RUTEBEUF
Il vécut sous les règnes de St. Louis et de Pliilippele-Hardi , et composa Rcnart le Bestourné. il est le premier, dit Legrand-d'Aussy qui, avec Jean Bodel et Adam de la Halle surnommé le Bossu d'Arras, donna quelques formes plus régulières et quelqu'arrangement aux pièces de théâtre. Rutebeuf , dans le 3Iiracle de T/i éophile j oHre des personnages clairement désignés, des scènes distinctes, une action qui marche et qui amène un dénouement.
Il était fablier , poète et ménétrier , et mourut vers 1310. Il parait, par plusieurs endroits de ses poésies , qu'il vécut pauvre et misérable. Ses tableaux allégoriques montrent de l'esprit, de l'imagination , et l'on y trouve disjecti tiiembra poetœ. C'est de tous leS poètes français anciens celui qui gagne le plus à être extrait. Dans plusieurs pièces il tourna les croisades en ridicule avec beaucoup de hardiesse, suilout dans un jeu-parti : du croisé et du décroisé. Ce poème consiste en trente stances , chacune de huit vers , où les rimes sont croisées, et alternativement fémi-
iiines et masculines : excepté pourtant clans quatre de ces stances qui sont moins réjjulièrcs. C'est le poète qui parle dans les cinq premières strophes. Il y expose le sujet de la pièce. La voie du Paradis ^ par le môme, a aussi un caractère satirique. C'est une description générale des vices ou des péchés capitaux. On peut consulter sur ce poète le tome 16 de l'histoire littéraire de la France. Paris, 1824, pages 213,214, 215,222,223.225, 226. 234.
MARIE DE FRAl^CE.
On attribue le Couronnement du Renard à cet auteur qui le dédia à Guillaume comte de Flandre, ce qui fixe l'époque de sa composition vers le milieu du treizième siècle. Voici les motifs que donne M. Méon de cette opinion. Marie a dédié ses fables à un comte Guillaume, elle répète dans le couronnement les mêmes éloges de ce comte qu'elle désigne plus particulièrement en le qualifiant de comte de Flandre, et Joinville ne lappelle pas autrement, ([uoique Marguerite sa mère vécut encore.
Elle annonce sa mort tragique dans un touinoi. et ce f ait est rappoité par l'auteur du couronnement, vers 78 et suiv. Elle se nomme, il est vrai, à la troisième personne , \ers la linde la pièce quelle termine par annoncer les fables d'Esope , et ces fables suivent effectivement le couronnement dans le seul
manuscrit qui en existe à la bibliothèque du roi, et qui est du treizième siècle.
Il est remarquable qu'elle s'exprime aussi à la troisième personne dans le laide Gugemer. D'ailleurs Pierre de Saint-Cloud, Richard de Lison, et beaucoup d'autres en ont fait de même. Plusieurs anciens Trouvères ont suivi constamment cette méthode.
On a longuement discuté sur la patrie de Marie de France, la premierede son sexe, dit Roquefort, qui ait fait des vers français , ou la première du moins dont il nous en soit parvenu. Il est à regretter, continue-t-il , que dans aucun de ses nombreux ouvrages , elle ne nous ait presque rien appris sur sa vie.
Pour l'appréciation de son talent , et sur d'autres points qui concernent ce poète , nous renvoyons à la notice étendue qui précède les poésies de Marie de France , qu'a données M. de Roquefort en 1832 , en 2 vol. in-S". On peut encore voir Robert, dans ses fables inédites , t. 1 , p. CLII et suiv.
Nous mettrons fin ici à notre travail analytique qui ne paraîtra pas sans intérêt quand on songera que tant de poètes ont , pendant deux ou trois siècles, traité le sujet du Renard , et ont amusé par leurs récits enjoués, par leurs bouffonneries satiriques, les belles et les grands , les demoiselles et les chevaliers , qui faisaient l'ornement des cours féodales et des châteaux.