XXII AVANT-PROPOS
Les défenseurs de l'orthodoxie n'ont guère facilité raccommodement. Us n'ont pas toujours compris que leur doctrine était la source de tout progrès, et qu'ils détournaient cette source de sa pente naturelle en luttant pied à pied contre les découvertes des sciences et les mutations de l'ordre politique. Les orthodoxies aperçoivent rarement toute la force et la souplesse du principe qu'elles gardent ; soucieuses de conserver intact le dépôt qui leur a été transmis, elles s'effrayent quand la vie intérieure du principe agit pour transformer le monde suivant un plan qui leur échappe. Tel l'émoi d'un homme qui verrait le pilier de sa maison, un tronc de chêne encore plein de sève, bourgeonner, pousser des branches, et s'élancer par-dessus le toit de la maison en l'effondrant. Le signe le plus manifeste de la vérité d'une doctrine, c'est le don de s'accommoder à tous les développements de l'humanité, sans cesser d'être elle-même; ne serait-ce pas qu'elle les contenait tous en germe? L'incomparable puissance des religions leur vient de ce don; quand l'orthodoxie le méconnaît, elle déprécie sa propre raison d'être.
Par suite de ce malentendu, où chacun avait sa part de responsabilité, on a mis longtemps à apercevoir cette vérité si simple : le monde est travaillé depuis dix-huit siècles par un ferment, l'Évangile, et la dernière révoialion sortie de cet Évangile en est le triomphe et l'avènement définitif. Tout ce que l'on renversait avait ^té sourdement miné par la vertu secrète de ce ferment. Bossuet, l'un des rares qui ont tout pressenti, le savait bien : « Jésus-Christ est venu au monde pour renverser l'ordre que l'orgueil y a établi; de là vient que sa poli-