II AVANT-PROPOS
dans le présent ouvrage de préciser et de rectifier plusieurs points de cette thèse. Je ne me dissimule pas les graves imperfections de mon travail ; ce qui m'a consolé et m'a encouragé à continuer cette tâche souvent si pénible, c'est l'espoir que mon analyse, malgré ses défauts, pourra rendre des services véritables à la science en faisant connaître , plus complètement qu'on ne l'a fait par le passé, le Tristan en prose, dont on ne possède pas encore une analyse tant soit peu scientifique.
Je termine en exprimant ma profonde reconnaissance à M. G. Paris du vif intérêt qu'il a bien voulu porter à mon travail, et à mes amis MM. E. Muret et J. Bédier, qui ont eu l'extrême obligeance de parcourir la plus grande partie des épreuves.
E. LÔSBTH.
}IXVI PRÉFACB
le dénouement plus dramatique des poèmes. Ou s^attendrait d'ailleurs à une tentative de la part d'Iseut pour guérir Tristan, comme elle Ta déjà fait deux fois, voy. §§ 29, 104 et cf. § 54, où il lui demande un remède. En effet, la connaissance que possède Iseut en fait d'herbes salutaires, et dont elle fait profiter son amant, formait probablement un trait constitutif de notre légende. Le silence que garde le rédacteur sur ce rôle médical d'Iseut, dans le récit de la mort de Tristan, semblerait donc accuser la postériorité de l'épisode.
XXIII. — Le Tristan en prose, ainsi que le poème de Chrétien, se rattachait à la version de Berol-Eilhart (voy. Romania^ XV, 599 *) ; seulement le prosateur a gravement altéré le fond ancien (par exemple les faux, § 48, au lieu de la farine), surtout à partir de la vie des amants dans la forêt. Nous n'avons d'ailleurs pas la plus ancienne forme du roman en prose. L'enlèvement d'Iseut par Palamède (§ 43) répond à l'épisode du harpeur d'Irlande, épisode qui est particulier à la version de Thomas, mais qui a pu former un lai à part, utilisé indépendamment par Thomas et le prosateur. Le ms. 103 donne seul le nom de Tantris et le combat contre le serpent (§ 32); il les donne, à ce qu'il semble, d'après la version de Thomas
1. Pour Eilhart, voy. le travail de M. Muret, Eilhart d'Oberg et »a source française {Romania, XVI, 288-361).