LES AMOUREUX
L'adorable promenade, et quelles douces émotions elle nous procure. Il est bon qu'en amour la corde triste résonne quelquefois, et ce n'est pas un mal de mener de temps à autre sa belle passion par des sentiers mélancoliques.
LE ROSSIGNOL
Ah! les petits scélérats, c'est un raffinement d'amour qui les amène.
192 LES ROSSIGNOLS
les amoureux, s 'arrêtant devant une tombe.
Tiens ! voilà de jolies fleurs ; si nous en cueillions quelques-unes... Les belles roses! Personne ne nous voit...
LE ROSSIGNOL
Oh! fi donc. Voilà qui est mal; voler ces pauvres morts !
LES ROSSIGNOLS
Tais-toi, bavard, et laisse-nous faire. {Ils chantent.)
Quelquefois, sur la couche froide Où la mort le tient étendu, La face blême et le corps roide, Un défunt se dresse éperdu!
Avec des douleurs indicibles, Il sent, dans l'ombre du tombeau, Comme des ongles invisibles Arracher son cœur par lambeau.
Passant, passant, c'est toi qui causes Cette épouvantable douleur ; Quand aux morts on vole leurs roses, On arrache plus qu'une fleur.
LES AMOUREt \.
Nous avons fait une mauvaise action en volant ces fleurs... Il semble qu'elles aient des gouttes de sang à leurs tiges... Ces pauvres morts ! C'est une si bonne chose pour eux ces fleurs qui respirent le souvenir... Allons-nous-en vite, ils n'auraient qu'à vouloir se venger. [Exeunt.)
LES ROSSIGNOLS
Tu vois qu'il ne nous faut pas de grands efforts pour mettre les gens à la raison.
LE ROSSIGNOL
J'en suis émerveillé. (Bruits de voix et chansons an loin.) Ah ! mon Dieu! Qu'est-ce que cela?... Quelles sont ces affreuses gens aux manteaux noirs et courts, aux bottes boueuses ?... A qui en veulent-ils avec leurs cris et leur tapage ? Bon ! les voilà qui s'installent sur l'herbe à présent ; je crois même qu'ils vont déjeuner là ! Déjeuner dans un cimetière ! pouah ! c'est révoltant.