‹ Le roman en France pendant le XIXe siècleChapitre 3 sur 93 · PARTIE · texte numérisé non relu

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LES ORIGINES IMMEDIATES DO ROUAN FRANÇAIS AU Xn* SIËGLE.

Ces soixante dernières années auront vu l'extraordinaire fortune du roman. Tenu en médiocre estime par le siècle précédent, il s'était longtemps réfugié dans la satire pélillanie de Candide et des Leilres persanes ou dans les lissus d'aventures qui composent les fictions de Lesage et de ses émules. On le considérait comme un genre bâtard, frivole, amuseur, tout à fait inférieur à ceux que l'on appelait les genres nobles. Le seul but des écrivains qui condescendaient alors à écrire des conles légers, en marge de leurs œuvres philosophiques, était d'amuser lelecleur, de bercer l'ennui de la bonne compagnie lasse de tout el malade de bel esprit. Comme, d'autre part, le roman s'adaple à la facilité des mœurs et devient la ressource des auteurs besoigneux qui exploitent les vices d'une société de décadence, la plaie des récils polissons, grivois, pornogra-

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phiques gangrena tout. La déconsidération justement attachée aux noms de ces spéculateurs sans vergogne rejaillit sur le roman lui-même.

Au xis* siècle, tout change. Lesœuvresde Chateaubriand -et dt Madame^, Staël ouvrent l'ère nouvelle et continuent là révolution opérée- ■par J.-J. Rousseau et Bernardin de

-, ^9itïtîIÇercë;|Le -rotean';prend rang dans la littérature.

'lia Ilëvolùtioh'françaFsé''ne s'est pas bornée à bouleverser l'ordre politique et la société jusqu'en leurs profondeurs. Son contre-coup sur le mouvement littéraire fut décisif. Désormais la distinction entre les genres nobtes et les genres inférieurs est abolie. Avec le renouveau de l'individualisme et de l'originalité personnelle, l'étoile des genres dramatique et oratoire, — les plu.* impersonnels de tous les genres — pâlit. Leur succès n'avait grandi, d'ailleurs, que SOU.S l'influence du classicisme qui avait bridé la spottia* néité. La tragédie el la poésie didactique subissent une éclipse, landis que les genres démocratiques, le roman surtout, montent au zénith, envahissent toutes les voies ouvertes à l'intelligence humaine et vont chercher des lecteurs là où nul auparavant ne se fût avisé qu'on en pAl rencontrer. « Par l'imprévu de ses combinaisons infinies, dit M. Bmnetière, par la variété des formes qu'il peut ppesq n'indiffère m ment revêtir, par la liberté de son allure et l'universalité de sa langue, le roman convient particulièrement aux sociétés démocratiques. » Il prend toutes les apparences et véhicule toutes les idées. II égale parfois la poésie par sa grandeur morale et descend de même aux pires grossièretés.

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