SCÈNE IV
Sur la lisière d'un fourré bien épais. — Entrent les deux amoureux. — Chaperon-Rouge , cachée derrière un buisson, les regarde venir.
LUI
Vous êtes fatiguée, Marie ; appuyez-vous sur mon bras.
ELLE
Non, j'aime mieux m'asseoir; voilà une éclaircie; le soleil a séché les herbes; arrêtons- nous ici un moment.
CHAPERON- ROUGE, cachée.
C'est drôle : les femmes ont toujours l'initiative cri amour.
LUI
Voulez-vous que j'ouvre votre ombrelle et que je la tienne sur votre tète.
CHAPERON-ROUGE, Cachée.
Nigaud ! comme si ses mains le gênaient.
ELLE
Non; merci, les branches de ce mélèze me garantissent assez. *
LUI
N'est-ce pas qu'il fait bon ici, Marie, loin du bruit, loin du monde? De l'ombre, du silence et notre amour.
CDAPERON-r.ouGE, cachée.
Bravo ! je le vois venir.
elle, appuyant sa tète sur V épaule de lui. Cui! mais j'ai peur; voyez! je tremble malgré moi;
je ne sais ce que j'éprouve ; le moindre souffle m'émeut, le moindre bruit me fait tressaillir. — Oh! j'ai peur!
LUI
Rassurez- vous, mon cher trésor. — Que craignezvous, et pourquoi trembler? — Voulez-vous vous rapprocher de la ferme ou rentrer chez votre mère?
chaperon-rouge , cachée.
imbécile, va! Gomme cela sent ses dix-huit ans.
ELLE
Oh! non. Je suis trop bien près de vous. (Un moment de silence.)
chaperon-rouge, agacée.
Vous verrez qu'ils ne se diront rien.
elle.
Ah! mon pauvre cher, pourquoi vous ai-je connu? (Bruit de baisers.)
CUAPERON-ROUGE.
Enfin on se décide; (Sortant de sa cachette.) C'est
DU CllAl'EKON-llULGE
égal, montrons-nous, et donnons-leur quelques conseils.
LES DEUX AMOUREUX, à la fois.
Ciel ! ou Grand Dieu !
Là, là! ne vous effrayez pas; je suis Chaperon- Rouge, un enfant comme vous, et, de plus, la patronne des amoureux. Embrassez-vous; cela me réjouit le cœur, et chacun de vos baisers me chatouille agréablement les lèvres. Encore! encore!
lui, s' interrompant.
Ah! mon pauvre Chaperon-Rouge, nous sommes bien à plaindre.
elle, ne s1 interrompant pas* Oh! oui, bien à plaindre.