‹ Le roman russeChapitre 18 sur 52 · AVANT-PROPOS. XXIII · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS. XXIII

tique est directement opposée à celle du siècle '.» Ton! le grand effort de notre temps a été prédit et commandé par ce mot : Misereor super turbam. Cette goutte de pitié, tombée dans la dureté du vieux monde, a insensiblement adouci notre sang, elle a fait l'homme moderne avec ses conceptions morales et sociales, son esthétique, sa politique, son inclination d'esprit et de cœur vers les petites choses et les petites gens. Mais cette action constante de l'Évangile, qu'on accorde à la rigueur dans le passé, on la nie dans le présent. L'homme marche comme un voyageur du soir qui va vers l'Orient; la nuit se fait toujours plus obscure devant ses yeux, il n'a un peu de clarté que derrière lui, sur la route connue où le jour meurt. D'ailleurs, la contradiction apparente était trop forte : d'une part, l'interprétation étroite de l'Évangile, — ce qu'on pourrait appeler le sens juif; — d'autre part, une révolution qui semblait dirigée contre lui, tandis qu'elle était le développement naturel du sens chrétien. En dehors de quelques esprits dégagés de préventions, un Ballanche par exemple, il a fallu du temps pour qu'on saisit la relation de l'effet à la cause; aujourd'hui, ces vérités sont dans l'air, comme on dit; leur évidence est telle qu'à y insister plus longuement, je craindrais d'être taxé d'ingénuité.

Ces considérations étaient cependant nécessaires pour déterminer l'inspiration morale qui peut seule faire pardonner au réalisme la dureté de ses procédés. Il répond à l'une de nos exigences, quand il étudie la vie avec une précision rigoureuse, quand il démêle jusqu'aux

1 Sermon de 1659, sur l'émineate dignité des pauvres.

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