‹ Le roman en France pendant le XIXe siècleChapitre 20 sur 93 · ET IMITATEURS · texte numérisé non relu

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ces deux cœurs si ma) assortis. liés indissolublement par une chaîne solide, amëre dérision d'une chaîne d'amour. Comme il arrive infailliblement dans ces unions misérables, plus l'un témoigne ouvertement sa fatigue, plus l'autre redouble de tendresse importune. A mesure que l'une des parties cherche davantage à resserrer le lien, à consolider la passion en ruines,chez l'autre se manifestent une froideur grandissante, des injustices de plus en plus blessantes, une exaspération éperdue.

René souffrait de l'impossibilité d'un amour criminel : Adolphe est tenaillé par les réalités d'un amour, coupable à la vérité, mais dont, humainement, il semble qu'il eût pu espérer le bonheur. Quelque douloureuse que soit la lutte de ces deux cœurs, celui d'Adolphe et celui d'Ellénore, ne combattent-ils pas pour le même égoïsme ? L'un, qui veut l'indépendance après la satiété, nous émeul moins: mais saurions-nous oublier que la femme, abandonnant ses enfants, bravant les mépris du monde, se résignant à rougir devant sa conscience, est peu digne de pitié? L'âge même de l'amante, qui devait la préserver des affolements et la mettre en gardecontre le cœur précocement flétri d'Adolphe, nous refroidit et arrête l'élan de notre compassion qui, détournée du blasé, eut pu aller â l'incomprise.

Ainsi, dans ce' livre navrant, sans rayon de soleil ni sourire des êtres ou dos choses, l'analyse est devenue sèche, uniquement aiguë : l'idéal n'est plus perceptible. On n'y relève que de l'observation cruelle, inexorable, telle que le roman psycboioiçîque en réclamera trop souvent.

Aussi ce dernier tient-il Benjamin Constant pour un de ses

précurseurs.

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Assurément, est-ce quelque chose que de favoriser la naissance d'un genre aussi vaste que celui du roman psychologique. Mais, après les beaux soupirs de René, c'était, en vérité, tomber bien vite au mode froid et desséchant que Stendhal développera. Au demeurant, il ne faut abuser de rien, pas même de la psychologie, et je crains bien qa'Adotphe, avec ce qu'il y a dans cet ouvrage de trop raffiné et de trop subtil, de trop étalé dans l'analyse ou la métaphysique, n'ait fâcheusement encouragé certainsvices mîgnans de nos psychologues

Adolphe marque très nettement dans l'école individualiste. La personnalité y est même poussée au comble : elle devient • typique > et tombe dans < l'égotisme >.

Il n'y faut point voir, comme dans Atata, l'œuvre enthousiaste répondant à l'aurore d'une société qui renaît et rejette les faux semblants pour les sentiments naturels : c'est bien plutAt le produit synthétique d'une société avancée et factice, le résultat décevant et amer de ses dissections et de ses raffinements. Adolphe incarne parfaitement l'état d'âme de l'homme qui, ayant tout scruté, 'n'a plus ni illusion, ni idéal, ni le gottt d'aucune de ces saintes folies qui t'ont les héros.

Ce type reproduit, par bien des c&tés, celui de Benjamia Constant lui-môme. Nous savons avec quelle impatience i) porta le poids de sa liaison avec M"' de Staël : ce récit lui servit à verser ses épanchements et ses confessions. Né dans la Suisse française, presque Allemand, élégant et délié, il avait une nature étrangement compliquée. Son esprit aiguisé, blasé, aride, tourné dès l'enfance vers le sarcasme.

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et hanté du besoin de tout flétrir de son ironie insaisissable, saisit a merveille ce caractère d'Adolphe. Il le peignit avec l'an d'un grand prolraiijsie à la plume : encore cette plume nelle, tranchante, habile et pénélranle fait-elle souvent penser à un bistouri. Ce style froid excelle à noter les infiniment petits de la sensation, les palpitations fugitives qu'il arrête au passage. Son analyse, enlin, est d'une justesse extrême bien que trop niinnlieuse. Le malaise que l'on éprouve, à la lecture de celte étude du vide et de l'amertume qui sont au fond de la passion, est un des plus sûrs garants que le scalpel du psychologue a rencontré le vif de la plate. El cela suffit k faire du livre une œuvre supérieure.

Avant de passer en revue deux ou trois romanciers donl la personnalité se dresse indépendante du groupe lyrique formé dans les commencements du siècle, jelons un coup d'œil rapide sur les contemporains et les imitateurs des grands écrivains dont nous nous sommes occupés jusqu'à

Le roman, sous la triple influence de Rousseau, de Chateaubriand et de M"" de Staël, est surtout senlimental. Les teintes de René et de Oelphhie nuancent visiblement l'ObermaiiH de Sénancourl, Etienne Pivert de Sènancourt avait eu, comme Chateaubriand, une enfance dure, une jeunesse monolone et rêveuse : comme l'auteur d'Afala, il prêche le retour à h nature primitive. Il est bien plus encore élève de Jean-Jacques, dont il épouse la haine contre les prétendus pi ogres de la civilisation, progrès qu'il

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