‹ Le roman du Chaperon-RougeChapitre 53 sur 59 · LA ROMANCE DE FLEUR DE LA MORT · texte numérisé non relu

LA ROMANCE DE FLEUR DE LA MORT

Moitié jouant, moitié rêvant, Sous les cyprès et sous les saules, Elle va, livrant ses épaules Aux impertinences du vent.

Deux fleurs, les premières venues, Vous les coiffent; le plus souvent Ses petites jambes sont nues.

Elle porte, hiver comme été, Une robe noire en lustrine, Ouverte un peu sur la poitrine, Craquant un peu sur le côté.

Ainsi faite, elle se trémousse Comme une chèvre en liberté, Sur les tombes où l'herbe pousse.

En voilà assez; elle est endormie.

LE ROSSIGNOL

Savez - vous que c'est très - gentil ce que vous faites là!

LES ROSSIGNOLS

Ce n'est pas tout; nous sommes encore les gardiens de la maison , les sylphes bienfaisants de l'endroit. Par

le temps où nous sommes , on naît et l'on meurt a\ ec une telle simplicité , que la mort perd de jour en jour cette beauté d'apparat, mystérieuse et froide, qui imposait aux hommes. On place les cimetières aux portes de la ville , comme des maisons de campagne, dont ils ont l'aspect bourgeois et ratissé; l'homme s'enhardit de plus en plus vis-à-vis des choses saintes, qui lui deviennent familières, et la hideuse profanation promène ses pieds fangeux et ses doigts sales sur les tombes. Nous sommes ici pour mettre ordre à tout cela et chasser les importuns sacrilèges qui viennent troubler le sommeil de nos chers défunts. Nos chants sont lugubres, nos voix tristes; par ainsi nous rendons le séjour des cimetières impossible à ceux qui viennent pour s'y promener et prendre l'air des champs.

LE KOSSIGXOL.

Rossignols, mes frères, vous êtes de divins oiseaux et pour vous je me sens une vive vénération ; vous me donnez le dégoût de mon existence bohémienne et inutile à tous; je serais bien heureux de verser dans l'escarcelle d'or de la charité ces perles de mon gosier que j'ai gaspillées jusqu'à ce jour et semées à tous les vents.

LES ROSSIGNOLS

Eh bien! viens avec nous, Rossignol des bois, viens avec nous ; viens faire un noviciat d'une journée, tu ha-

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bitueras ta voix à des chansons tristes , ton cœur à la tendre pitié, ton œil à la vigilance. Tu vivras de notre vie, et quand tu auras vu l'efficacité de nos services, tu entreras, si tu t'en sens le courage, dans la corporation des Rossignols du cimetière; et, maintenant, attention! ton noviciat commence. Voici le soleil qui se lève, le vent qui tiédit ; c'est le jour. — Un lourd craquement se fait entendre sous les tombes; ce sont les morts qui se réveillent, par habitude, au jour levant. Il faut les rendormir : chantons, mes frères, chantons. Toi, prends garde, ami , pas de trille éclatant ni de roulades ; que ton gosier soit tout miel et velours.

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