Les Confession», partie I, lir. V
S. Les Confessions, partie I, liv. VI.
306 Sl'K JEAN-JACQUF.S ROUSSEAU l; T M"" DE WAtiEXS
Un mur pour Tue, un culde-6ac pour rue, peu d'air, peu de jour, peu d'espace, des grillons, des rats, des planches pourries; toutcela ne faisait pas une plaisante habitation. Mais j'étais chez elle auprès d'elle ; sans cesse à mon bureau ou dans ta chambre, Je ne m'apercevais pas de la laideur de la mienne...
(Les Confeation», Part.l, Uv.V.)
— Vous regardez la maison de Rousseau ! C'est au premier qu'il était.. Papa dit toujours que c'est comme alors : qu'il y a beaucoup de rats...
C'est une une jeune fille qui m'interpelle ainsi, me voyant attentif à cette demeure d'oii elle sort, et qui est celle que le comte de Saint-Laurent louait à M"" de Warens avant qu'elle fût aux Charmettes,
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et pendant les intervalles qu'elle ne les habitait point*.
Je crois, dans cette solitude obscure où je pénètre, entendre bouger le silence d'un époque morte. C'est un bruit grêle et lointain, un sautillement précipité dénotes — épinette ou clavecin? Puis tout se tait. Cela reprend et, tout à coup, deux voix unies jaillissent, aiguës et limpides, retombent.
Eux? Pourquoi se taisent-ils? Ses doigts ont-ils quitté le clavier grinçant et se joignent-ils passionnément sur la nuque dorée de Maman? Que se passait-il par ce même après-midi d'alors, pai ce jour triste et blanc ?
... Une porte a battu. Est-ce Claude Ânet qui est entré et les trouve ainsi enlacés?... Je me l'imagine si bien, ce maigre laquais sartunien costumé de noir, sentencieux et discret, la voix pâle, aux gestes rares, qui mourut vieux à vingt-huit ans
1. Cette maison, peu connue des Chambériens, est située au fond, et à droite, du cul-de-sac dont parle Rousseau. Elle porte le numéro 44. On y accède soit par ledit cul-de-sac (seul passage autrefois) qui s'ouvre entre les numéros 40 et 54 de la place Saint Léger, dont elle fait partie, soit par un corridor qui prend rue des Arcardes. (Le mur auquel fait allusion Rousseau ayant été démoli. ) Une borne qui se trouve en face de la maison, dans la cour où aboutit le «U-de-sac, indique, p&ralt-il, l'empliiccmcul •Jo ce mur.
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pour avoir pris mal en allant cueillir du génipiK..
Je songe à cette fin prématurée, et elle m'inquiète, car je me souvins de cette nuit où la funèbre maison retentit des cris de la Warens affolée, parce qu'il avait tenté de se tuer en avalant du laudanum. Ce soir-là elle errait en chemise, agitée par une pénible scène qu'elle avait eue avec lui. « Elle trouva la fiole vide et devina ie reste^. » Elle criait à Jean-Jacques :
— Va voir, Petit... Va chercher Grossi... Je te dis que je deviens folle... Il va mourir... Ilmcurt! 0 mon Dieu 1... Du café ?... Il s'était enfermé à clef, ce soir, pour m'empêcher de l'aller trouver comme d'habitude... Je te dis qu'il est jaloux... jaloux sans raison... jaloux môme de toi... II s'était enfermé pour se tuer... Va vite doncl Va vite... GoursI...
Mais à cette heure , est-ce lui Claude Anet, au retour de quelque herborisation ? Il ne s'offusque plus de les surprendre ainsi, ayant dû se plier enfin aux exigences de sa bonne maîtresse. Elle n'eût
i. Claude Anet a été enterré & Saint-Léger (St-François de Balles, Chambéry), le 14 mars 1784. Il était né dans Je pays de Vaud, en 1706. Le génipi dont parle Rousseau doit être l'artemisia spicata ou le mutellina.