‹ Le roman russeChapitre 28 sur 52 · AVANT-PROPOS. XXXVII · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS. XXXVII

On s'en éloigne, on cherche autre chose; pour tout observateur désintéressé, ce mouvement de recul est très-sensible. Depuis vingt-cinq ou trente ans, l'in- Rtinct des générations nouvelles, lassé des inventions puériles et affamé de vérité, demandait impérieusement qu'on revint à l'étude consciencieuse d«* t vie et qu'on la rendît avec une grande simplicité. Mais sous les variations du goût, le fond de l'être humain ne change pas, il demeure avec son éternel besoin de sympathie et d'espérance; on ne nous prend que par ces nobles faiblesses, on ne nous prend bien qu'en nous soulevant de terre. Celui qui nous abaisse et mutile nos espérances peut assurément nous amuser une heure; il ne nous gardera pas longtemps. On oublie aujourd'hui ces vérités aussi durables que l'homme, parce que nous sommes dans un moment de transition et d'universelle incertitude. Les âmes n'appartiennent à personne, elles tournoient, cherchant un guide, comme les hirondelles rasent le marais sous l'orage, éperdues dans le froid, les ténèbres et le bruit. Essayez de leur dire qu'il est une retraite où l'on ramasse et réchauffe les oiseaux blessés; vous les verrez s'assembler, toutes ces âmes, monter, partir à grand vol, par delà ros déserts arides, vers l'écrivain qui es aura appelée* d'un cri de son cœur.

Page 1