Nouvelle Revue française, août
CONCLUSIOiN 95
Tannonce aujourd'hui — pourrait entraîner l'éclipsé momentanée des formes littéraires les plus lourdes et susciter au contraire la prédilection pour les expressions les plus dégagées de la matière. Le mouvement dans ce sens auquel on assista vers 1885 était voué à Téchec, parce qu'il ne s'enracinait point dans une volonté profonde des âmes. Il reprendrait avec plus de chances de succès, si la révolution technique empruntait l'ardeur d'une évolution spirituelle. Peut-être le roman de synthèse et le roman dramatique lui-même laisseraient-ils, alors, le champ libre à des « sommes », voire à des proses lyriques, comme en écrivirent Marcel Schwob, André Gide au début de sa carrière et plus récemment Paul Claudel, davantage encore dégagées de toute limite.
Cette évolution de la littérature d'imagination n'irait point, peut-être, sans conséquences inattendues. Plus une œuvre a de corps, d'existence matérielle, plus facilement elle exerce une influence sinon sur la vie profonde de l'âme, du moins sur nos manière quotidiennes de penser et d'agir. Brunetière appliquait à Balzac la réflexion suivante de Sainte-Beuve : « Le romancier commence... il touche le vif, il l'exagère un peu; la société se pique d'hon-
neur et exécute, et c'est ainsi que ce qui avait pu paraître d'abord exagéré finit par n'être plus que vraisemblable. » En un temps qui ne produirait plus de romans, la littérature ne posséderait plus guère d'action sur la société.
A moins que... Nous avons vu aboutir au roman de synthèse TefTort du genre pour limiter la vision poétique et que sous ce dernier aspect le roman acquiérait une valeur tragique. Serait-ce qu'il s'apprête à passer la main, et le soin d'harmoniser au monde la puissance lyrique incomberait-il prochainement au théâtre ? Cet « autre théâtre » que M. Francis de Miomandre révélait au grand public, dans un récent article — celui de Claudel, de Suarès, de Mauclair, de Paul Adam — rénove la scène, tout en renouant la grande tradition : recueillera-t-il la succession du roman... si elle s'ouatc ?