‹ Le roman de toutes les femmesChapitre 13 sur 22 · ST FIXA · texte numérisé non relu

ST FIXA

quelque événement imprévu depuis ce soir? Madame de Villerey paraissait, en effet, être dans un état d’agitation extraordinaire, et il fallait que son émotion fût bien violente, pour qu’on pût en apercevoir môme un indice sur son visage habitué à toutes les ruses delà dissimulation. Comme elle n’avait point répondu à la question qu’il venait de lui adresser, Ferdinand observa la comtesse avec plus d’attention, et conclut qu’il devait être, à coup sûr, arrivé quelque chose d’extraordinaire, pour qu’elle fût dans un pareil état.

— Eh bien ! Madame, dit-il enfin en avançant un fauteuil à madame de Villerey, qui fit signe qu’elle voulait rester debout, asseyons-nous, et causons. Vous avez, disiez-vous, la clef du mystère. Eh bien t voyons, quel est le mot?

— Ferdinand, dit la comtesse, comme je vous l’ai dit tout à l’heure, j’avais, en effet, entre les mains une lettre qui pouvait nous renseigner sûrement sur ce que nous voulions savoir. Vous dire quels méprisables moyens de diplomatie j’ai employés pour me procurer cette lettre, cela est inutile. Je me suis presque compromise près de mes domestiques ; mais il n’y avait pas à reculer.

— Enfin, dit brièvement Ferdinand; vous l’avez ; c’est le principal. Voyons.

— Cette lettre, je ne l’ai plusl

— Commentl

— Oui, reprit la comtesse, je ne l’ai plus... Je l’ai perdue, je ne sais comment; mais tout à l’heure, quand je l’ai cherchée, je ne l’ai plus trouvée où je l'avais mise. Je ne l’ai plus trouvée... je l’ai perdue.

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— Mais, dit Ferdinand, elle n’est qu’égarée, sans doute; on la retrouvera. Mais, il n’importe; de qui était cette lettre? que contenait-elle? où en sommes-nous, enfin?

— Cette lettre était de mon mari ; elle était adressée à mademoiselle Stella, artiste du ballet à l’Académie royale de musique.

Ferdinand laissa échapper un sourire assez impertinent.

— Je comprends maintenant votre agitation, dit-il; le comte de Yillerey passe pour avoir jadis voulu beaucoup de bien à la petite Stella. Depuis votre mariage, il ne paraissait plus y songer; voici qu’il se remémore, et cela fâche votre amour-propre. Mais ce n’est là qu’un détail; passons, et revenons aux choses sérieuses.

La comtesse haussa les épaules, et regarda Ferdinand avec un air de dédain parfait.

— Eh bien I reprit celui-ci ; voyons, Madame, ditesmoi un peu comment la lettre de votre mari à mademoiselle Stella pouvait nous être utile dans ce que nous voulons savoir. Que contenait-elle?

— Je l’ignore, dit la comtesse.

— Comment! vous ne l’avez pas lue?

— Je n'en ai pas eu le temps; au moment même où je venais de la recevoir, il m’a fallu entrer au salon pour recevoir le monde qui arrivait, et c’est dans mon salon (pie je l’ai perdue.

— C’est dans votre salon que vous l’avez perdue, dites-vous. Madame?

— Oui, et c’est là aussi qu’elle a été trouvée, de façon que voici la lumière qui nous échappe.

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Ferdinand frappa du pied avec impatience.

— Mais enfin, Madame, dit-il, qu’est-elle devenue, cette lettre? il faut la chercher, la demander. Et comme il élevait la voix, madame de Villcrey lui toucha le bras en lui disant :

— Parlez plus bas, je vous prie; il y a ici, près de nous, dans le salon de jeu, plusieurs personnes qui nous écoutent, et qui sont réunis là pour avoir une conversation dont nous pourrons peut-être tirer quelques éclaircissements qui remplaceront ceux qu’aurait pu nous fournir cette lettre si malencontreusement égarée.

— Je ne comprends pas ce que vous voulez dire ; mais enfin, je ferai ce que vous voudrez... Écoutons donc, dit Ferdinand, en se rapprochant, ainsi que la comtesse, de la cloison tapissée qui séparait le boudoir du salon bleu.

— Ah! dit Ferdinand, M. de Puyrassieux est là, et aussi M. de Vérigny et le petit vicomte. La trinité de la fatuité et de l’insolence. Soyez sans crainte, Madame, ces messieurs donneront du mal à M. de Yillerey, au cas où ses anciennes idées à propos de mademoiselle Stella se seraient réveillées.

— Ah çà, dit une voix, qu’est-ce que signifie ce conciliabule que nous venons tenir ici?

— C’est M. de Puyrassieux qui a une communication à nous faire.

— Voyons, voyons, répondirent à la fois plusieurs voix.

— Nous sommes bien seuls, dit M. de Puyrassieux; j’entends par là que nous ne sommes que nous, et qu’il n’y a point de danger que nous soyons entendus par

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quelque personne de la maison. C’est que mon secret est grave. J’avais tout à l’heure vu rôder au salon ce petit Ferdinand de Meillery, qui est le sigishé de la comtesse, en attendant qu'il soit le mari de mademoiselle Hélène ou de sa dot, et je craignais qu’il ne nous eût suivis. A propos, Messieurs, qui de vous connaît l’origine de ce jeune drôle, que nous autres, qui allons partout, n’avions jamais vu nulle part avant de le rencontrer ici après le mariage du comte de Villerey? D’où sort-il, d’où vient-il, que fait-il, où va-t-il, ce M. de Meillery?

— D’où il sort, je le sais, moi, dit une voix : il sort de Clichy, où il serait sur le point de retourner sans son mariage avec la pupille du comte, une petite fille assez gentille au fond, et que la comtesse sacrifie au jeune de Meillery pour des raisons trop cachées pour quelles ne soient pas devinées. Au reste, ce mariage n’est pas encore conclu, le comte n’a rien encore décidé.

— Qu’est-ce que cela fait? dit M. de Vérigny. Savezvous point que ce pauvre vieillard n’a pas droit de vote dans son ménage, et que la comtesse le mène comme elle veut? Le mariage aura lieu. Mais nous nous éloignons de la question , monsieur de Puvrassieux ; vous avez la parole.

En écoutant ce qui venait de se dire à côté d’eux, Ferdinand et la comtesse s’étaient regardés silencieusement, sans échanger une seyle parole, mais non point sans échanger, par le regard, les pensées qui les agitaient.

— Écoutons, dirent-ils.

— Messieurs, dit M. de Puvrassieux, avant de passer outre, deux mots de préambule, je vous prie : j’ai besoin

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de votre assentiment pour rassurer ma susceptibilité, qui a peut-être l’épiderme un peu sensible.

— Allons, qu’est-ce encore? dit M. de Vérigny. Savez-vous, de Puyrassieux, que vous nous faites languir d’une manière insupportable avec toutes vos lenteurs?

— Voilà, dit M. de Puyrassieux : j’ai à vous communiquer une nouvelle légèrement scandaleuse ; je le fais, parce que c’est entre nous à peu près convenu tacitement, que toutes les fois que l’un de nous aura appris quelque chose de curieux, il ira, toutes affaires cessantes, le sonner aux oreilles des autres.

— Après?...

— Voilà ; je poursuis. J’ai tout à l’heure, par hasard, trouvé dans le salon d’où nous sortons une lettre. Cette lettre était adressée à une personne à laquelle je me suis fort intéressé. Le cachet en était rompu, et, poussé par le démon de la curiosité, je l’ai lue ; et c’est ainsi qu’un peu malgré moi, je me suis trouvé instruit d’une chose qui probablement devait rester secrète. Qu’auriez-vous fait à ma place? J’en appelle aux casuistes. N’ai-je point commis une indélicatesse ? Pour mieux éclairer mes juges, j’ajouterai que cette lettre a été trouvée dans la maison même de celui qui a écrit cette lettre : voilà le fait aggravant. Maintenant, le billet, dont j'ai d’abord lu l'adresse, était adressé à mademoiselle Stella : voilà le fait atténuant. Dois-je passer outre, et augmenter mon indiscrétion ?

— Ma foi, dit une voix, ce qui est fait est fait. Si l’on était par trop délicat, on ne pourrait jamais s’amuser. Vous avez peut-être eu un peu tort de ramasser la lettre ;

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mais elle n’avait pas raison de s’être perdue. Je vote pour la lecture.

— Et moi aussi , et moi aussi , et moi aussi , dirent plusieurs voix.

— Vous le voulez , Messieurs ; c’est bien , je commence.

Et M. de Puyrassieux tira de sa poche un billet, qu’il développa lentement.

Pendant ce dialogue, madame de Villerey avait constamment eu les regards fixés surM. de Meillery. Au moment où la lecture de la lettre perdue venait d’être volée par le groupe indiscret, madame de Villerey toucha la main de Ferdinand, qu’elle sentit tressaillir.

— Eh bien? lui dit-elle.

— Eh bien ! répondit-il, nous allons savoir ce que nous voulions savoir : tout est pour le mieux.

— Comment! fit madame de Villerey, ne m’avez-vous pas comprise? ou bien, est-ce que vous ne voulez pas me comprendre ?

— Mais, Madame, dit Ferdinand, que voulez- vous dire ?

— Ah ! fit la comtesse avec un geste d’indicible dédain, comme vous avez l’intelligence dure en certaines occasions !

— Madame , fit Ferdinand, j’ignore en vérité pourquoi...

— Vous ignorez?... Allons donc!... Mais je ne veux point laisser de faux-fuyant à votre prudence, ajouta la comtesse en soulignant ce mot par l’accent qu’elle lui donna ; M. de Puyrassieux a trouvé la lettre que j’ai

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perdue ; il va la lire à ses amis. 11 ne faut pas que cette lecture se fasse! Comprenez vous?... .Non?... Eh bipn! je vais tout vous expliquer. Il faut que vous alliez trouver M. de Puyrassieux et que vous lui repreniez cette lettre. Comprenez -vous maintenant?

— Mais ceci demande réflexion...

— Vous avez eu le temps suffisant pour réfléchir. Monsieur. Le moment est venu d’agir, si vous en avez l’intention. Tout à l’heure il sera trop tard. Voyons, que décidez-vous ?

— Mais au moins. Madame, donnez-moi un conseil. Comment dois-je m’y prendre? Rien ne dit que M. de Puyrassieux consentira à me rendre cette lettre ; au lieu qu’en la laissant lire, comme nous pouvons parfaitement entendre, nous saurons ce que nous voulons savoir, comme je vous le faisais remarquer tout à l’heure. La démarche que vous désirez me voir faire pourrait, au contraire, nous faire perdre ce renseignement. M. de Puyrassieux peut refuser de me rendre cette lettre, car enfin je n’ai aucun caractère officiel pour aller la lui réclamer. Il ne la lira pas ici, mais il la lira ailleurs. Examinez mon raisonnement, Madame, et vous verrez qu’il est sage et prudent.

— Monsieur de Meillery, dit la comtesse en s’approchant de Ferdinand, l'œil allumé, les lèvres serrées et blanches... Monsieur de Meillery, vous avez peur, et je vous jugeais bien; je vais aller réclamer moi-môme cette lettre à M. de Puyrassieux.

— Madame, dit Ferdinand, puisque vous le voulez, je vais aller dans la salle de jeu.

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— Restez ici, je vous l’ordonne, et me laissez agir, dit madame de Villerey en se disposant à quitter le boudoir, où Ferdinand demeurait atterré.

— Mais cependant. Madame, insista le jeune homme, est-il convenable que ce soit vous qui alliez...?

— t Vos réflexions sont tardives et inutiles, Monsieur. Je ne regrette pas entièrement ce qui vient d’arriver ici, car maintenant, au moins, je suis à môme de vous apprécier.

Et madame de Villerey sortit.

— Au fait, pensa Ferdinand lorsqu’il fut seul, j’aime encore mieux que ce soit elle qui aille s’entendre avec M. de Puyrassieux. C’est un brutal, et les choses ne se seraient point passées tranquillement entre nous... Oui, bien décidément, je préfère que cela se soit arrangé ainsi.

Et, s’enfonçant dans une causeuse, il attendit le retour de la comtesse.

La vivacité avec laquelle avaient été prononcées les dernières paroles échangées entre Ferdinand de Meillery et madame de Villerey, les avait empêchés l’un et l’autre d’entendre ce qui se passait dans le salon de jeu voisin du petit boudoir. Nous allons rapidement esquisser cette scène, qui se passa en moins de temps qu’il n’en faudra pour la raconter.

Au moment môme où, encouragé par le cercle indiscret de ses amis, grands affamés de scandale, comme on l’a vu, M. le comte de Puyrassieux allait donner la publicité d’une lecture à la lettre qu’il s’était assez indélicatement appropriée, M.de Villerey, qu’on avait à peine

entrevu dans ses salons, entra soudainement dans le salon de jeu; sa présence causa une stupéfaction générale, qui fut suivie d’un silence plein d’embarras. M. de Puyrassieux seul conserva son sang-froid ; il pliait fort tranquillement sa lettre, qu’il avait ouverte entre les mains, et il allait la remettre dans sa poche, avec un geste fort naturel, lorsque le comte de Yillerey s’approcha de lui tranquillement, mais non sans avoir une attitude pleine d’une impérieuse et solennelle gravité, et sans dire un mot, désignant d’une main la lettre que tenait M. de Puyrassieux, M. de Villerey tendait l’autre main pour la recevoir.

Le jeune comte n’eut point un instant d’hésitation. Il s’inclina respectueusement devant M. de Villerey, et lui remit la lettre.

— Monsieur de Puyrassieux, dit le vieillard d’une voix câline, madame la comtesse de Puyrassieux vous attend pour partir. De graves événements, aussi imprévus que douloureux, m’obligent à fermer mon salon plus tôt que de coutume ; le malheur est tombé au milieu de ma fête. Messieurs. Et c’est au moment où j’en apprenais la nouvelle, que quelques-uns de mes conviés, des gens à qui j’avais tendu la main lorsqu’ils entraient chez moi, s’étaient isolés dans un coin de ma maison et s’apprêtaient à faire de mon nom la cible de leurs railleries. J’ai entendu votre conversation. Messieurs, ne vous défendez point, et à une faute à laquelle vous étiez prêts à participer, n’ajoutez point un démenti hypocrite et inutile. Je suis heureux encore d’avoir pu arriver à temps pour vous épargner les regrets qui auraient suivi, j’ose l’espé-

rer pour votre honneur, l’acte de lèse-hospitalité que vous vous apprêtiez à commettre. Je n’ajouterai plus rien, Messieurs, sinon que j’oublie tout. Cette lettre, dit M. de Villerey en fixant M. de Puyrassieux, cette lettre n’a pas été perdue, vous ne l’avez pas trouvée, et vous me jurez votre parole d’honneur que vous ignorez ce qu’elle contient; de même que ces Messieurs me jurent aussi sur leur honneur qu’ils veulent ignorer tout ce qui a rapport à cette lettre, le nom de celui qui l’écrivait, le nom de celle à qui elle était adressée?

Tous les jeunes gens firent un signe de tête affirmatif.

— Et maintenant. Messieurs, ajouta le comte de Yillerey, je vous le répète, un grand malheur est survenu dans ma maison : dans quelques jours je recevrai vos compliments de condoléance.

Tous les jeunes gens passèrent en s’inclinant devant M. de Villerey et regagnèrent les salons, qu’ils trouvèrent en effet presque complètement déserts.

— Qu’est-ce que tout cela veut dire, Messieurs? fit M. de Puyrassieux à ses amis.

— Nous allons sans doute apprendre quelle est cette nouvelle sinistre qui est venue si subitement éteindre les lustres de la fête, dit M. de Vérigny. Si le malheur dont parle M. de Villerey est tombé comme un coup de tonnerre, cela a dû faire du bruit, et. nous saurons bientôt...

Et comme M. de Vérigny jetait, en traversant un des salons, un regard dans la glace pour arranger un peu la symétrie de sa coiffure, il aperçut se réfléchissant dans cette glace une image de femme qui se tenait assise dans

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un coin obscur de la pièce, dans une attitude pleine d’inquiétude et de désolation.

M. de Vérigny ne put s’empêcher de jeter un cri de surprise. A ce cri, la personne dont la présence avait été trahie par la glace leva un instant la tête et lit un geste d’étonnement.

M. de Vérigny allait s’approcher d’elle, quand la jeune femme mit son doigt sur sa bouche, et, d’une main qu elle étendit vers la porte, elle pantomima expressivement et avec autorité le mot : Sortez !

M. de Vérigny, en rejoignant ses amis dans l’antichambre, s’empressa de leur dire :

— Savez-vous qui je viens de voir assise dans le salon de M. de Villerey? mademoiselle Stella elle-même.

— Impossible! dirent les jeunes gens, impossible!

— Vous n’avez qu’à rentrer dans le salon voisin, sous prétexte de refaire le noeud de votre cravate ; regardez un moment dans la glace, vous verrez ce que vous verrez.

L’un des jeunes gens allait suivre le conseil de M. de Vérigny, quand un domestique vint fermer la porte indiquée par M. de Vérigny, tandis que Philippe, le valet de chambre de M. de Villerey, s’approcha des jeunes gens en disant :

— Voici les manteaux de ces Messieurs.

— Décidément on nous met à la porte, Messieurs, dit M. de Vérigny; il faut en prendre notre parti.

— La Stella ici ! disaient les autres jeunes gens en se drapant dans leurs manteaux, c’est incroyable. Venezvous, de Vérigny?

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— Je vous suis, Messieurs, répondit celui-ci, qui n’était point désireux que ses amis entendissent la conversation qu’il avait avec un jeune homme qui était brusquement apparu devant lui comme s’il sortait du mur.

— Ah çà, mon cher monsieur Laurent, disait M. de Yérigny au jeune homme, qui n’était autre que le journaliste dont nous avons déjà parlé dans le commencement de cette histoire, comment diable êtes-vous ici? d’où sortez-vous? Seriez-vous donc un personnage du mystère fantastique qui se joue dans cette maison depuis une heure ?

— Monsieur de Vérigny, répondit Laurent, je n’ai pas le droit de vous répondre à ce sujet.

— À votre aise, mon cher publiciste, à votre aise, lit M. de Vérigny. Je comprends votre discrétion. Vous désirez garder [tour votre Courrier de Paris la primeur d'un scandale, c’est trop juste. A propos, quand pourrai-je vous voir? J’ai à faire certaine brochure sur une question d’actualité. Je puis compter sur votre concours habituel, dans les conditions ordinaires?

— Ne comptez plus sur ma collaboration, Monsieur, répondit Laurent. J’ai renoncé aux marchés que vous me proposiez par vanité, et que j’acceptais par nécessité. Je suis décidé à renoncer à ce genre de commerce.

— Comme il vous plaira, Monsieur, fit M. de Vérigny. Il y a dans Paris dix mille greniers où je trouverai des gens pour vous remplacer.

Laurent ne répondit point, et rentra dans le salon où M. de Vérigny avait rencontré Stella dans cette maison depuis une heure.

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— Tiens, dit-il, seraient-ils venus ensemble ? Le mystère s’obscurcit de plus en plus. Enfin, il fera joui’ demain.

Et il rejoignit ses amis, qui l’attendaient dans le grand vestibule qui se trouvait au bas de l’escalier.

Laurent avait en effet rejoint Stella dans le salon où celle-ci avait été aperçue par M. de Yérigny.

— Eh bien 1 ma chère, lui dit-il, avez-vous vu M. de Villerey?

— Un instant seulement ; il m’a fait prier d’attendre un moment, et m’a également chargée de vous dire d’attendre aussi. Nous devons, à ce que j’ai compris, tous partir ensemble chez M. Tristan.

— Mais il ne faudrait pas tarder, dit Laurent; où donc est M. de Villerey ?

— Il est avec la comtesse, à ce que je suppose, dit Stella, car tout à l’heure, m’étant avancée dans le grand salon, j’ai cru entendre leurs voix dans une pièce voisine.

— Mais comment donc le comte a-t-il su que la lettre qu’il nous adressait à été soustraite par sa femme ?

— Il m’a expliqué cela très-brièvement : c’est un domestique très-dévoué qui, je ne sais comment, a appris qu’il avait été joué par madame de Villerey; il raconta le fait au comte, qui allait chercher sa femme pour avoir une explication avec elle, quand la lettre de Tristan est arrivée. Voilà tout ce que je sais.

— Et cette explication?

— Elle a lieu en ce moment, et tout à lTieure nous en saurons le résultat. Attendons.

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— Dieu veuille que ce résultat soit heureux ! dit Laurent. Attendons.

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