‹ Le roman russeChapitre 30 sur 52 · VANT-PR0P0S. XXXIX · texte numérisé non relu

VANT-PR0P0S. XXXIX

chez les tragiques anglais ou allemands, une multitude tumultueuse qui se précipite au travers d'événements successifs et, si l'on peut dire, un morceau de la vie générale, détaché sans apprêts, sans mutilations .Henri VI, Richard III, Wallenstein. De même pour les compositions romanesques; les lecteurs patients de ces pays ne craignent pas un roman touffu, philosophique, bourré d'idées, qui fait travailler leur intelligence autant qu'un livre de science pure.

Toutefois, la distinction capitale entre notre réalisme et celui des gens du Nord doit être cherchée ailleurs; nous la trouverons dans la source d'inspiration morale bien plus encore que dans les divergences d'esthétique. Sur ce point, tous les critiques sont d'accord.

M. Taine dit de Stendhal et de Balzac, en les comparant à Dickens : « Ils aiment l'art plus que les hommes... ils n'écrivent pas par sympathie pour les misérables, mais par amour du beau ». » — Tout est là, et cette distinction devient plus évidente, à mesure qu'on la poursuit entre nos réalistes actuels et les continuateurs de Dickens ou les réalistes russes. M. Montégut la creuse davantage, dans ses études sur George Eliot; il rappelle et résume des travaux antérieurs dans une phrase à laquelle je souscris pleinement : « A cette origine religieuse j'attribuais l'esprit moral qui n'a cessé de distinguer le roman anglais, même dans ses productions les plus hardies ou les plus cyniques, et j'avançais que le réalisme, parfaitement acceptable lorsqu'il est fécondé par cet élément, ne pouvait, s'il en était privé, produire que des œuvres

1 Littratur* anglaise. Dickens.

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