‹ Le roman du Renard: mis en vers d'après les textes originauxChapitre 16 sur 22 · LA NAISSANCE DU KENARD · texte numérisé non relu

LA NAISSANCE DU KENARD

— D'après Pierre de St-Gloud. —

Lorsqu'Adam eut mangé la pomme,

Dieu prit pitié du premier homme ;

Il lui fit présent d'uji bâton,

C'était du coudrier, dit-on,

Doué d'une force secrète :

Il suffit d'en frapper la mer Pour qu'un être nouveau naisse du flot amer,

Par la vertu de la baguette.

Adam se mit à battre l'eau :

Une brebis en sort qui portait un agneau.

Le bon homme de joie en pleure :

» Nous aurons de bon lait, du fromage, du beurre,

De la laine douce au menton,

Et bientôt gigots de mouton ;

Le ciel bénit notre demeure. *

Eve prit la chose en dédain !

» La belle merveille ! ou je meure !

L'affaire ira d*un autre train

Si j'y mets la main tout à Theure. «

Bref, la voUi fouettant la grande mer : soudain Du sein des flots un loup sauvage

Accourt, prend la brebis, l'emporte dans le bois. Et madame î)ve est aux abois I Adam en pâtit ; c'est l'usage.

Il n'était plus au Paradis :

• Ma brebis ! ma brebis I rendez-moi ma brebis !

Je n'aurai dooc personne iei pour me dé&odirê ! Pourquoi l'avcz-vous laissé prendre?

Elle me préférait déjà dans le logis ! «

Adam avait l'âme endurante ; Un autre. . . Sur la mer il joua du bâton :

Un chien naît, court au loup et sauve le mouton. Un chien fidèle et beau, gardien de la maison I

Belle dame, êtes-vous contente?

Eve eût peuplé de loups la plaine et la forêt

Avant de s'ayouer vaificue ;

Elle fit une autre bévue,

Puis une autre, et vingt fois ; Adam les réparait.

Mais le dépit d'Eve empirait

Après chaque découvenue.

• Ce vilain bâton est un sot 1 Où sommes-nous, grand Dieu! si l'homme se croit maître?

Il n'aura pas le dernier mot ! -

Elle tint bon et l'on vit naître Les divers animaux sous la main des époux.

Ceux que créait Adam, domestiques et doux, Beconnaissaient sa voix, dans sa main venaient paître; Mais ceux d'Eve, cruels, farouches, l'œil en sang.

Fuyaient au bois en menaçant.

£ve n'en tenait pas de rage !

Elle mit la verge en morceaux.

Et, pour dernier défi, la jeta sur les eaux.

Il manquait une espèce à la race sauvage :

Un long ricanement sur les vagues courut,

Et maître Eenard apparut 1

Il ne fuit pas ; il prit un air bénin et tendre. D'un Laudaie Beum leur prêta le bon jour, Puis convia le monde au fraternel amour !

Eve crut triompher, Adam s'y laissa prendre , Et la ruse ici bas règne depuis ce jour.

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