‹ Le roman russeChapitre 13 sur 52 · XVIII AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

XVIII AVANT-PROPOS

l'individu dans la plupart des entreprises; lui qui change l'assiette de la fortune publique en multipliant les institutions de crédit, les émissions de rentes, en mettant ainsi dans toutes les bourses une délégation sur le trésor commun; lui enfin qui modifie les conditions de l'industrie et les subordonne aux exigences du plus grand nombre. — Je ne prétends pas épuiser la démonstration; longtemps encore on pourrait poursuivre et vérifier la loi inflexible dans les entrailles de la terre, dans le corps de l'homme et dans les replis de son âme, dans le laboratoire du savant et dans le cabinet de l'administrateur; partout elle renverse les anciens principes de connaissance et d'action, elle nous ramène à la constatation d'un même fait : la remise du monde aux infiniment petits. La littérature, cette confession des sociétés, ne pouvait pas rester étrangère au revirement général; par instinct d'abord, par doctrine ensuite, elle a réglé sur l'esprit nouveau ses méthodes et son idéal. Ses premiers essais de réformation furent incertains et gauches : le romantisme, il faut bien le reconnaître aujourd'hui, était un produit bâtard; il respirait la révolte, mauvaise condition pour être tranquille et fort comme la nature. Par réaction contre le héros classique, il allait chercher de préférence ses personnages dans les bas-fonds sociaux ; mais comme à son insu il était encore tout pénétré de l'esprit classique, les monstres qu'il inventait redevenaient des héros à rebours : ses forçats, ses courtisanes, ses mendiants étaient plus soufflés et plus creux que les rois ou les princesses du vieux temps Le thème déclamatoire avait changé, et non la déclamation. On en fut vite lassé. On demanda aux écrivains des représentations

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