SCÈNE V
Un champ de bataille. — A gauche, un moulin sur la hauteur, occupé par l'ennemi. — Au fond, mêlée furieuse à travers les blés. — Un petit bois sur la droite. — Les dragons bleus sortent du bois, en rampant, un mousqueton à la main.
LE MAJOR
Halte! à plat ventre, dragons.
L'AMOUR-TROMPETTE. Jll
CORNE-DE-BOEUF
Voilà une position qui doit joliment fatiguer le major.
COEUR-AU-VENTRE
Je trouve qu'il fait chaud ici.
CORNE-DE-BQEUF.
Défais un bouton, parbleu !
l'adjudant.
Silence, dragons.
l'aide de camp, arrivant du fond.
Le major, vite, le major 1
le major, cherchant à se relever.
Voilà ! Avancez à l'ordre.
l'aide de camp, le chapeau à la main.
Vous avez devant vous le quartier général de l'ennemi, monsieur ; le jeune prince, la femme du maréchal, la cassette royale, tout est là. 11 faut qu'en six
112 I/AMOl'R-TROMPETTE.
minutes le moulin soit pris. Adieu , monsieur. (Une balle le frappe.) Vive le roi ! (// meurt.)
LE MAJOR
Adjudant, mon bon ami, faites sonner la charge.
l'adjudant.
Pas de trompette; trompette en prison, major.
LE MAJOR
Nous ne pouvons pas prendre cependant un quartier général sans trompette ; ce n'est point dans les règles. Ceci est grave, très-grave.
VENTERBICH.
Ah ! tarteifle !
CORNE-DE-BOETF.
Major, Venterbich a une idée.
VENTERBICH.
Che afre un drombette. (// sort an clairon de son haut-de-chausses.)
LE MAJOR
Bravo ! En avant les dragons bleus! Venterbicli, sonne la charge.
VENTEKBICH.
Ah ! tarteifle !
LE MAJOR
Quoi encore ?
VENTEKBICH.
Che safre bas chouer.
LE MAJOR
Pourquoi diable as-tu un clairon dans ta poche, alors? Morbleu ! la position n'est plus tenable ; l'ennemi nous envoie des prunes à pleins paniers.
corne-de-boeuf, tournant sur lui-même.
Ouf! (// meurt.)
LE MAJOR
Ventre-saint-gris ! Dragons, qui sait jouer du clairon
ici ? Personne ! Eh bien ! c'est moi qui m'en charge ; suivez-moi. [Il embouche V instrument et joue de toutes ses forces.)