaux au cortège funèbre de Renart.
Il importe encore de remarquer la manière dont Renart apprend l'art magique d'après la branche XXIII. Nous ne savons paa si maître Henri de Tolède, dont Reuart devient le disciple (1229), n'est pas un nom de pure invention. Mais il est curieux de voir mêler à cet épisode des allusions aux aventures de la Table ronde, à la forêt Broceliande (1405) et au roi Artus (1423). Peut-être est-ce encore un souvenir des contes de ce genre, qui fait parler notre poëte d'un roi Yvorix, le père de la lionne enchantée {9Ï9. 1050. 1055. 1075); faut-il penser au roi Yvoii-e qu'on trouve dans Bueves d'Hanstone? Voy. Z.f. d. A. 29, 388. En se servant du nom
de Malcrues pour désigner la tanière du renard (1385), il est d'accord avec le poëme flamand de Willem (v, 272). ■
Cette coïncidence fait présumer que notre branche a été composée dans la partie de la France qui avoisine la Flandre, et il y a d'autres indications encore qui appuyent cette supposition : les formes picardes mi 961 (à côté de mot 47) ceïr (à côté de voir?), les expressions manede 893, manburnir 981, tvadel 1856, wmcker 1908, la prononciation dissyllabique des mots beneur 1440. 1910, maleur 1648, les formes trisyllabiques avéra 732, deveres 1180, vivera 906.
Au T. 684 il faut probablement lire que vos (ou molt) l'en tegniez. 739 lire A la pats garder. 1138 muere.
La branche XXIV ne se trouve que dans les mss. BCM où elle ne constitue qu'un épisode de la branche II; cependant l'introduction et la conclusion font preuve d'une composition indépendante. Elle est assez bien faite, quoiqu'elle n'ait pas précisément le caractère des autres parties du roman de Benart. On peut la diviser en deux parties qui ne se rattachent l'une à l'autre que par de très-faibies liens.
La première partie (1—218) raconte la créatiou des deux personnages qui jouent un rôle principal dans l'épopée de Benart. Le poète prétend avoir trouvé ce récit dans un livre qu'il nomme Aucupre, mais dont on n'a jusqu'à présent pu constater l'existence. Quoi qu'il en soit, on peut bien admettre que cette théorie de la création des animaux est tirée de la tradition populaire, qui n'est pas très-respectueuse envers les femmes: c'est à Eve que, d'après ce qu'en dit notre poëte, les bêtea sauvages doivent leur origine, tandis que les animaux domestiques sont créés par Adam. Une idée analogue se retrouve chez plusieurs peuples sauvages qui croient que les oeuvres d'un bon dieu sont toujours détruites par sa méchante femme : v. Tyler, Besearckes into tbe Early Mstory of Mankind, trad. allem. Leipzig 1873, II 271. 326. .328. L'auteur de notre branche se sert d'un argument spécieux pour prouver que la fable dit vrai en racontant que les animaux avaient jadb la parole: il cite la Bible, qui nous dit que Tânesse de
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Balaam s parlé. En établissant une parenté fictive entre Renart et Yaengrin, il suit la tradition germanique: voir ce que j'ai dit sur ce point à l'uccasion de la branche Y.
Le reste de la branche s'occupe d'un conte qui pourrait tout aussi bien substituer des noms d'hommes à ceux d'Ysengrin et de Renart, conte qu'on retrouve dans le Décameron de Boccace VIII, 6 et chez H. Sachs : v. F. Neumann, Zeitschri/t f. vgl. Litteraturgeschichte I 161 ss. Dans notre branche, Renart garde le caractère de fripon, Ysengrin celui de dupe, qu'ils ont dans le roman de Renart. Le tour joué par Renart à son oncle appartient à ses 'enfances (v. 311), CD qui montre que l'auteur en a voulu faire une sorte d'introduction au roman.
Cette branche aussi est picarde : v. la forme mi 285.
Jonckbioet a proposé dans son Etude p. 46 de lire au V. 113 resenefie (au lieu de le senefie) et au v. 119 de lire, en omettant le mot Par, Bichout la famé dan Renart. En effet, ces corrections apporteraient plus de clarté au texte.
La branche XXY ajoute au roman de Renart un récit qui s'éloigne du caractère original de ce genre de contes. On voit que depuis le tempe de Pierre de S. Gloud l'étoife était épuisée et que l'imagination poétique faisait défaut à ces continuateurs. Le prologue nous apprend un fait intéressant, c'est que la tradition orale avait chobi la forme de la prose.
Comme plusieurs autres , la branche XXV réunit deux aventures différentes. Dans la première il est dit que Renart, par une ruse ingénieuse, parvient à s'emparer d'un héron qui pêche dans une rivière: voilà encore un de ces récits de chasse qui ne tendent qu'à étonner les lecteurs. La seconde partie de la branche (v. 143 ss.) me paraît imiter la branche YII ou bien l'épisode de la branche XIII qui est tiré de la branche VII. L'auteur de notre branche n'a pas la hardiesse des autres poètes qui font converser ensemble
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rhomme et Vanimal ; il pèche contre la vraisemblance en faisant flotter un taa de foin si haut et si glissant que le paysan qui y monte pour a'emparer de Renart préfère ôter ses souliers (270).
Dans le seul manuscrit qui la contient, la XXYI**"* branche fait suite à la branche XXI; mais le t. 8 indique qu'elle se liait 4, une branche qui racontait dans les derniers vers que Renart quittait Hersent. Peut-être était-ce la branche II sous la forme de la classe a. Notre branche a été composée par un jongleur mécontent de la branche XV, qui raconte que Renart avait été dupé par Tibert le chat. Il imagina donc que Tibert et ses amis avaient trouvé une autre andouille que Renart gagne en faisant croire à Tibert qu'il avait pris une souris. Li fremiz Fremonz pourrait être le même que Frimavz U putois de la branche XXIII: en ce cas les quatre animaux qui jouent à la marelle seraient à peu près de la même espèce: le chat, l'hermîue, l'écureuil et le putois. Mais on préférera une autre conjecture, d'après laquelle ce serait l'âne Fromond, qui est cité dans la variante I 181: du moins cet animal porterait-il avec plus de raison l'autre nom, qui lui est donné aux vv. 58 et 68, le nom Faisius on Faissiaux; cp. le nom de l'âne Carcophas 'Charge-faix' de l' Ysengrimus. Peut-être faut-il remplacer au V. 26 le mot frémis par faisiaus. Au v. 14 la rime est facile à corriger: il faut écrire ami au lieu de voisins; aux vv. 89. 90 il faut lire hai : sai.
Le vers final rappelle celui de la branche XIX.
La branche XXYII se distingue des autres par son tangage moitié français moitié italien , ce qui lui donne l'npparence d'avoir appartenu aux poèmes qui, dès la seconde moitié du XIU*"* siècle, ont propagé la littérature française dans le Nord de l'Italie. Le dialecte italien qui , dans les deux manuscrits que nous en possédons, se mêle au fonds français, est vénitien. Le msc. t (celui de M. Futelli) a rapproché
i.t^iOO^Ie
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le texte de ritalion plus que le mac. g (celui de M. Teza); mais il y a dans les vers qui leur sont communs des rimea qui prouvent que l'original avait déjà revêtu des formes qui n'étaient pas françaises: p. e. g 193/4 = i 319. 220. Tous les deux ont italianisé les noms propres: ils écrivent Raynaldo ou Eaynald (au lieu de Benart, quoique le nom vime le plus souvent avec art, part etc.). Ils remplacent Grimbert par Gilbert. On peut en conclure que l'ancienne tradition de Renart était étrangère aux Italiens de l'époque. Le msc. ff a même changé le nom du loup en Lesengrin, lAsengrin, et celui de la louve en Lesengra, tandis que i a conservé les formes Isengrm, Isigrina. g prend le nom de Chantecler pour un appellatif en le faisant précéder par l'article un; i parle de deux Cantader.
Le texte des deux manuscrits diffère beaucoup: ils ne s'accordent qu'en 300 vers environ (moins de la moitié de la branche). Tous deux se sont éloignés de l'original, qui évidemment n'est parvenu aux scribes que par la tradition orale: de là les répétitions, les transpositions et les lacunes des textes. Les vers répétés dans g appartiennent plutôt à la première partie de la branche: ce sont les vv. 21 — 32 = 205—216; 33—48 = 299—314; cp. 49/50 = 321/2; 51/2 = 319. 322. D'un autre côté, t présente plus de répétitions dans la seconde moitié: 409—12 = 464—7 etc. Je crois qu'en général le copiste du manuscrit i a changé l'original avec plus de circonspection, mais que vers la Su du poëme la mémoire lui a fait défaut. Il a oublié de raconter que la chèvre est la nourrice des chiens qui la protègent; il y a même des lacunes qui mettent de l'obscurité dans les passages qui suivent, v. p. e. les vv. 457 — 460. Aux vv. 575 sa. il parle d'une visite d'Ysengrin chez un paysan, où il a mangé trop de viande salée; peut-être est-ce aux vv. I 1030 ss. qu'il voulait faire allusion. La liberté avec laquelle le copiste j a traité le texte se manifeste encore dans le prologue moral et dans la conclusion sentencieuse qu'il y a ajoutés.
La source oil la première moitié de notre branche a été puisée n'est pas douteuse: c'est la branche I. Il y a
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même des vers entiers de cette branche qui ont passé à travers les traditions orales jusqu'aux versions italiennes. Ainsi les TV. 1. 2 de la branche XXVII rappellent I 15. 16; 7. 8 = I 17. 18; 21/2 = I 27/8; 164-7 = 1.1190 sa.; 341 = I 1267. Les vv. 542/3 peuvent être comparés à X 1271/2. Quant aux locutions nombreuses qui se retrouvent dans tes autres branches françaises, je ne puis que renvoyer aux notes de M. Teza.
Il y a cependant, même dans cette première moitié de la branche, des indications particulières qui, en partie du moins, paraissent être inventées par le poëte ou les poètes qui ont travaillé à notre ouvrage. Le coq prétend appartenir à l'ordre sacré parcequ'il chante les heures {g 5â etc.) ; le lion commande a Busnardo, le crieur, de bannir (mettre in hando mortor 58 etc.) le renard et a Bocha (i/ 59) de l'écrire dans son livre. Le nom de Bocha est remplacé dans i par l'appelatif simia; c'est probablement le même que Botsaert ou Bokaert, le clerc du roi dans te Reinaert. Le taisson se porte garant (ckuraor, manlevaor 75. 76) de Reuart. Celuici dît avoir deux cents ans: g 320 (» n'a pas cette indication fabuleuse). Enfin, Renart est aquitté de l'accusation de Chanteclor, parce qu'il remarque que le coq n'est pas de sa 'religion' (255) et que les animaux qui vivent sur terre ne sont pas de la même espèce que les oiseaux qui vivent dans l'air.
Toute cette première partie de la branche n'est pour ainsi dire que l'introduction de la seconde : elle y prélude en racontant que le lion fit jurer à Renart que désormais il vivrait d'un métier paisible. Renart s'en va, bien embarrassé de sa promesse. Il rencontre ia chèvre qui, après avoir décliné son salut de compère, se montre prête à le secourir. Les deux compagnons deviennent laboureurs: Reuart entreprend même des travaux assez pénibles , il se laisse traîner par la chèvre et laboure la terre de ses pattes. Mais lorsqu'il s'agit de partager la récolte , ils se querellent. Renart va chercher le loup , qui arrive en pèlerin (700). La chèvre a fait mieux: elle a caché sous la paille deux chiens qu'autrefois elle avait nourris de son
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