‹ Le roman en France pendant le XIXe siècleChapitre 4 sur 93 · DU ROMAN KBAMÇAIS AU XIX' SIECLE · texte numérisé non relu

DU ROMAN KBAMÇAIS AU XIX' SIECLE

Par une conséquence de l'inslrucliôii généralisée, lout le monde, au xis« siècle, lira, el, puisque rien n'endorllcs heures de tristesse et de lassitude ou ne s'apparie à la sérénité des heures de joie comme les capricieuses fantaisies du roman, lout le monde lira des romans.

Jadis liqueur fine distillée pour quelques palais raffinés, le genre s'adressera désormais à tous. Il sei'a tour à tour lyrique el senllmenlal, romantique, réaliste, naturaliste, psychologique, voire symboliste et décadent.;. Dans un autre ordre d'idées, nous verrons naître le roman mondain et le roman populaire, le roman hisloriqtie el le roman de cape el d'êpée,}e roman ecclésiaslique el le roman mililaire, le roman socialiste et le roman bourgeois, le roman de voyages et le roman scienUfique, les romans rustique, mystique, etc. . . tous dérivant des grands genres : le roman psychologique, le roman des mœurs et le roman d'aventures.

Parmi leurs auteurs nous rencontrerons les plus retentissantes de nos gloires littéraires. On cite les poètes qui ne furent pas en même temps romanciers. Les critiques. Saint- Beuve en tële et M. Anatole France en queue, ont presque tous écrit des nouvelles, et ce n'est pas une des moindres originalités de M. F. Brunelière qu'on puisse dii'e, de lui, qu'il ne traça jamais une ligne qui ne fut un ji^;ement...

• Quelle lisle que celle où brillent des noms comme ceux de E. About, Balzac, Barbey d'Aurevilly, Bonrget, Chateaubriand, B. Constant, A. Daudet, Dumas, 0. Feuillet, Flaubert, Th. Gautier, les Concourt, Hugo, Lamartine, P. Loti, Maupassant, Mérimée, Musset, G. Sand, M"* de Staël, Stendhal, Vigny, Zola, et tant d'autres !

8 LES ORIGINES IMUI^DIATKîi

On peul souteiiii' qu'aujourd'hui, cl surtout de))uis révolution du romantisme, ie roman est de tous les genres littéraires celui qui rellèle le mieux les mœurs et les idées sociales qui lui sont conlemporaineà. C'est là la première caractéristique du roman français en notre siècle, S'inspiranl de ces idées et de ces mœurs, le romancier li's condense en divers tableaux nuancés à l'infmi, il prend parti dans les querelles des idées et des goùls, tantôt prétendant les diriger à son gré, lantOl leur obéissant et les flattant. Mais, quelles que soient ses prétentions, le roman se préoccupe seulement de plaire. Dès lors, dans un genre jadis strictement resserré parmi certaines règles étroites, circulent la liberté absolue, la fantaisie la plus capricieuse et l'anarchie. Toutefois, l'imagination et la sensibilité, ces qualités dominantes du premier des romanciers de ce siècle. Chateaubriand, vont rester longtemps les seuls guides de ses successeurs. L'intensité de la vie, l'originalité et la variété s'uniront chez eux i\ la confusion et à l'intempérance. Ils seront presque tous des passionnés, ceux môme qui revendiqueront l'impassibilité.

On verra la fiction, non contente de faire la peinture des ma'urs et l'analyse des passions, agiter les questions sociales les plus délicates, étaler toutes les prétentions psychologiques et philosophiques.

Voulant suivre l'évolution qui va nous occuper, en ses phases si tranchées et si diverses, nous lâcheroft.s d'cspiiqucr comment tel effet naquit de telle cause, comment tel écrivain s'inspira de tel autre, marquant l'action des genres sur les genres et des œuvres sur les œuvres. Nous ne pourrons oublier le lien qui enchaîne les diverses écoles,

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les circonstances de temps et de milieu qui les virent se développer, favorisèrent ou entravèrent leur épanouis- , sèment et Hnalement entraînèrent leur disparition au profil d'une école différente.

Il nous faudra pour cela revenir aux origines du XIX* siècle litlÉraire et résumer ses grands caraclères, car le roman fut emporté dans une évolution universelle plutôt qu'il n'en subtt une limitée à lui-même. En indiquant les notes qui personnalisent la littérature de ce sîôcle et la différencient des écrits du siècle précédent, nous devrions parler des vieux auteurs. Mais les origines d'un genre, lorsqu'il a atteint le degré de développement et de variélé où en est actuellement le roman, seraient étrangement multiples si Ton voulait rechercher jusqu'aux plus lointaines. Au sur-. plus, tel n'est pas le cadre de noire élude. Nous ne, pouvons ignorer, sans douie, le grand travail que les siècles passés ont inconsciemment fait pour créer le roman. Sans môme nous arrêter aux contes et nouvelles en vers, aux fabliaux qui ont si largement alimenté le génie français, en ne prenant que les œuvres en prose, les ancêtres de notre roman sont nombreux aux xm', xiv" et xv siècles. La Chronique en prosede l'Archevêque Turpin, tout d'abord, est un véritable récit de cape et d'épée, comme ceux dont notre époque fut si friande. Toute la suite des Amadh est une série de romans d'aventures dans le sens même que l'on donne aujourd'Imi à ces mots. Vrais romans encore que ces l^endes naïves et mystiques ; la Colleclion des miracles de Notre-Dame, la Légende de Saint Grégoire, etc.,. Vraies nouvelles que les Castoiements, les Enseignements du Sire de la Tour-Landry, la Discipline de Clergie, etc.

10 LES ORIGINES IMMËDIATES

1^ roman senlimeiital cl romanesque, qui va prendre tant de développemanl au début da siècle, devrait luimême reconnaître parmi ses ancêtres Aucassin et Nicolette, la Comtesse de Ponlh'teu,, le Roi Flore et ta Belle Jehanne, Griselidis, Amis et Amille etc.

Un autre genre, fort à la mode aujourjl'hui, le roman librement imité de l'étranger, ne pourrait-il se réclamer des Amours de Trotlus et BriséUla que le sire de Beauvâu composa d'après le poÈrae // Filostrato de Boccace ?

Il n'est pas jusqu'aux contes licencieun qui doivent renoncer à toute prétention de nouveauté, puisque le xv« siècle nous a légué les Cent nouvelles nouvelles du sire Antoine de la Salle. Enfin, au moment de signaler rintrodiiclion dans le roman, de la personnalité sentimentale, nous pourrions citer V Histoire et plaisante chronique du Petit Jehan de Saintré, par ce môme La Salle duquel on altribue aussi les « Quinze joies de mariage « .

Mais ces origines lointaines nous retarderaient. Bornonsnous à celles qui sonl immédiates et remontent à la fin du xviii' siècle.

(Jelui-ci, nous l'avons dit, s'était à peu près cantoané dans le conte piquanlel spirituellement impertinent. I.£sage, héritier de Molière et de La Bruyère, Lesage, dont le Gil Bios et les autres romans ne sont que des enlassemenis — géniaux il est vrai — de tableaux disparates et de caractères satiriquemenl observés, doit être mis à part. Signalons aussi Marivaux, ancélre des psychologues, avec Mesdames de Tencin et de Lafayette, ainsi que l'abbé Prévost qui le premier prend l'amour au tragique, le peint tel dans

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le roman, et substitue déjà la passion à la galanterie. Si le, Doyen de Kitleiine oa Cléveland n'ont plus guère de lecteurs, il n'en est pas de même de Manon Lescaut et ces œuvres firent une impression profonde au xviii' siècle. Rousseau lui-môme n'a-t-il pas dit : t La lecture des malheurs imaginaires de Cléveland, faite avec foreur et souvent interrompue, m'a fait faire, je crois, plus do mauvais sang que les miens. •

M, V. Gille l'a fait justement remarquer : o La sensibilité maladive, la peinture de la vie sauvage, le sentiment de la nature, le style éloquent et lyrique, tout ce qui fit le succès de Rousseau nous les retrouvons â l'état embryonnaire dans l'abbé Prévost. Déjà il introduit le « Moi n dans la liltérature, d'une façon détournée il est vrai ; mais, sous le personnage de des Grieux il est impossible de ne pas reconnaître le bénédictin tourmenté de Saint Haur.qui s'enfuit secrètement de l'abbaye de Saint- Germaindes-Prés. Si l'on rappelle, en outre, qu'il dota la France des traductions ou plutôt des adaptations de Paméla, de Clarisse Haiiowe et de Grandisson de Richardson, on se rendra compte facilement de toute l'influence qu'il etil dans la transformation du Roman. »

II serait injuste d'omettre, ici encore, le nom de Laclos, l'auteur des Liaisons dangereuses. Tout récemment nous venons d'assister au renouveau du roman psychologique : on ne peut, dès lors, oublier que toute l'âme des héros de M. Bourget est comme en genèse dans l'âme du vicomte de Valmonl. Mais nous n'avons pas à nous arrêter davantage â ces prédécesseurs. Leur manière devait se

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