La Précieuse^ I, ii
les héros, il ne suffit pas de dire combien de fois ils ont fait naufrage, et combien de fois ils ont rencontré les voleurs : mais il faut faire juger par leurs discours quellçs sont leurs inclinations » ; — « Plus les aventures sont naturelles, plus elles donnent de satisfaction » ; — « Entre toutes les règles qu'il faut observer en la composition de ces ouvrages, celle de la vraisemblance est sans doute la plus nécessaire : elle est comme la pierre fondamentale de ce bâtiment ^ », lorsqu'on reprend une conversation célèbre de sa Clélie, où il s'en faut de peu, dit Sainte-Beuve, « qu'elle ne prêche l'observation de la nature », Pon doit bien reconnaître que les romans romanesques les plus attaqués par les classiques se soumettent déjà, du moins en principe, à plusieurs des idées qui leur seront chères.
Faut-il voir en ces demi-concessions un résultat de la campagne menée par les réalistes ? Il est possible qu'ils y soient pour quelque chose. On a peine à admettre que leurs critiques vives ' et répétées, leurs théories, leurs exemples aient passé inaperçus, surtout dans le monde des auteurs. Mais vraisemblablement leur influence n'a été que secondaire : le grand roman a naturellement évolué avec la société à laquelle il s'adressait, et cette société a continué sa marche normale, subordonnant l'imagination à la raison, à mesure que sa pensée se mûrissait, allant toujours davantage vers la vérité à mesure qu'elle devenait plus difficile sur ses plaisirs.
Il faut donc se garder d'exagérer l'action immédiate et directe des romans bourgeois ou comiques. Mais il serait injuste de ne voir en eux que des œuvres éphémères et sans effets utiles.