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MARGARF.TH.
enfants à la charité publique ! Oh ! je suis sûre que vous ne pensez pas ce que vous dites, monsieur Frantz, et qua ma place vous feriez comme moi ; ou bien, si ce que vous m’avez dit est votre pensée, tant pis, car vous ne savez pas ce que c’est que la reconnaissance, et qu’il n’y a pire défaut que l’ingratitude. Mais, tenez, ne parlons plus de cela. Je suis libre de nourrir les enfants de mon maître, comme vous l’êtes de laisser mendier ceux de votre pauvre sœur!...
— Dame Marthe, je suis pauvre, très-pauvre, répondit Frantz, en ayant néanmoins l’effronterie de se verser un doigt de kirsch dans un gobelet d’argent.
— Décidément laissons cela, et venons au sujet qui m’amène, dit Marthe.
— Ah! oui, au fait; qu’est-ce qui vous amène? dit Frantz en soufflant sa chandelle dès qu’il s’aperçut que la voisine avait la sienne allumée.
— C’est un petit service que je viens vous demander.
— Ah ! ah ! et l'avare Frantz fit une grimace.
— Comme tout le monde sait que, sans être riche, vous avez quelques vieux florins...
— Ah ! tout le monde dit cela ? continua Frantz, ravi de ce qu’on lui savait de l’or, et ne voulant pourtant pas l’avouer, dans la crainte qu’on lui en demandât. Eh bien , tout le monde se trompe, ma pauvre dame ; je n’ai pas un kreutzer.
— Alors, j’ai du malheur, dit la vieille femme... et vous aussi, par contre-coup.
— Comment, et moi aussi! Que voulez-vous
dire?
MARGARETH. 161
— Que vous manquez probablement une bonne affaire.
— Peste ! pensa Frantz, où veut-elle en venir?
Alors il radoucit un peu sa voix, et avec un mielleux
sourire il reprit :
— Cependant, pour vous obliger, voisine, il y aurait peut-être moyen de trouver quelque argent d’ici à demain.
— Demain serait trop tard; c’est ce soir... ou bien j’irai chez M. Bernardus, l’orfévre.
— C’est donc un objet de valeur? pensa Frantz. . . Non, je ne manquerai pas une bonne occasion.
— Mais, dame Marthe , si je voyais l’objet, peut-être dès ce soir pourrions-nous nous arranger. C’est un objet que vous voulez vendre ?
— Oui, dit la vieille, mais argent comptant, et avec des conditions. Si vous voulez descendre chez moi, je vous le ferai voir.
— Je vous suis.
Et le père Frantz endossa une houppelande dont l’usure attestait de longs services. Cette précaution, prise pour ne pas gagner un rhume Chez sa voisine, où il savait qu’on ne faisait point de feu une fois les enfants couchés, il descendit après avoir recouvert son foyer pour qu’il ne brûlât pas pendant son absence.
Nous avons dit au commencement de cette histoire que Margareth, l’aînée des deux enfants , n’avait pas quitté des yeux, pendant toute la soirée, le paquet posé sur l’armoire ; comme elle soupçonnait qu’il renfermait les jouets qu’on devait lui donner le lendemain, et qu’elle