Ch. Sorel, Bibliothèque française (1664), p
LE FRANCtON DE CHARLES SOREL. 129
fait imprimer six fois au moins sans nom d'auteur, il a imaginé enfin de Tattribuer * à un romancier fort oublié, Nicolas Moulinet, sieur du Parc, qui avait été en réalité avocat au parlement de Rouen et peut-être ensuite comédien de THôtel de Bourgogne, et dont il fait un «gentilhomme lorrain». En certains endroits, afin d'embrouiller encore les choses, il a laissé entendre que ce Moulinet à eu des collaborateurs ; en d'autres, il a dit le contraire. Pour qui connaît Sorel, ce désaveu obstiné et cette confusion voulue n'ont rien de surprenant. Son extrême prudence l'engageait à ne pas avouer pour sienne une œuvre souvent fort libre et sur quelques points assez agressive. Il se plaisait d'ailleurs aux cachotteries et n'aimait pas, il le confesse, que son nom « fût écrit au frontispice des premières feuilles ni aux affiches que l'on collait par la ville». Épaissir le mystère pour piquer la curiosité était encore une de ces petites habiletés d'homme de lettres dont il était coutumier. Il donne une dernière raison, qui est probablement la meilleure : « Les inconnus..., possible, me blâmeraient, s'ils savaient que je me fusse adonné à des bouffonneries, lorsque j'ai tant de choses sérieuses à dire ''^». Déjà très soucieux d'assurer son avenir, il craignait qu'un amusement de jeunesse ne fît plus tard du tort aux graves travaux qu'il méditait;
En tout cas, il n'a réussi à tromper aucun des écrivains de son temps : les témoignages de Guy Patin, son grand ami, de Tallemant et de Ménage, si bien informés, de Furetière, de Guéret et de quelques autres ne peuvent nous laisser aucun doute. D'ailleurs Sorel ne s'est-il pas trahi en plu-