‹ Le roman réaliste au XVIIe siècleChapitre 177 sur 188 · Paris, Cardin Besongne, 1660, in-8, 335 p · texte numérisé non relu

Paris, Cardin Besongne, 1660, in-8, 335 p

l'âge classique. 357

picaresque à une civilisation mieux policée : des aventures, beaucoup d'aventures, mais qui se passent pour la plupart à Paris, dans la petite bourgeoisie; un héros, par trop malchanceux, mais qui par la médiocrité de ses défauts et de ses vertus représente assez bien Thumanité moyenne ; une situation touchante, qu'on reprendra plus tard, celle d'un orphelin exploité par des parents cupides, dépouillé par un tuteur infidèle, affamé, maltraité par les maîtres qu'il est obligé de servir; des descriptions de tavernes, de sombres boutiques, d'immondes taudis ; des images brutales de la vie des filous parisiens, des filles de joie, des infirmes de la Cour des Miracles, de tout ce qui se cachait de malpropre et de laid derrière le brillant décor. Tout cela, à cette date, serait digne d'attention. Ce qui manque, par malheur, au sieur de Préfontaine, c'est le talent, sans lequel il ne sert de rien de savoir « comme plusieurs gens qui vivent en ce monde s'y gouvernent ^ » : il écrit platement, incorrectement ; sa langue est celle que devaient parler, vers le milieu du xvii^ siècle, les gens sans culture. Gela suffit à expliquer l'accueil dédaigneux qu'on a fait à ce livre ^, et cela le rejette très décidément hors de la littérature.

Bien des années maintenant vont se passer avant qu'on voie reparaître dans le roman des tendances indiscutablement réalistes. Sorel a beau reprendre, avec une constance admirable, dans la Bibliothèque française et encore, en 1671, dans la Connaissance des bons livres sa théorie du roman « naïf et vrai-

2. Deux ans après, en 1662, le libraire essaie d'écouler, sous un nouveau titre : le Chevalier de la Gaillardise, les exemplaires invendus.

semblable»: il n'éveille aucune vocation. On se détourne de plus en plus des anciens essais de cette sorte, on affecte de les ignorer. En 1668, passant longuement en revue les romans du siècle, de VAsirée à la Clélie, Tauteur du Parnasse réformé ne cite même pas le Francion. Huet, en 1670, n'a pas Fair de croire que le roman puisse être autre chose qu'une a histoire - feinte d'aventures amoureuses, écrite avec art, pour le plaisir et l'instruction des lecteurs», offrant de beaux exemples de politesse et de galanterie ^.

D'ailleurs, le genre héroïque perd lui-même de son prestige. Mlle de Scudéry a encore des lecteurs et, dans un groupe restreint, des admirateurs sincères. En 1670, Subligny fait imprimer une Fausse Clélie ^, histoire d'une visionnaire qui se prend pour l'héroïne romaine, toute remplie naturellement d'allusions à la vraie Clélie, et qui en suppose dans le public une connaissance, encore fort générale. Mais le temps n'est plus, quoi qu'en dise Pradon, où ces livres étaient « la plus délicieuse lecture des premières personnes de la Cour®». Maintenant c'est la Province surtout qui en fait son régal :

Deux nobles campagnards, grands Useurs de romans, Qui m*ont dit tout Cyrus dans leurs longs compliments *,

Ce qui en a vieilli le moins vite, ce sont ces conversations que Mlle de Scudéry avait semées en si grand nombre dans l'intervalle des aventures et qui avaient passé pour des modèles de l'art de bien

Page 1