‹ Le roman en France pendant le XIXe siècleChapitre 21 sur 93 · CONTEMPORAINS · texte numérisé non relu

CONTEMPORAINS

accuse d'avoir condatnni^ l'homme aux misères d'une exîsloncc fausse el convenlionnelle.

A l'exemple de son mattre, il donna à ses méditaiions (léclamaloirGS l'entourage grandiose des valtées alpestres, parcourant le Valais, y promenant ses Irislesses vagues, le dôsenchaniemonl chimérique de son cœur. Obermann est plutôt l'œuvre d'un moraliste qu'un roman, mais i) marque trop bien la conlinualion de l'évolution donl Chalcaubriand a donné le signal, pour qu'on puisse se dispenser de le citer ici.

]1 y avait encore les survivants du siècle précédent, M"' Coilin et M""" de Souza qui, la première dans Malvina, la seconde dans Adèle de Sénange, etc., répondaient aux a sensibilités » éveillées chez le lecteur français. Ixurs ceuvres, â la t'ois attendrissantes et un peu monolones, mirent de plus en plus à la mode la langueur et la mélancolie. Il faut citer aussi M"" Gaj, auteur de Laure d'Estelle (1802), de Uoiiie de Monlbreuse [1813), d'^ mlote (1815), toutes fictions fortement imprégnées de personnalisme et se rattachant à l'école individualiste (1).

La compassion inaugurée dans le roman par J.-J. Rousseau, avec cette nuance de révolte contre les injustices du sort ou les hasard malheureux de la naissance, trouvait encore son compte dans Ouiika de M"" de Duras, Valérie

(1) Ce - ipersonnalisme x se marque même dans ce détail, purement ejHérieur mais symplomaiique, que presque tous les romans de celte époque portent un prénom ou un nom de famille comme litre.

ET IMITATEURS 6t

de JA"' de Krûdner, et, plus lard, dans CAloys du marquis de Gustine et dans le Mutilé de Sainline. Ces héros et ces héroÏDes apitoyaient le lecteur sur des souffrances dont la source était, régulièrement, quelque infirinilé ou quelque bizarrerie naturelle.

M"' de Duras et M"' de Krûdner méritent une mention spéciale. La premifire, dont le salon se plaisait à réunir les grands esprits à la mode, avait mis cette faveur à profil. Elle possédait une imagination riche. Mal^é cela, dans Edouard, qui suivit Ounka, elle n'eut garde d'abandonner une voie qui lui avait bien réussi. Ourika était l'histoire d'une jeune Sénégalienne,élevéeparfaiiement,jolie,aimable, faite pour plaire, mais malheureuse, rebutée, réduite de désespoir à se jeter au couvent, pour un motif qui fit pleurer toute la France : sa t couleur s la rendait indigne d'être aimée !

Dans Edouard, ce n'est plus le cas fortuit de-la nationalité qui met obstacle au triomphe de l'amour passionné : c'est celui d'une naissance plébéienne. Edouard s'est épris de la duchesse de Nevers dont il a réussi à loucher le cœur. Viciiraes des idées du temps, leur union est impossible. Ne semble-t-il pas que l'on enlende Rousseau suggérer à M™ de Duras les données « à portée sociale » de ces récils ?

M"" de Krûdner, d'abord livrée aux joies du monde, ayant savouré l'ivresse des succès et « les victoires de la Beauté >, s'était tournée vers le mysticisme. ï'a/Me, œuvre exaltée par excellence, se ressent de celle nouvelle maniftre, non exempte de fatigue : la mélancolie de René avait encore

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