‹ Le roman du lièvreChapitre 35 sur 36 · SUR JEAN-JACQUBS ROUSSEAU ET M""* DB WARENS · texte numérisé non relu

SUR JEAN-JACQUBS ROUSSEAU ET M""* DB WARENS

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ie la revis. Dans quel état, mon Dieu I Quel avilissement I Etait-ce la même M°" de Warens jadis si brillante à qui le curé de Poniverre m'avait adressé 1 Je lui fis encore quelque légère part de ma bourse, bien moins que je n'aurais dû, bien moins que je n'aurais fait, si je n'eusse été parfaitement sûr qu'elle n'en profiterait pas d'un ■ou.

{Les Confessions, Part. I, Uv. VIII.)

Quelle qu'ait été la fin de M"* de Warens, j'estime que nul n'a le droit de la juger qui n'osa, comme elle, accepter la passion jusqu'àces limites.

Je me dis cela, en me promenant dans ce triste faubourg Nézin oii elle s'est éteinte à l'âge de

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soixante-trois ans'. Elle était, à cette époque, si misérable, qu'une servante âgée qui l'affectionnait travaillait au dehors pour la nourrir.

S'il est vrai qu'elle payât, vers la fin de sa vie, leurs caresses k des laquais, n'avait-elle point fait de môme à l'époque de sa splendeur ? N'était-elle pas la créancière de tous ceux dont elle embrassa prodiguement l'amour ? N'était-ce point, tant sa passion était belle encore, une aumône quand même qu'elle faisait à ces rustres? Pouvait-il en être autrement que ce fût-elle qui donnât qui toujours à tous s'était donnée tout entière ?

Je me souviens du jour où, voyageant en Suisse, cinq ans avant qu'elle mourût, elle fît une suprôuie charité à celui qui était alors Jean-Jacques Rousseau. Elle le vint voir à Grange-Canal, où il s'était

1. La maison ouest morte M"* de Warens porte les numéros 50 et 60 dudit faubourg.

Extrait du registre mortuaire de la paroisse de Saint-Pierre de Lémenc : « Le 30 juillet 1762, fut enterrée, dans le cimetière de « Lémenc, dame Louise-Françoise-Eléonore de la Tour, veuve du « seigneur de V/arens, née à Vevay, dans le canton de Berne, en « Suisse, qui mourut hier à dix heures du soir, comme une bonne « chrétienne, après avoir reçu les derniers sacrements, âgée de « soixante-trois ans. Elle avait abjuré la religion protestante « depuis environ trente-six ans, et avait depuis vécu dans la « nôtre. Elle termina sa carrière dans le faubourg Nesin, où. elle « réaidoit depuis huit ans dans la maison de M. Crépine; elle a « demeuré auparavant au Reclus, pendant environ quatre ans, « maison du marquis d'Arlinge; elle a, depuis son abjuration, « passé le rtsle de sa vie dans cette ville. — Signé Gaiuk, curé de X Lémenc. »

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