‹ Le Roman en prose de Tristan, le roman de Palamède et la compilation de Rusticien de PiseChapitre 34 sur 53 · Cf. p · texte numérisé non relu

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2. Anchore 758, 24400; Antore 99; Aurore 97, 349, iOl; Entoivre

Dieu tonnant; le roi Marc, à force de s'égratigner, se met tout le visage en sang, et Dinadan ne refait mie maindre duelz. Puis Dinas prend la harpe, l'accorde et dit son lai : Triste^ dolantj comance moût ploure ; A ne vos mervilliet se je ploure ^ etc., après quoi recommence le deuil, qui dure jusqu'à l'heure de none; alors le roi Marc reprend sa couronne et baise la sépulture ; les autres ayant suivi son exemple , il s'en va avec ses hommes.

582. Le vavasseur dit à Dinadan que le roi vient ainsi manifester sa douleur les trois jours de la fête. Dinadan est fort étonné de trouver tout ce deuil en Gornouaille : il avait cru Marc liet et joiant, A l'heure de vêpres, il rentre avec l'hôte.

583. Dinadan se tiendrait pour honnit ^ si, à l'exemple de Marc et de Dinas, il ne faisait un lai sur Tristan. Il se met à l'œuvre, et, bientôt, son lai est composé.

584. Le troisième jour, à la tombe, quand Dinas a chanté le sien, Dinadan s'avance et lui prend la harpe , dont il sait fort bien jouer : déjà avant de connaître Tristan, qui lui en a beaucoup appris, il était très avancé dans cet art. Il s'assied par terre, près du roi , qui ne le reconnaît point et s'étonne comme tout le monde. Dinadan accorde la harpe, regarde la tombe et se met à chanter en pleurant : Àvet que tote joie m'esloigne, A ma dolor croiste et eslongne, etc. Le roi reconnaît enfin le chanteur, dont l'accoutrement modeste lui fait pitié, car il sait que Dinadan était un des chevaliers qui plus cortoicemant se tenoit adès an robe; la pâleur, la maigreur qu'on lui voit après la mort de Tristan éveillent aussi sa compassion; d'autre part, il n'a point oublié les mauvais tours que Dinadan lui avait joués en Logres, à l'époque où il y était allé pour tuer son neveu ; et comme, depuis la mort de ce seul défenseur de Marc , plusieurs de ses barons guettent l'occasion de le chasser, ce dont le roi a été informé, il se dit, en voyant Dinadan, que c'est là, pour lui, un ennemi de plus. Il se promet donc de l'emprisonner ou de l'expulser de Gornouaille. Mais il ne fait semblant de rien, embrasse, en pleurant, Dinadan, lui témoigne sa douleur de la mort de Tristan et, toujours en pleurant, le mène avec lui au palais.

585. Dinas salue avec joie Dinadan, le conduit à son hôtel, et lui recommande de se tenir sur ses gardes contre Marc.

Préparatifs de 586. Le roi mande et consulte Andret, qui lui conseille de faire guerre. chasser Dinadan et de mettre en prison Dinas,car, « dit-il, le sénéchal,

tout en étant votre homme lige, futanconire vous de tos cest fait. » Cependant Marc, qui ne veut point que Dinadan lui échappe, ordonne à Andret de s'emparer de tous les deux. Celui-ci obéit et part avec quarante chevaliers.

587. Dinas, prévenu par un chevalier qui était auprès d'Andret e*qui aimait beaucoup le sénéchal, se rend, avec Dinadan et cent chevaliers, à l'hôtel d'Andret, renonce à y entrer, comme la tour en est trop forte, et sort de Tintagel. Il se retire à un de ses châteaux, — pas à

celui où Tristan mourut , mais à un autre , qui n*esloxt mie moin fors^ car depuis la mort T. sant faille avoit H roi Marc renduj a Dynal tos cez chastialz, plus par paour queparamor. De là, d'après le conseil de Dinadan, on fera la guerre au roi Marc, en comptant sur l'assistance des barons mécontents; en effet, la nouvelle de la dernière déloyauté du roi a fait quitter son parti à soixante hauts barons.

588. Dinas hésite bien un peu à guerroyer contre son seigneur, mais Dinadan prononce devant les barons un discours dans lequel il accuse Dinas de poltronnerie, et les engage vivement à commencer la guerre : « Je vous aiderai, s'écrie-t-il, et avant trois mois Marc sera obligé d'abandonner sa terre ! » Les barons l'approuvent, charmés du secours de ce bon chevalier, et prêtent serment; on devra se réunir au Château gaulois^ ainsi appelé d'un baron de Gaule qui l'avait fait construire.

589. Marc, averti par un chevalier et encourage par Andret, rassemble des troupes. Mais il a les esprits contre lui, et son armée est battue. Il ne peut même pas retourner à Tintagel , le passage étant

barré; il s'enfuit vers la forêt* et, quoique vivement poursuivi par ses Marc en fuite.

ennemis, il réussit à gagner une profonde vallée, où il pleure et se

désole d'avoir perdu son royaume. Il se dit qu'on le chassera de terre

en terre, parce qu'il a tué son neveu : « C'est moi-même, s'écrie-t-il,

et non Tristan, que j'ai mis à mort 1 » Ne voulant plus chevaucher, il

laisse son cheval s'en aller, s'assied à une fontaine, a tient cez .//. maint

a sai face.

590. A l'entrée de la nuit, de bruyants hennissements se font entendre dans la forêt. Le roi a peur, quitte la fontaine a se met devant une roche an une essombre; il n'a plus ni lance ni épée, et son heaume est resté à la fontaine, où arrivent peu après deux chevaliers , qui se plaignent de la grande porte que, ce jour même, la Gornouaille a subie, sur le champ de bataille, grâce à son roi felon^ le meurtrier de Tristan.

591. Marc, les voyant endormis, résout de s'esquiver et d'aller au bord de la mer pour trouver un vaisseau , désirant gagner n'importe quel autre lieu que la Gornouaille. Il s'éloigne tout doucement, trouve son cheval mort et marche toute la nuit. Arrivé à la mer, il voit par hasard une ne/* prête à partir, se fait conduire en bateau à ce vaisseau, qui quitte déjà le port, y entre et y trouve une foule de voyageurs qui s'en vont en Logres pour éviter les horreurs de la guerre : tous se lamentent du grand malheur que le pays vient d'éprouver par suite de la désastreuse bataille de la veille.

592. On peut juger de l'effroi de Marc quand il se voit ainsi entouré de ses ennemis mortels; quoique se cowan^ de son mieux, il est reconnu et menacé de mort. Il leur crie mercit à plusieurs reprises, pleure très fort et tant an fait que H aquant an on pitiet , por ce que lor sire estoit. Unz genli hons soutient qu'on devrait plutôt tuer son enfant que son seigneur et, sur son conseil, on décide de retourner en Gornouaille pour livrer le roi à la merci des grands barons.

1. Dans la Tav» Rit, aussi, Marc essaie de ftiir; cf. p. 409.

guerre ne lui fait pas peur : les meilleurs chevaliers du monde et du royaume de Logres s(» rangeront de sou côté. « Mais si le roi vous surprend? — Je saurai me garder, comme je l'ai fait ju><qu'ài)résent. » A la prière de Blioberis, Lancelot promet d'être prudent.

608. Arthur, mieux monté que les autres, prend les devants .sur eux en poursuivant le cerf, qui se jette enfin dans une fontaine; là il est tué par le roi, dont le cheval tombe mort d'épuisement. Arthur sonne trois fois du cor, mais à la place des chevaliers, qui sont trop éloignés, arrive le roi Marc, (jui, traversant la forêt ])our aller à Camaaloth, et entendant le son du cor, esi)ère trouver (pielqu'un de la cour auprès ducpiel il j)uis8e se renseigner; il n'a d'armes que son épée. Les deux rois se saluent sans se reconnaître. Avant demandé des nouvelles d'Arthur, qui se nomme, Marc se jette à ses ])ieds et implore son secours : ses hommes, dit-il, l'ont chassé et lui ont pris sa terre, uniquement parce (ju'il avait tué un chevalier. Arthur, ne se doutant pas que c'est le roi de Cornouaille, lui promet de l'aider et veut l'amener à Camaaloth, en le jirenant sous sa protection contre ceux delà cour dont le fuyard dit être haï. Marc ne se nomme (ju'après que le roi Arthur lui a garanti qu'il n'aura rien à craindre en Logres, fùt-il sou ennemi le 1)1 us mortel. Arthur, très vexé de s'être laissé ainsi surprendre, r(^conunand(; à Marc de rester dans la forêt, chez un ermite, afin qu'à la cour on ne le tue i)as. Eniin les chevaliers arrivent; Marc se fait passer pour un chevalier étranger, et Arthur le conduit à l'ermitîige.

Ce jour même arrivent Laudunas ^ et ses compagnons. Arthur leur Marc restauré déclare ([u'il faut reprendre Marc, malgré tout : s'il commet encore des P*"^ "**'

trahisons, ({u'on le mène prisonnier en Logres pour être puni par Arthur. Laudunas risque en vain une objection. Arthur dit ([u'il fera savoir sa volonté aux Cornouaillais par une lettre que leur apportera un chevalier, accompagné du roi Marc, et Landunas retourne en Cornouaille, où on s'afllige l)eaucoup de la décision ([ue vient de i)rendre le roi Arthur.

Au bout de dix jours, Marc repart donc pour la Cornouaille; il est accompagné d'ivain, le fils d'Urien. Ses sujc^ts le reconnaissent, d'assez mauvaise grâce, jmur seigneur, et lui, de sou côté, prête le serment de les bien gouverner.

G09. Dinadau, désolé d'avoir ainsi perdu sa peine, et craignant la félonitî de Marc, retourne en Logres. 11 prend terreau Cfiastel dont Port et se rcmd vers le manoir d'un chevalier, son parent. Il descend à une fontaine, où il s'endiu't; dans son rêve, il .♦^e voit attaqué et tué par deux bêtes féroces : il se réveille en sursaut, très ellVayé, se signe et prie le ciel de le protéger. Au soir, il arrive chez son parent; c'est Arin, son cousin, (jui le reçoit avec une grande joie et à (jui il raconte ce qui s'est passé en (cornouaille. Dinadau est toujours chagrin , préoccupé de la mort de Tristan et de son rêve, qui in(}uiète aussi Arin. Il ne croit pas devoir accepter l'invitation de son hôte de rester avec lui quelque temps : on ne dira pas qu'un songe l'a intimidé à ce point. Il part deux jours ai)rès. Arrivé a demi jornee de Camaaloth, il prend a son conduit une demoiselle qui attend, à l'entrée <le la forêt, que quelqu'un vienne

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