I.R ROMAiH RI^.ALISTE
D'abord quelques-uns d'entre eux valent par eux-mêmes et ont duré. On a continué, on a recommencé à les lire alors que des amples compositions de Gomberville, de La Calprenède, des Scudéry on ne retenait plus guère que les titres. Francion a reparu au siècle suivant ; le Roman bourgeois a été alors réimprimé cinq fois, pendant la période justement où Lesage travaillait à son Gil Bios, peu avant le temps où Marivaux allait commencer la Vie de Marianne et le Paysan parvenu. Le Roman comique a été très goûté au xviii® siècle. Tous les trois ont été réédités de nos jours et à plusieurs reprises. II est probable qu'ils intéresseront toujours comme une manifestation vigoureuse de quelques qualités solides du génie français, et aussi comme des témoins précieux de la langue, des usages, des mœurs, des tendances d'une époque, d'une classe.
Enfin Ton peut raisonnablement penser que l'olîort de ces devanciers n'a pas été inutile aux maîtres classiques. Ils ont représenté avant eux et maintenu jusqu'à eux cet esprit bourgeois dont on a dit que Boileau marque, « d'une manière éminente , l'avènement^». On a vu combien de matériaux Molière a trouvés chez Sorel, combien de principes semblables aux siens ; peut-être a-t-il tiré de lui et des auteurs de son groupe un profit plus notable encore. M. G. Lanson a très bien montré que la farce est «logiquement, comme historiquement», la source de toute sa comédie 2, que c'est de là qu'il l'a fait sortir, en précisant la peinture des conditions et des rapports sociaux, en
1. F. Brunetière, Évolution des genres^ p. 92. 8. Histoire de la littérature française (11» éd.)i p» 521. — Molière et la farce l Bévue de PariSy 1901).
ajoutant au «masque», premier essai de caractère général, l'individualité, la complexité qui font la personne. Les romanciers bourgeois avaient tenté quelque chose de semblable : de localiser, de caractériser, au moral comme au physique, de faire évoluer dans son milieu, en en marquant sur lui Femprcinte, de faire réagir en des circonstances déterminées « le pédant», par exemple, qui devient THortensius du Francion, T entremetteuse, qui devient la vieille Agathe, le valet niais, qui devient, dans le Berger extravagant, Garmelin, l'avare qui, étant par surcroît avocat parisien, avocat sans cause, et amoureux, donne, dans le Roman bourgeois, Jean Bedout.... Ces personnages, nous avons noté maintes fois qu'ils sont composés sans beaucoup d'art, souvent poussés à la charge; mais nous avons remarqué aussi que parfois le romancier a essayé d'exprimer le fond de leur nature par leur allure et leur ton, par la qualité de leur plaisanterie, par de menus détails révélateurs. Molière réalisera supérieurement ce qui n'avait été qu'ébauché. Mais s'ils lui ont servi, si peu que ce soit, on ne peut pas dire que nos auteurs aient perdu leur peine.