‹ Le roman de Sainte-BeuveChapitre 3 sur 22 · I. Cf. F>air. Un maître de Suinte- ficui-r · texte numérisé non relu

I. Cf. F>air. Un maître de Suinte- ficui-r

LE JEUNE MÉX.VGE U

même tomns un «tos cliao-rin. Louis X^'III vcliait de m.ourir et Charles X allait être sacré à Reims. Victor Hugo était à Blois, chez sou pèr.' le général Hugo, avec sa jeune lemme et sa ])etite lille, c[uan(l il a[)[)rit tout à coup qu'il était nommé, ainsi que Lamartine, chevalier de la Léo'ion (rhonueur et invité aux fêtes du sacre. Décoré! hôte du roi! c'étaient là de sii'ands honneurs pour un jeune homme de vingt-trois ans. !Mais quoi! il allait (k)nc, pour la {)remière fois, quitter su femme et son petit enfant! Il avait bonne envie de refuser au moins l'invitation; mais son père déclarait ([uil ne |)ouvait décliner une distinction qui mar(}uait une telle étape dans sa carrière. Le père d'Adèle était de cet avis, et Adèle elle-même était obligée de convenii', toute en larmes, (piils avaient raison. Il fallut donc se résigner à ])arlir, avec c[uel déchirement! L'absence ne devait pas être fort longue, — une quinzaine au plus, — mais elle aurait dû se prolonger toute une année, il se serait embarqué pour les Indes, que la séparation n'eût j)as él<'' ])las cruelle. Et ce furent, au départ, des larmes, des embrassaïK^s, (h>s i ecoinmandations sans tin.

10 LE ROM.V>' DE S.\î>-rE-BEUVE

Victor part de Blois, lo matin du 18 mai; il arrive à Orléans vers quatre lieures, et, en descendant de voiture , sans s'arrêter, sans s'as* seoir, il demande une plume et se met h écrire :

« ... Tu ne saurais croire combien, depuis que je t'ai quittée, bien-aimée, le temps m'a paru long et la distance énorme. Je ne pense qu'avec un grand abattement aux quatorze lieues qui me séparent déjà de toi, aux huit heures que je viens de passer sans toi. Que sera-ce donc demain? que sera-ce après-demain? et après? et après? Vraiment, mon Adèle, ma bien-aimée xAdèle, prie Dieu qu'il me donne du courage : j'en ai besoin, et ces quinze jours me font l'efTet de l'éternité... »

Et ([iiand il est arrivé à Paris :

«... Sais'tu qu'il y a quatre jours (>t trois nuits que nous sommes séparés? ()ue le temps est long! et qu'il me tarde de savoir ce que tu fais depuis l'éternité que je ne t'ai vue! Gomme tout est désert aaloiir (h' iJioi, nuiiiileuaut que tu n'es plus là! Quelle force nous avons eue, chère aimée, et ([uelle force il nous faut encore! »

LE JEUNE MÉNAGE 11

Les lettres qui suivent sont presque toutes sur ce ton. Il n'y laut pas chercher beaucoup de descriptions et de récits, pas même le récit de la cérémonie du sacre : Adèle, les réponses d'Adèle, le souvenir d'Adèle, y tiennent à peu près toute la ])lace.

Le voyage de Reims fut suivi, dans Fautomne de celte même année 1825, d'un autre voyage, mais celui-là heureux sans mélange ; sa femme accompagnait le poète, avec son enfant. Ils allèrent ainsi aux Alpes avec leur ami Charles Nodier et sa famille; ils s'arrêtèrent à Saint- Point pour faire visite à Lamartine. Tout cela ne fut pour lui et elle qu'une longue fêle : ils étaient enseml)le !

L'année 1826 fut maïquée pour Victor Hugo par la publication de Biig-Javgal et d'un troisième volume iTOdes et par la naissance, en novembre, de son fils Charles, qu'Adèle alhiita comme sa fille.

Son nouveau livj'e de poésies, encore en progrès sur les autres, leur ressemblait pourtant d'une certaine manière ; c'est (|ue Fimage et la

12 LE lîOMAN DE SAINTE-BEUVE

j)eiis('M' (le raiméc coiiliniiaioiit d'v l'cvciiir, ou philùL (Ty planer.

Le poète rappelle, dans le Voyage, sa récente douleur de l'aljsence :

Que faire maintenant de toutes mes pensées, De mon front qui dormait dans tes mains enlacées, De tout ce que j'entends, de tout ce que je vois? Que faire de mes maux, sans toi pleins d'amertume, De mes yeux dont la flamme à tes regards s'allume, De ma voix qui ne sait parler qu'après ta voix?

Dans la Promenade, il va aux champs avec elle, il marche avec elle « dans son rêve étoile » :

Qu il est doux près de loi d errer libre d ennui-;, Quand lu mêles, pensive, à la brise des nuits Le parfum de ta douce haleine!

C'est pour un tel bonheur, dès l'enfance rêvé, Que j'ai longtemps souffert et que j'ai tout bravé!

Dans nos temps de fureurs civiles, Je te dois une paix que rien ne peut troubler. Plus de vide en mes jours! Pour moi, tu sais peupler

Tous les déserts, même les villes.

Ainsi conlinuail leur idylle; nul changement dans leur hoidieur, sinon qu'il s'é<dairait main-

LE JELNE IMÉXAGE 13

tenaiiL truii rayon de gloire. Ciii(| ans avaient passé, li'ois enfanls ëlaient n(*s, l'époux n'avait pas cessé d'être l'amant. Pas un nuage n'avait traversé leur azur; pas un désaccord n'avait traversé leur donx paradis à l'entresol.

a JOSEPH DELORMi: »

Au mois de janviei* 1827, Victor Hugo lut dans le journal le Globe deux articles, signés de simples initiales, qui rendaient compte de son édition nouvelle des Odes et Ballades. Le Globe^ journal libéral, dirigé par M. Dubois, n'était nullement hostile à l'école qui bataillait de son côté i)our la liberté dans l'art. On venait pourtant d'y attaquer quelque peu Cinq-Mars^ le roman récent dMlfrcd de Vigny; mais les deux articles sur les Odes et Ballades., s'ils n'étaient pas sans réserves, étaient écrits « dans un assez vif sentiment de sympathie et de haute estime ». — C'est dans ces termes qu'en parle l'auteur lui-Jiièmc. iUaiil de ceux qui se (.It'deudeiit toujours de Tadmiration sans réticence..

Ce (jiii dut siirloLit toucher A'ictor Hugo, ce lut sans (loule ce passage du second ailiclc :

« Qu'on s'imagine à plaisir tout ce qu'il y a de }»lus pur dans Taniour, de plus cliasle dans riiymen, de plus sacré dans l'union des ànies sous l'œil de Dieu ; qu'on rêve, en un mol, la volupté ravie au ciel sur l'aile de la prière, et l'on n'aura rien imaginé que ne réalise et n'eflace encore M. Hugo dans les pièces délicieuses intitulées Encore à toi et Son Nom ; les citer seulement, c'est presque en ternir déjà la pudique délicatesse... »

Victor Huo-o alla au Globe remercier M. Du- ]:)ois et lui demanda le nom et l'adresse de Fauteur de ces articles pour le remercier à son tour. Le critique était un jeune homme de talent appelé Sainte-Beuve; il demeurait au numéro 94 de la rue de Vaugirard. Or, ^'ictor Huii"<> lou-eail préciséjneiil îiu numéro IH) de la méuK^ lue. Il admira ce liasard et s'en alla du même ])as sonner à la porte de son voisin, ami déjà. Sainte-Beuve était ahsent, mais dès le lendemain vers midi, il se présentait chez le

« JOSKPJi i»p:LOiniE »

poète. Victor Hugo, qui (Hait à déjeuner, le reçut sans le luire attendre et lui témoigna la cordialité avec lacjuelle ces jeunes combattants de la mêlée romanliciu(> accueillaient ceux en (|ui ils pouvaient espérer des recrues et des auxiliaires.

Sainte-Beuve avait alors vingt-trois ans; il était petit, laid de visage et peu gracieux de tournure; sa déplaisante physionomie s'éclaiiait seulement d'un regard vif et pénétrant. Né d'un père de plus de cinquante ans et d'une mère de quarante ans, il avait tout jeune un air vieillot. Son père était mort avant sa naissance; il avait grandi sans o-uide entre une mère et une tante, excellentes femmes, mais f[ui paraissent avoir été fort insignifiantes. Il avait aclievé k Paris, au collèo-e Charlemagne, de très bonnes études commencées en province. Sa mère était venue le rejoindre au sortir d(> ses classes et il habitait avec elle. Leurs ressources étaient médiocres, il avait dû prendre un état : il avait choisi la médecine sans y avoir beaucoup de goût. Mais, par bonheur. M. Dubois, un de ses professeurs

du collège Cliarlemagne, venait de fonder le Globe et lui avait l'ait une place dans son journal. Ses premiers articles, sur des sujets historiques ou géographiques, avaient tout de suite révélé ses maîtresses qualités, justesse et finesse; mais ce succès-là ne le satisfaisait qu'à demi.

La critique était son don, la poésie était sa manie. Etre un poète, un Byron, un Lamartine, voilà quel était par-dessus tout son rêve. Seulement, l'imagination lui faisait défaut, l'inspiration le fuyait, le Aers lui résistait, ne venait qu'avec labeur et sans grâce. Dans son Joseph DelormeK qui est lui-même, il nous a confié ses tourments :

« Son j)remier amour pour la poésie se convertit en urie aversion profonde. Il se sevrait rigoureusement de toute lecture enivrante pour être certain de tuer en lui son inclination rebelle... Ce qu'il souffrit pendant deux ou trois années d'épreuves continuelles et de lutte jour» nalière avec lui-même, quel démon secret corrompait ses études présentes en lui retraçant les anciennes! quels tressaillements douloureux

1. \'li\ l'niti-i's ri Piu'-xifs di" Joftfph l>elitruit' 'l^-Ji) .

« .îOSKPil DELOHME )) 19

il ressentait à cliaque ti-ioiuplio liouvoau de ses jeunes eoiiLemporaiiis!... «

Le niallieur de Sainte-Beuve voiiliît ([ue la poésie ne lût pas encore son seul amour déçu : de nature sensuelle, il aimait, il voulait, en même- temps que la Muse, la femme; et la femme, hélas! lui échappait comme la Muse. Le sentiment de sa laideur le rendait gauche et timide et sa liniidité le rendait sauvao-e. Rebelle à tout lien ])ar caractère, il répugnait à l'idée du mariage ; il iui aurait fallu, dit-il, « une mademoiselle Lachaux, une mademoiselle de Lespinasse ou une Lodoiska ». !Mais ces beautés-là appellent et veulent aussi la ])eauté, et, ce n'est pas tout qu'elles vous plaisent, il faut leur plaire. Les aveux de « Joseph Delorme » nous laissent supposer que le seul amour qu'il connût ne fut pas celui qui se donne.

Dans ses vers du moins il se l^erçait de chimères et, comme don César de Bazan, cherchait « l'ombre de l'amour » ; tantôt modeste, sou lia itant, « seulement jîour trois ans,

dans son lit un œil noir; «

tantôt prenant des aii'S de don Juan, et, non

20 LE UOMA?; DE SMNTE-IîEU YE

content de mettre à mal vierge, jeune veuve, jeune éj)onse, les délaissant méehainineiit le lendemain de ta victoiie :

Mais moi, lassé deiimin d'un botilieiir trop facile, Retrouvant le dégoût en mon âme indocile,

Malgré les doux serments, *

Les baisers, les grands bras prêts à me retenir, Demain je sortirai })onr ne plus revenir; Car je foule la fleur sitôt qu'elle est ravie.

Hélas, il le savait trop, ce n'étaient là que sonq-es, et la triste réalité c'était le vide dans son eœur, le vide dans sa vie.

Il portait impatiemment le poids de celte solitude : il avait des relations, mais il n'avait pas plus d'amis qu'il n'avait de maîtresses. Aucune affection pour le consoler, pour le conseille!-. Son es])rit inquiet cherchait en vain sa voie et son luit. Nulle religioii et nulle conviction. (^)ue croire et (]ue peuserPque faire'.' Il tombait dans des accès d'aigreur et de misanthro'pie.

La part faite de l'exagération littéraire, il confesse ainsi dans Joseph Dclorine sa secrète soutfrance :

« Son àuie n'offiait j)lus ((u'nn in(^oncevable

chaos, OÙ de monstrueuses imao-inations, tle IVaiches réminiscences, des fantaisies crijiiinelles, de grandes pensées avortées, de sages prévoyances suivies d'actions folles, des élans pieux après des blasphèmes, s'agitaient confusément sur un fond de désespoir. »

Et cependant, au milieu de ces découragements et de ces défaillances, il est certain que Sainte-Beuve devait avoirla conscience de forces, de véritables forces intellectuelles, qui étaient en lui et qui se produiraient un jour ou l'autre.

Tel était, à peu près, Tétat d'àme du jeune visiteur au(|uel Mctor Hugo faisait bon accueil au commencemenL de 1827.

Le visiteur a raconté lui-même cette première visite, mais à longue distance et bien froidement, à ce (ju'il semjjle :

«La conversation roula en plein sur la poésie; ^piie ii^joo me demanda à brûle-pourpoint de qui donc était l'article un peu sévère ([ui avait paru tlans le Globe sur le Cinq-Mars de De Viguy. Je confessai (ju'il était de moi. Hugo,

au milieu de ses remercîments et de ses éloges pour la façon dont j'avais apprécié son recueil, en prit occasion de m'exposer ses vues et son procédé d'art poétique, quelques-uns de ses secrets de rhythme et de couleur. Je faisais dès ce temps-là des vers, mais pour moi seul et sans m'en vanter : je saisis vite les choses neuves que j'entendais pour la première fois et qui, à Finstaut, m'ouvrirent un jour sur le style et la facture des vers; comme je m'occupais déjà de nos vieux poètes du xvi- siècle, j'étais tout préparé à faire des applications et à trouver moi-même des raisons à l'appui. »

En admettant que cette première visite ait été si technique et si professionnelle, un peu plus de confiance paraît s'être établie à la seconde. Victor Hugo Aoulait aborder le théâtre et venait d'achever son Ci-om^vcU. Il en lut à ce nouvel auditeur j)lusieurs scènes.

Elles eurent sans doute son approbation : car Victor Hugo lui écrivit quelques jours après, — c'était le 8 février, — pour lui demander <x s'il avait velléité d'en entendre davantao^e ». Dans ce cas, Vii-tor Hugo l'invitait à venir le lundi

« JOSEini DELORME » 23

suivant chez son l)eau-père, rue du Cherche- Midi, liôtel des Conseils de guerre :

« Tout le monde sera charmé de le voir et moi surtout. Il esc du nomi)re des auditeurs que je choisirai toujours parce (jue j'aime à les écouter. »

La lecture de Croimvell se fit le 12 février. Dès le lendemain 13, Sainte-Beuve écrivait au poète une lettre bien curieuse et bien caractéristique. L'apprenti en poésie avait docilement écouté et pieusement recueilli les leçons du jeune maitre; mais ici le critique reprenait son avantage et il en usait assez largement.

Il se répandait sans doute en éloges sur la ])eauté et l'originalité du drame, mais la part des reproches tenait la plus grande place, et Sainte-Beuve ne ménageait pas à Victor Hugo « les vérités ». 11 relevait, avec raison, des invraisemblances dans les situations et dans les caractères; il était moins juste peut-être quand il se plaignait do l'outrance et de l'exagération de certaines scènes; il ne se rendait pas compte que Toptique du théâtre exige ces agrandissements; et si Ton se reporte à l'époque où fut

24 LE ROMAX DE SMNTE-BEUVE

composé CroiiHveJI, la hardiesse et la nouveauté de rcrnivre y pouvaient compenser les fautes de in(''lier et les inex])é!ieMces.

Quoi qu'il en soit, il est cerlain que Yiclor Hugo, qui passe pour avoir été toujours dun orgueil intraitable, accepta de bonne grâce les sévérités de son jeune juge. Si, d'après son ])riucipe conslant, il n'essaya pas de corriger Croiuivell^ il put se garder, dans ses autres dra- ]ues, des i'aules qu'on lui signalait.

Au bout de quelques jours, Sainte-Beuve répondait à sa coniiauce eu le prenant pour juge à son tour. Il j-epécdiait ses pièces de vers dans ses tiroirs, lais;ut un choix de celles (ju'il estimait les moins iaibles, et, ce qu'il n'avait osé jus(ju'ai()rs av(H' jjersonne, il les envoyait à \ii-tor lluù-o.

Sainte-Beuve avait adressé à Victor Hugo une critique de ciitlque. Victor Hugo lui montra ce (jue c'était qu'une (-iilicjue de j)oète. C'était déjà, ce fut toujours sa jnanière. de ne voir d'sboi-d (huis les (l'uvres <h' ceux (]u il aimait que ce qu'elles avaient de bien el de n'en indiquer ensuite les faiblesses qu'eu les éclairant par les éloges. Ils ne devaient pas être excel-

leiils, les premiers vers de Sainte-Beuve, si Ton en juge par ceux (|ui ont été conservés. \'ietor Hng-o, ajirès les avoir lus, n'en adressa pas moins à Tanteur le ])illel suivant :

« Venez vile, monsieur, que je vous remercie des beaux vers dont vous me faites le confident. Je veux vous dire aussi que je vous avais deviné, moins ])eut-èti-e à vos articles si remarquables d'ailleurs (|u'à votre conversation et à votre regard, poui- un ])oète. SoullVez donc que je sois un peu fier de ma ])énétration et que je me félicite d'avoir pressenti un talent d'un ordre aussi élevé. Venez, de grâce, j'ai mille choses à vous dire. »

Un poète ! Victor Hugo affirmait à Sainte- Beuve qu'il était un poète ! Un de ces jeunes triomphateurs qu'il avait le plus jalousement admirés avait tout d'abord deviné qu'il était un poète ! Rien au monde, si ce n'est la déclaration d'amour d'une jolie femme, ne le ])ouvait rendre plus fier et j)lus heureux. Son souhait le plus ardent était exaucé, son plus beau rêve était accompli. Il courut chez Victor Hugo, il lui appartenait de ce jour tout entier.

Alors se noua entre les deux jeunes gens Tintimité la plus étroite et bientôt la plus tendre. Victor Hugo alla prendre un appartement au numéro 11 de la rue Notre-Dame-des-Champs, Sainte-Beuve se hâta d'en louer un au numéro 19. Sainte-Beuve n'avait pas d'ami, Victor Hugo lui donna les siens. Sainte-Beuve l'ut désornuiis de ce qu'on appelait le « Cénacle » ; on le mena contempler les soleils couchants et boire le vin bleu de la mère Saguet.

Quel bonheur ! il n'était plus seul, il avait maintenant un conseiller, un guide ; et quel guide! Nous aurions peine à nous faire, aujourd'hui, une idée de l'ascendant aimable et doux qu'exerçait alors Victor Hugo sur ses jeunes compagnons. «On était séduit, fasciné, dit l'un d'eux*, par tant de pureté, de grâce et d'imagination, mariées à un génie si franc et si vigoureux; l'atlmiration développait en ceux ((ui l'approchaient un sentiment d'amitié et un enthousiasme presque aussi vifs et aussi passionnés ({ue l'amour même. »

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