‹ Le roman réaliste au XVIIe siècleChapitre 75 sur 188 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Le Berger extravagant de Sorel a suivi de très près le Francion ; ses trois parties, publiées en 1627 et 1628, ont même précédé, et de plusieurs année», la Conclusion de ce livre, imprimée seulement en 1633.

Les deux œuvres sont donc presque contemporaines : il s'en faut qu'elles présentent le même intérêt. Dans le nouvel essai on ne trouve presque rien qui puisse être comparé aux bonnes parties du Francion, Si on lui fait une place dans rhistoire du roman réaliste, c'est à cause des intentions qui y paraissent et parce qu'il nous éclaire sur les dispositions d'un bourgeois renforcé de cette époque à l'égard de la littérature d'imagination.

Vers 1627, les genres les plus en vogue sont le roman pastoral et la pastorale dramatique. On lit plus que jamais VAstrée, dont Baro, après la mort d'Honoré d'Urfé, vient de faire imprimer les deux dernières parties ; les collégiens même en font leurs délices ; dans les compagnies de jeunes gens et de

jeunes filles, on s'amuse à prendre le nom des bergers et bergères du Lignon, Ton est Daphnide, Célidée, Diane, Hylas ou Silvandre ; on se pose des questions sur la topographie du roman et qui répond de travers paye, pour chaque faute, une paire de gants de frangipane ^ ; dans le monde, VAsirée reste toujours le modèle du beau langage, des belles façons d'aimer, et c'est plus que jamais, suivant l'expression de Camus, «le bréviaire des courtisans». Ce succès a son retentissement même dans les modes : il y a pour les rubans une nuance «astrée))^ et l'on porte des jarretières «à la Céladon». On accueille avec faveur des imitations plus ou moins adroites du chef-d'œuvre, la Carithée de Le Roy de Gomberville, en dépit de ses étranges digressions, ou la Polyxène de François de Molière. — Au théâtre triomphent la comédie et la tragicomédie pastorales. L'époque qui va des Bergeries de Racan à VAmaranthe de Gombauld marque justeinent l'apogée du genre ; quatre de ces pièces sont imprimées en 1625, quatre en 1626, six en 1627, dont la Sylvanire de D'Urfé '.

Le bon sens de Sorel proteste contre un tel engoue-ment. Il n'a plus de goût pour les histoires amoureuses et autres fadaises,' quoiqu'il en ait composé autrefois. Ces « recueilsde folies» qu'il voit s'étaler dans les boutiques des libraires, il lui paraît qu'ils ravalent « le prix des lettres», qu'ils détournent le public des lectures sérieuses, utiles « à la conduite de la vie », et il entreprend d'écrire un roman

1. Patru, Éclaircissement sur V histoire de VAsirée; Berger extravagant, éd. de 1633, 1. 1, p. 92 ; Tallemant, Historiettes^ t. V, p. 184 ; Retz, éd. Feillet, t. II, p. 171.

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